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Saleté de beau temps

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Yves Boisvert
La Presse

La semaine dernière, quand il faisait 3 ou 4 degrés et un temps gris, vous en avez peut-être croisé qui se frottaient les mains avec le sourire louche des conspirateurs.

Hé, hé, novembre en été...

Au cas où vous ne le sauriez pas, les marathoniens souffrent d'hypervigilance météorologique et de paranoïa climatique dans les jours précédant une course, ils sont faciles à reconnaître.

Un ami, surnommé «senior météo», garde par-devers lui un graphique de prédiction de la performance en fonction de la température.

Tout allait bien depuis deux semaines.

Mais là! On aura quoi? Minimum 16 degrés, gros soleil, et ça grimpera vite à 20, à 26 même pour ceux qui font le marathon... Et l'humidex en bandoulière...

Sale temps pour un bon temps, mesdames et messieurs.

Le temps idéal pour le coureur de fond est de 8 degrés, avec des nuages. C'est ce que nous disent mon ami, les études et les résultats des courses à pied à travers les siècles et les continents. Chaque tranche additionnelle de 6 degrés fait diminuer la vitesse de 1,5 à 3%. Les plus rapides sont généralement peu affectés. Mais à 25 degrés, ceux qui courent en quatre heures ou plus peuvent s'attendre à ralentir de 15 à 20 minutes facilement. Enfin, plutôt péniblement, je sais; je veux dire que c'est facile à calculer. Ça peut aller jusqu'à 10%! Bon.

La raison en est simple: le corps, pour libérer l'excès de chaleur, fait battre le coeur plus rapidement. À 25 degrés, on peut compter de 5 à 10 battements de plus par minute.

Mais à quoi bon vitupérer contre les météorologues et la mesquinerie des courants d'air chaud?

Soyons pratiques. Soyons concrets. De tous les conseils d'experts glanés sur internet, ne retenons pas celui-ci: placer de la glace en quantité sous sa casquette ou dans son soutien-gorge. À l'heure où on nous convoque, il faudrait traîner une glacière avec soi; en plus, je n'ai pas de casquette et j'ai déchiré mon soutien-gorge par solidarité avec les femmes qu'on refusait jusqu'à la semaine dernière au club de golf écossais de St. Andrews.

La chose la plus intelligente à faire est de réduire son rythme pour ne pas brûler sur la piste.

Je sais, on fait rarement «la chose la plus intelligente». Je suis du genre à me dire secrètement des choses extrêmement rusées du genre: partons plus vite pendant qu'il fait encore frais, on ralentira quand il fera vraiment chaud...

Une chance que je ne m'écoute pas tout le temps.

***

Je sais, je sais, je parle de performance quand il faudrait simplement courir dans l'allégresse et laisser les corps exulter dans ce mélange névrotique de plaisir et de souffrance auto-infligée.

Mais que celui qui n'a jamais compté son temps me lance le premier soulier. La mesure de sa performance, ça devient vite indissociable du plaisir. On en vient à goûter les subtilités de cette joute contre soi-même et notre fâcheux destin biologique.

Même pour ceux dont c'est une première, un 5 km ou un marathon, et qui n'ont d'autre objectif que se rendre à la ligne d'arrivée, la mesure du temps n'est pas sans intérêt. Même si on s'en fout, du temps, il nous le faut. C'est le temps qui nous dit qu'on l'a fait.

Et puis, plus c'est long, plus c'est douloureux. On en voit rarement faire un tour supplémentaire du parc pour faire durer le plaisir du marathon...

Ce qu'il y a de bien quand on est forcé d'oublier la performance, j'avoue, c'est qu'on est tout de même un peu libéré de la contrainte qu'on s'impose. Après tout cet entraînement, c'est une occasion de s'approcher de la joie pure de courir pour le plaisir vibrant de la chose, non?

Oui, oui, sans doute... Alors... au départ du demi-marathon dimanche, si quelqu'un m'entend marmonner «16 degrés, c'est pas si mal... Pourquoi pas essayer de pousser un peu?», je le prierais de me le rappeler...

Je me guéris, vous savez. J'ai même pas appelé Sportstats pour réclamer les huit secondes volées à la course de 5 km de Dollard-des-Ormeaux, en août, où mon temps de départ n'a pas été enregistré. Non, madame. Pas un mot. Je garde ça pour moi.

***

Nous serons 36 000 dans les différentes courses, dimanche. Après les ratés de l'an dernier (manque de verres, de toilettes, de couvertures de survie...), Rock'n'Roll Marathon, la société à but lucratif qui est «propriétaire» du marathon de Montréal (et de plusieurs autres en Amérique du Nord), n'a plus droit à l'erreur. Surtout avec ce temps relativement chaud.

En attendant, c'est quand même la grande fête de la course à pied à Montréal, ne boudons pas ce plaisir.

Bonne route...




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