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Le vif du sujet

Yves Boisvert
La Presse

À la fin de la troisième journée, on a finalement accosté dans le vif du sujet.

Commençons par les PPP, les partenariats public-privé. Dans une conversation déjà entendue avec Michel Arsenault, Tony Accurso se plaint amèrement du PPP de l'autoroute 30: un consortium espagnol a remporté la mise et... les travaux d'ingénierie sont confiés à des Chinois. Accurso est furieux que l'argent et les impôts soient envoyés à l'étranger; il dit à Michel Arsenault d'en alerter le premier ministre Jean Charest.

On sait que Michel Arsenault a obéi rapidement et fait valoir auprès de Charest la perte pour l'économie québécoise: cette conversation a été entendue cet hiver.

Certains se scandaliseront de l'accès relativement direct du chef de la plus importante centrale syndicale au premier ministre. Ou du fait que Michel Arsenault serve de courroie de transmission à un entrepreneur. La procureure a tenté de faire avouer à Accurso l'évidence: mais oui, il utilise ses contacts pour faire valoir ses points de vue et surtout ses intérêts.

Il n'est pourtant pas anormal qu'un syndicaliste représentant des centaines de milliers de travailleurs puisse avoir accès au chef du gouvernement. Normal aussi qu'il plaide pour le nationalisme économique.

Mais ce qui est révélateur ici, c'est plutôt le rapport d'Accurso avec les PPP. Il se plaint, dans une autre conversation avec Arsenault, de ne pas avoir remporté l'appel d'offres pour le pont de l'autoroute 25. «Vous mettez de l'argent en hostie au Parti libéral», observe, compatissant, le président de la FTQ. Tout de même épatant que Michel Arsenault semble voir une forme d'impolitesse, sinon d'injustice, dans l'ingratitude du gouvernement libéral...

La peur de la concurrence

Revenons à la question essentielle: pourquoi un entrepreneur comme Accurso tient-il le même langage que les syndicats au sujet des PPP? Il dit que c'est par nationalisme économique. Il se plaint de ne pas pouvoir faire face aux consortiums pour obtenir du financement international.

Mais il y a surtout un truc très, très agaçant pour Accurso dans les PPP: la... concurrence. Et la concurrence internationale en plus! La magie des appels d'offres organisés entre copains n'opère plus, tout d'un coup. Et un «étranger» part avec le contrat...

Le PQ et Hydro

Autre moment fort: la conversation où le fils apprend au père Accurso qu'Hydro-Québec cesse de faire affaire avec toutes ses entreprises. On est le 12 septembre 2012 (bizarre qu'on en parle, puisque le décret d'octobre 2011 créant la Commission fait porter ses travaux sur les 15 ans précédents, mais enfin). Accurso est furieux. Il appelle ses contacts: Robert Abdallah, ex-DG de la Ville de Montréal, et surtout ex-cadre à Hydro (qui a quitté la société depuis longtemps). Il appelle Arsenault. Il cherche de l'information. Il apprend que l'ordre est venu «du bureau de Pauline Marois». «On n'avait rien fait de mal, j'ai peut-être pas donné assez au PQ», dit-il.

Rien fait de mal, vraiment?

En 2010, deux de ses entreprises plaident coupable à une fraude fiscale de 4,1 millions. Fausse facturation, dépenses pour rénover le Touch imputées à son entreprise de construction, etc.

En avril 2012, Accurso est personnellement accusé de fraude et de corruption dans une affaire impliquant le maire de Mascouche.

En août 2012, il est accusé de fraude fiscale dans le cadre d'une enquête sur la corruption à Revenu Canada. Les banques le larguent pour cause de «risque réputationnel».

Le 4 septembre 2012, le PQ prend le pouvoir, largement sur le thème de la corruption. Déjà, les lois prévoient qu'une entreprise peut perdre sa licence si elle a été condamnée pour fraude fiscale; un article sur les bonnes moeurs des administrateurs entrera également en vigueur. Bref, on n'est pas scandalisé de ce que le nouveau gouvernement «barre» certains entrepreneurs en attendant que les certifications aient lieu. Comme par hasard, c'est cet automne-là que Tony Accurso a compris qu'il devait quitter son empire s'il ne voulait pas qu'il coule complètement.

L'intervention du bureau de Pauline Marois, si elle a eu lieu, était peut-être audacieuse juridiquement, mais elle se justifie parfaitement dans le contexte de 2012.

Les courroies politiques

Jusqu'ici, par ailleurs, la preuve ne révèle pas de voie de communication directe entre Accurso et les politiques, PQ ou PLQ: il utilise son grand ami Arsenault.

Ce que la preuve étale jusqu'ici, c'est un Tony Accurso dont les liens d'amitié et d'influence étaient profonds dans l'univers syndical. La procureure a tenté de lui faire admettre que cela lui donnait accès à «la part du lion» des investissements du Fonds de solidarité. Ce qui a donné lieu à une querelle un peu vaine. On n'a qu'à sortir les chiffres de ses dossiers acceptés et refusés!

La Commission n'a pas le droit d'explorer certains territoires municipaux pour cause de procès criminels à venir, mais on sait qu'il avait de précieux contacts au plus haut niveau dans des villes.

À l'Assemblée nationale? La preuve n'est pas encore devant nous, même si nous avons maintenant cette superbe photo autographiée de Jean Charest et Tony Accurso en 2001 (deux ans avant qu'il ne prenne le pouvoir), qui rappelle l'exubérance de Marcel Aubut embrassant Vladimir Poutine à Sotchi...

Ce fut long depuis lundi, pénible souvent, mais on arrive enfin au sujet principal.

On peut appeler ça la collusion, la corruption, le financement illégal. C'est en somme la haine de la concurrence et les moyens de l'éviter.




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