Comme il l'a dit hier, Tony Accurso n'avait plus le choix: il est depuis longtemps un fardeau et un risque pour ses propres sociétés.

Publié le 17 oct. 2012
Yves Boisvert LA PRESSE

Déjà accusé au criminel dans une affaire de corruption politique à Mascouche, il a été arrêté et accusé de nouveau l'été dernier pour fraude fiscale.

Et comme il est au coeur du système de collusion qu'on commence à peine à examiner à la commission Charbonneau, il était plus que temps de quitter la scène. Lui qui trône au sommet d'un empire de construction aurait dû partir bien avant.

Pas seulement pour son propre bien. Mais aussi pour les conséquences financières d'un possible écroulement de cet empire.

Ne vous y trompez pas. Les sociétés de Tony Accurso chapeautées par le holding Simard-Beaudry ont une excellente réputation sur les chantiers. Non seulement par leur dimension et leur capacité de faire des ouvrages colossaux. Mais aussi par la qualité des ouvrages.

Si demain toutes les sociétés de construction liées à Tony Accurso devaient se retirer des chantiers où elles sont, les assureurs devraient prendre le relais... et trouver des entrepreneurs de remplacement. Des centaines de millions sont en jeu et ce ne sont donc pas seulement des individus louches qui s'inquiètent en ce moment. Plein d'entreprises légitimes et très propres sont à risque.

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Pourquoi a-t-il attendu si longtemps? Ce n'est pas une chose simple que de quitter un tel empire, ni juridiquement ni personnellement. Laissons de côté un instant la manière dont il s'y est pris: Tony Accurso a fait prospérer l'entreprise de son père au-delà de toute espérance. On ne quitte pas ça facilement.

L'alliance avec le Fonds de solidarité, petit coup de génie, lui a procuré du financement et une bonne entente syndicale. Il avait entre les mains un joyau économique, comme il dit, un petit miracle québécois: du point de vue des affaires, c'est incontestable. Ces investissements ont d'ailleurs été parmi les plus rentables du Fonds.

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Mais pour vivre heureux en affaires, il lui fallait vivre caché. Jamais d'entrevue. Presque aucune photo. Pas de publicité. L'absolue discrétion.

Il n'est pas de ceux qu'on voit dans les vidéos de police aller payer son dû au parrain au Consenza. Des Lino Zambito, à côté de lui, sont des deux de pique et des amateurs.

On l'a plutôt vu avec les présidents de la FTQ - et encore, généralement dans des endroits feutrés. Ou sur son yacht, en compagnie de gens de pouvoir et d'argent, loin de la foule et des curieux.

Quelle surprise, aussi, d'entendre Zambito dire que le parrain de la mafia, Vito Rizzuto, est allé arbitrer une querelle entre Accurso et Zambito - ce qu'Accurso nie.

Depuis deux ans, lui si discret est partout. Radio-Canada, La Presse, les autres médias, maintenant la police, le fisc, la Commission...

Depuis une semaine, on n'en finit plus de perquisitionner dans les locaux de ses entreprises à Laval. Rien de très agréable à l'horizon, sans doute. Et devant tout le pays éberlué...

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Comme si ce n'était pas assez, il est question de durcir à nouveau la Loi sur le bâtiment - déjà rendue plus sévère par la loi 35.

À l'heure actuelle, une société condamnée pour fraude fiscale peut perdre sa licence de construction et ne plus obtenir de contrats publics. Une simple pirouette juridique permet cependant de contourner la loi en changeant l'incorporation.

Par contre, la loi prévoit déjà qu'une société dirigée ou possédée par une personne condamnée au criminel ou en vertu d'une loi fiscale dans les cinq dernières années peut aussi perdre sa licence.

Jusqu'ici, Louisbourg et Simard-Beaudry ont été condamnées pour fraude fiscale. Mais pas Tony Accurso. Certains proposent qu'on suspende les licences dès qu'un dirigeant est simplement accusé au criminel. C'est tentant. Mais si c'est le cas, ça voudrait dire de sérieux ennuis pour les chantiers - nombreux et importants - de ces firmes.

Mais même si la loi demeure telle quelle, on pourrait utiliser un petit article de la loi, ajouté lui aussi l'an dernier, mais rarement cité: il permet de suspendre une licence simplement parce qu'un dirigeant ou actionnaire n'est pas capable de prouver qu'il a de «bonnes moeurs» et qu'il agit avec «probité». Si on démontre en effet devant la Commission que Tony Accurso participait à la collusion et qu'il a corrompu des fonctionnaires, il pourrait tomber sous le coup de cet article - que les gens de la Régie du bâtiment semblent vouloir tester.

Bref, il a raison: il ne peut tout simplement plus demeurer chez lui.