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Et pourtant, ça marche

Donald Trump, à New York, en 1999... (Photo Jeffery A. Salter, Archives The New York Times  )

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Donald Trump, à New York, en 1999

Photo Jeffery A. Salter, Archives The New York Times  

Yves Boisvert
La Presse

Finalement, Lincoln avait tort. On PEUT tromper tout le monde tout le temps...

Dans son terrifiant Fear, Bob Woodward raconte la première rencontre entre Steve Bannon et Donald Trump, en 2010.

Bannon est alors inconnu du grand public. Il produit des films de droite vaguement conspirationnistes.

Bannon ressort de sa rencontre à la Trump Tower avec une certitude : cet homme a beau être divertissant, il est totalement ignorant de la politique, menteur, et il n'y a pas la moindre chance qu'il se présente en politique.

Six ans plus tard, Bannon était un des architectes de la victoire de Trump.

Le même sentiment d'incrédulité vous envahit en parcourant l'enquête-fleuve du New York Times sur les origines de la fortune du 45e président des États-Unis. Ça ne se peut pas... Quelqu'un quelque part va mettre fin à cette vaste fraude, répétée, étalée sur des décennies...

Eh ben non.

Personne. Jamais.

***

Donald Trump, l'antipoliticien qui veut défendre l'homme (oui, surtout l'homme) de la rue contre l'establishment, n'a jamais rendu publics sa déclaration de revenus ou l'état de ses avoirs.

Il a rompu avec une tradition bien établie depuis 50 ans pour les présidents et les candidats. L'homme qui s'est déjà vanté de « valoir » 10 milliards n'a jamais avancé de preuves. De toute manière, 10 milliards, 10 millions...

L'enquête du New York Times ne porte pas directement sur les arrangements du président, mais plutôt sur ceux de son père, Fred Trump.

Ce qu'on apprend dans mille détails tient en quelques lignes. D'abord, loin de s'être « fait tout seul » à partir d'un prêt de 1 million accordé par son père, Donald Trump a sucé des millions de la fortune paternelle toute sa vie. Ensuite, la famille Trump a utilisé toutes sortes de stratagèmes pour éviter de payer de l'impôt sur les dons et les successions, en vigueur à l'époque. Ce ne sont pas les premiers ultra-riches à embaucher des fiscalistes pour tricher plus ou moins légalement. Sauf que dans leur cas, les manoeuvres allaient tellement loin que le New York Times ne se gêne pas pour parler de fraude fiscale.

Un exemple ? Le père achète 3,5 millions en jetons du casino en banqueroute de Donald, sans les utiliser, ce qui est évidemment un don déguisé au propriétaire - et est formellement interdit par la loi. Bien mieux : des édifices à logements sont grossièrement sous-évalués, refilés aux enfants, qui les revendent 16 fois le prix, tandis que le père déclare des pertes. On est ici dans les centaines de millions.

L'enquête n'aborde pas les schémas fiscaux de Donald Trump, mais il est clairement complice des stratégies de sa famille.

On lit ça et on se dit... comment se fait-il qu'ils n'aient jamais été embêtés par le fisc ? Comment des stratagèmes aussi grossiers ont-ils pu passer la rampe ? On imagine de la corruption, et bien entendu, ça s'est déjà vu.

On imagine surtout un mélange de manque de moyens, de peur et d'incompétence des fonctionnaires du revenu face à une armée d'avocats payés pour fabriquer des couleuvres et les faire avaler « légalement » au système. Ça n'arrive pas qu'aux États-Unis, il y a des étages entiers de tours du centre-ville de Montréal de gens qui sont spécialisés dans l'art subtil de faire passer l'évasion pour l'optimisation fiscale.

Sauf que gros comme ça ? Ça ne se peut pas...

Ben oui, ça se peut.

***

Si au moins la fortune Trump reposait sur de l'argent privé, cette vaste fraude de l'impôt serait moins révoltante. Mais non, ces gens ont vécu largement aux mamelles de l'État.

Le père Trump, un fils d'immigrant allemand né en 1905, a été un des plus grands bénéficiaires des subventions fédérales américaines pour la construction de logements, après la Seconde Guerre mondiale.

Quant à Donald, quand il a décidé de « traverser le fleuve » et d'aller investir dans Manhattan (son père était dans Queens et dans le Bronx), il a bénéficié de congés fiscaux aberrants.

Dans le New York économiquement déprimé des années 70, le maire a accordé à Trump un congé de 40 ans s'il investissait pour refaire le vieil hôtel Commodore. Un cadeau de 360 millions - presque trois fois le prix des rénovations.

Il s'était fait promettre le même genre de largesse discrétionnaire pour la Trump Tower, mais le maire Ed Koch, élu en 1978, lui a dit qu'il n'était pas question de donner un congé fiscal à un immeuble de luxe pour millionnaires.

Trump a intenté un recours en justice... et il a gagné. Koch, qui a détesté Trump dès le premier jour, disait qu'il ne croirait jamais cet homme « même s'il faisait notarier sa langue ».

Et pourtant, tout a fonctionné...

Le New York Times a écrit en 2016 que l'empire immobilier de Trump sur Manhattan avait bénéficié d'un total de 885 millions d'exemption de taxes.

Un « self-made-man » fait de l'argent de son père et de celui des contribuables.

***

Mardi, Trump a ridiculisé Christine Blasey Ford, qui accuse le juge Brett Kavanaugh de l'avoir agressée avec d'autres.

Scandale partout, à juste titre. Comment peut-il aller si bas ? Des élus républicains font mine d'être troublés. Le candidat à la Cour suprême sera-t-il confirmé ? Suspense !

Mais oui, il le sera. Les ultrareligieux se sont fait promettre le juge qui fera enfin reculer le droit américain sur l'avortement de 45 ans, et c'est tout ce qui compte.

Et si jamais on ne confirme pas ce candidat-là, un autre encore plus conservateur sera choisi.

Et Trump continuera à présider. Faut pas chercher de « happy end » ni de morale politique à cette histoire, ce sera pour un autre mandat, une autre vie peut-être...




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