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L'argent de la corruption

Lino Zambito, premier témoin à décrire de l'intérieur... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE)

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Lino Zambito, premier témoin à décrire de l'intérieur la collusion et la corruption, est aujourd'hui ruiné.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Yves Boisvert
La Presse

Que les petits crèvent, pour autant qu'on préserve les gros...

Est-ce que ce sera la morale de la fable, à la fin de l'opération «maison nette» que le Québec a lancée dans le monde de la construction?

D'un côté, Lino Zambito fait faillite. De l'autre, Jean-Pierre Sauriol qui délaisse la présidence de chez Dessau.

Deux cas de figure fort différents, j'en conviens. Zambito est accusé de fraude. Sauriol n'est accusé de rien - son frère Rosaire est parmi les 37 accusés de Laval, mais pas lui.

Tout de même: Zambito, premier témoin à décrire de l'intérieur la collusion et la corruption, est aujourd'hui ruiné. La société familiale a fermé, sa pizzeria aussi. Il a couru après, direz-vous. On s'en fout, n'est-ce pas?

Sauf que pendant ce temps, toutes les firmes de génie-conseil, ces «fleurons», ces multinationales, font tranquillement le ménage dans la direction. Car elles doivent absolument survivre. Leur disparition serait en effet catastrophique pour l'économie québécoise. Mais du seul fait de leur gigantisme, elles sont pour ainsi dire protégées.

Même les sociétés de TonyAccurso, accusé trois fois plutôt qu'une, ont été rescapées par une habile réorganisation et la famille n'aura pas tout perdu - loin de là!

Les «gros» vont tasser les gens un peu trop souvent nommés à la commissionCharbonneau. Ceux qui ont été un peu trop aveugles. Et ces firmes obtiendront leur certificat de virginité. Et hop, elles recommenceront à soumissionner des contrats publics. Les emplois seront protégés. L'expertise québécoise sera préservée. Et les actifs des complices de la collusion seront protégés...

Ouf!

Les faiseurs d'égouts, de trottoirs ou d'asphalte italiens, eux, peuvent bien s'arranger, n'est-ce pas? On les a vus chez le parrain de la mafia, en plus, aller payer leur taxe...

Quelle différence y a-t-il, pourtant, avec les dirigeants de grandes firmes qui transportaient des valises d'argent chez les sbires de Vaillancourt? Décor différent, même système: si vous n'obéissez pas, on n'incendie pas votre commerce; on vous ruine.

Sous les ordres des dirigeants des entreprises de construction soumises à la mafia, on trouve plein de travailleurs de la construction honnêtes, qui gagnent durement leur pain. Pourtant, on se soucie davantage des milliers d'ingénieurs honnêtes qui travaillaient sous les Rosaire Sauriol.

Bernard Lamarre, le fondateur de Lavalin (devenue SNC-Lavalin), disait l'autre jour qu'il faut protéger ces grandes firmes ayant fait la fierté du Québec en sortant les «pommes pourries». Ça se défend, bien sûr, et on le comprend - voir un de ses successeurs, Pierre Duhaime, arrêté par la police, n'a pas dû être particulièrement agréable.

Ce qui est un peu fort de café, c'est sa déclaration voulant que la crise actuelle soit «la faute de René Lévesque», avec sa loi trop contraignante sur le financement des partis politiques.

Désolé, M. Lamarre. La faute est celle des firmes qui ont contourné les lois de la concurrence, les règles de la démocratie électorale, quand ce n'est pas carrément le Code criminel.

Quoi qu'il en soit, tout n'est pas perdu: nous irons chercher l'argent de la corruption dans les grandes firmes! Tant mieux si elles survivent...

C'est évidemment ce qu'il faut faire. Mais comment? Jusqu'où? Et quand?

Depuis plusieurs semaines, la Coalition avenir Québec (CAQ) accuse le gouvernement péquiste d'être «trop mou» et de tarder à poursuivre les firmes. Il y aurait 2 milliards à aller chercher, dit JacquesDuchesneau.

Le chiffre à lui seul est assez optimiste. La bataille juridique, elle, n'est pas aussi facile qu'il y paraît.

Mercredi, la CAQ a produit une opinion juridique d'un cabinet réputé de Montréal. La conclusion est cependant loin d'être impressionnante: «D'un point de vue théorique, il n'existe a priori aucun obstacle juridique au dépôt de recours civils.»

Pas d'obstacle, mais pas d'obligation d'aller vite: nulle part n'y lit-on qu'il y a urgence à poursuivre. Le délai de prescription de trois ans commence à courir à partir de la connaissance des faits (par les villes, par le gouvernement). On n'y est pas encore: les révélations de la commission sont de 2012; le rapport Duchesneau, de 2011.

Quant à la mécanique juridique, l'avis estime qu'il est «impossible de préciser le fondement exact des recours civils», car bien des situations se présentent.

Autrement dit, le ministre de la Justice, BertrandSt-Arnaud, a parfaitement raison de dire qu'il ne faut pas précipiter les choses et arriver en cour avec des dossiers mal préparés. Nulle mollesse ici. Précaution élémentaire.

Une forme de compensation sera nécessaire pour trouver un semblant de morale économique à cette affaire. Le pire moyen de l'obtenir est de se précipiter quand rien ne nous y oblige - rien, sauf l'opportunisme politique.




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