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La dure responsabilité de protéger

Yves Boisvert
La Presse

Ce fut une opération chaotique. La suite des choses est incertaine. Mais l'OTAN a eu raison d'intervenir en Libye.

La comparaison avec l'Irak ne tient pas la route. L'intervention militaire en Irak s'est faite sous des prétextes fallacieux, illégalement, sans l'approbation du Conseil de sécurité.

L'opération libyenne s'est faite dans un cadre juridique bien défini et ne suppose aucune occupation militaire étrangère. Surtout, elle était moralement juste.

On a beaucoup souligné l'incohérence des interventions militaires faites au nom de la «responsabilité de protéger» - un concept que l'ONU a officiellement reconnu en 2005.

Pourquoi la Libye et pas le Darfour? Le Congo? Et la Syrie, tiens, pourquoi pas la Syrie? Etc.

Excellente question. Sauf que le fait de ne pas intervenir ailleurs ne rend pas immorale une intervention en Libye.

Si on attend une absolue cohérence éthique des actions des États, on attend une morale qui n'adviendra jamais. Et on plaide au fond pour le laisser-faire.

Ce n'est donc pas à la lumière des mauvais choix passés qu'il faut évaluer l'intervention en Libye. Ce qu'il faut savoir, c'est si elle répond à un certain nombre de critères qui la justifient.

On a affaire à un régime tyrannique qui ne connaît pas la démocratie. Les manifestations populaires de l'hiver ont été réprimées violemment. Kadhafi a annoncé aux opposants une lutte sans pitié. Il a payé des milices étrangères pour combattre des militants pacifiques. Au moins des centaines, probablement des milliers de personnes ont été tuées.

Le Conseil de sécurité a d'abord dénoncé la situation et averti sévèrement le régime, le 26 février: gel des avoirs de 6 dirigeants; interdiction de voyager de 16 responsables; embargo sur les ventes d'armes; obligation de laisser travailler les médias et les organismes humanitaires, etc.

Aucune de ces ordonnances n'a été respectée. Que faire, alors? Laisser la population se faire massacrer?

À l'échelle où les attaques contre les civils se produisaient, déjà on avait saisi la Cour pénale internationale du dossier des Kadhafi (la Libye n'est pas membre de la CPI, mais une résolution du Conseil de sécurité donne à la CPI compétence contre n'importe qui).

La résolution 1973, adoptée le 17 mars, était la suite logique de celle de février. Elle décrétait une zone d'interdiction aérienne et autorisait les pays membres ou les organisations à la faire respecter. On autorisait également les pays à prendre les mesures nécessaires pour la faire respecter - ce serait essentiellement l'OTAN, évidemment.

La France, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont mené la bataille, et le Canada, avec raison, a suivi.

L'opération était justifiée moralement pour protéger les civils; elle autorisait une intervention proportionnée - pas une guerre totale; les chances de succès étaient assez bonnes. La moralité ne suffit pas: il faut pouvoir gagner.

Bien entendu, cela signifiait soutenir une bande de rebelles pas tous recommandables. Mais entre deux maux politiques, il faut bien choisir le moindre. Dans ces matières, on a rarement le choix entre le bien pur et le mal pur.

Le temps perdu en ex-Yougoslavie, il y a 20 ans, à se demander s'il fallait intervenir et, si oui, comment, a coûté des milliers de vies.

C'est évidemment un territoire largement inexploré que celui du devoir de protéger. Il met de côté la vieille tradition juridique internationale de souveraineté des États - encore sacrée il y a un quart de siècle.

Il comporte des dangers très réels.

Mais les difficultés qu'il pose sont largement contrebalancées par ses avantages: la possibilité de lutter contre les régimes dictatoriaux qui, naguère, étaient à l'abri des interventions étrangères. La protection très concrète des gens qui y sont soumis. La lutte contre l'impunité des assassins d'État. L'idée que, au moins, ils savent qu'ils peuvent être délogés, arrêtés, traînés en justice au nom des droits de la personne.

On avance lentement, et à tâtons, dans ce nouvel espace. Chaque fois qu'on va dans une direction, il s'en trouve pour demander: pourquoi là et pas là? C'est inévitable et c'est dans l'ordre des choses. C'est ainsi qu'on définira mieux les contours de cette responsabilité.

Mais à tout prendre, c'est un pari humaniste qu'il faut faire.




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