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Une frontière dans la brume

La ligne imaginaire qui sépare l'Angleterre de l'Écosse... (PHOTO ANDY BUCHANAN, ARCHIVES AFP)

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La ligne imaginaire qui sépare l'Angleterre de l'Écosse n'a de frontière que le nom, remarque notre chroniqueur.

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Yves Boisvert
La Presse

(BERWICK-UPON-TWEED, Angleterre) On roule quoi ? Un mille vers le nord. À travers la brume, on distingue trois drapeaux bleus et une borne : « Scotland ». Autrement, la ligne imaginaire qui sépare l'Angleterre et l'Écosse n'a de frontière que le nom.

Je suis à Berwick, la dernière ville anglaise au nord. Cette charmante station balnéaire de 14 000 personnes est-elle vraiment anglaise ? Après avoir changé de royaume 13 fois dans des guerres sanglantes, Écosse, Angleterre, Écosse, elle est devenue anglaise au XVe siècle.

Sans doute. Mais toutes les vies sont entremêlées, ici, dans ces rues qui serpentent derrière un mur d'enceinte, qu'on semble avoir percé pour qu'on aille voir le Tweed se jeter dans la mer.

L'idée de ne plus être dans le même pays que les gens de l'autre côté de la rue, pour ainsi dire, crée un mélange d'anxiété et d'envie.

« La moitié de mes clients sont écossais et quand je vais à Newcastle [100 km au sud], les gens pensent que je suis écossais à cause de mon accent », me dit John Skelly, boucher de père en fils depuis 1760. Comme pour faire exprès, un client écossais entre dans le commerce et achète cinq tranches carrées de chair à saucisse fourrées au haggis. Drôle d'idée de faire des tranches carrées de chair à saucisse, me direz-vous, mais il paraît que ça entre très bien dans un pain, et avec un oeuf et du bacon dessus, ça part la journée comme rien d'autre...

« On est bien plus loin de Londres et du Parlement de Westminster ici que de Glasgow ! Tout le Nord a été négligé, pas seulement l'Écosse », dit le boucher anglais.

« Ils ont saccagé le Nord, c'est pas compliqué, renchérit le client écossais. Thatcher a ramené toutes les jobs dans le sud. Un lit à Londres vaut plus cher que ma maison, ça vous donne une idée de la répartition de la richesse », dit Hugh Sherlock.

Oui madame, il va voter Oui.

Allez-vous devoir montrer votre passeport écossais pour acheter de la saucisse carrée à Berwick, comme dit le journal local ce matin ? « Pff, mais non voyons, c'est de la foutaise. »

Une légèreté que ne partage pas Allison Whitley. L'Anglaise de 65 ans vit à Berwick et, comme bien d'autres, va se faire soigner à Édimbourg, à peine 50 minutes de train au nord. Il n'y a pas d'hôpital de cette envergure et de cette qualité dans les parages.

« Ils disent que rien ne va changer, mais si rien ne change, pourquoi feraient-ils l'indépendance ? Je vais à la coop à 10 minutes d'ici en Écosse, on va faire quoi ? »

À l'inverse, des centaines d'ouvriers écossais viennent à l'usine de grains et de malt ou à la boulangerie industrielle, tout près.

***

Ce n'est pas que l'hôpital et la coop. Depuis longtemps déjà, le système d'éducation écossais a une meilleure réputation et bien des gens du Nord envoient leurs enfants à l'école outre-frontière. Même chose pour les universités, non seulement plus près, également très bien cotées et moins coûteuses - mais gratuites pour les Écossais.

La plupart des gens ici ne veulent pas que l'Écosse quitte le Royaume-Uni. Quelques-uns ont même rêvé d'en faire partie. Un mouvement appelé « Berwick mérite mieux » a été lancé il y a trois ans pour suggérer d'incorporer Berwick à l'Écosse...

« Si j'habitais deux milles au nord, mes médicaments seraient gratuits et mes enfants iraient à l'université gratuitement. Je crois qu'environ 40 % des gens étaient d'accord avec cette proposition », me dit John Skelly.

***

Mieux encore : les Rangers de Berwick forment le seul club anglais de « football » à jouer dans la ligue écossaise.

« C'est beaucoup moins loin d'aller à Édimbourg ou à Glasgow qu'à Manchester ou à Leeds, dit Michael Herriott, concierge et guide de l'hôtel de ville. Il vous dira qu'en 1967, les Rangers de Berwick ont vaincu les Rangers de Glasgow, « la plus grande surprise de l'histoire du football écossais, pour ne pas dire du football britannique ».

Je lui dis que j'aimerais bien aller visiter le personnel au stade, où son père entretient le gazon. « Pas possible, ils s'entraînent en Écosse, la plupart des joueurs habitent à Édimbourg, c'est plus simple... »

***

Ils se demandent ce qui leur arrivera si au lieu de la borne et des trois drapeaux dans la brume, une vraie frontière est installée. Ils ne veulent pas que l'Écosse « s'en aille ». C'était même à la une du Journal de Berwick.

Juste en bas, une autre manchette : « Un bébé né dans les beaux quartiers de Londres peut espérer vivre 15 ans de plus en santé qu'un bébé né dans le Nord-Est », dit une étude de la Santé publique anglaise.

C'est résumer en une phrase le sentiment de dépossession de la région. Comme l'écho des années de fermeture des mines de charbon, des chantiers maritimes et des aciéries du Nord, dans les années 1970 et 1980, puis des années de misère qui ont suivi.

Et c'est en quelques mots ce qui fait que plusieurs ici, à 600 km de Londres, comprennent tristement les gens du Yes...




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