Pourquoi Serge Ménard n'a-t-il rien dit, en 1993, quand Gilles Vaillancourt lui a offert 10 000$ en espèces? Il suffit de voir ce qui s'est passé jeudi à Ottawa pour le comprendre. Devant le comité parlementaire sur l'éthique, c'est son silence qui était l'enjeu. Pas l'enveloppe.

Publié le 4 déc. 2010
Yves Boisvert LA PRESSE

Voir le député conservateur Steven Blaney demander à Serge Ménard si, par son silence, il n'était pas «complice» de la corruption qui sévit au Québec, c'est un peu fort de café. Sont bien plus complices ceux qui blâment Serge Ménard d'avoir enfin parlé!

Voilà qui illustre comment la corruption est un crime particulier, insidieux, difficile à prouver (d'ailleurs, Serge Ménard ne parle pas de corruption; Gilles Vaillancourt nie les faits et menace de le poursuivre).

Cela se passe entre deux personnes. Ça commence par des préliminaires innocents. Et si le destinataire de l'argent refuse, l'autre se ménagera une porte de sortie qui rendra la preuve pratiquement impossible. Où est l'argent? L'a-t-il seulement vu? Était-ce un cadeau? Une contribution? Ce n'était pas un crime, l'homme n'était même pas député... Le maire n'a rien demandé... Ce n'était même pas illégal... Ce jour-là!

La corruption commence par celle de l'esprit. C'est après que le jeu commence. Après l'enveloppe. Et ceux qui acceptent de le jouer ne viendront pas le raconter à Radio-Canada.

Cela dit, Serge Ménard, sans faire de conférence de presse, aurait pu en parler au premier ministre, à l'époque. Il aurait dû dénoncer le geste à l'interne, alerter ses collègues. Ils auraient fait mieux qu'un rapport sans conséquence sur l'administration lavalloise en 1995, rendu nécessaire à la suite d'enquêtes journalistiques.

Mais qui veut jouer les héros? Les risques politiques, les embarras personnels auraient été considérables. Alors il n'a rien dit. Il a protégé sa carrière. Il n'a pas été parfait. Mais que celui qui l'est lui lance la première enveloppe. Au moins, il a refusé. Au moins, il a dit non. Au moins, il en parlé cette année.

C'est plus que bien des gens. C'est mieux que bien des politiciens qui n'ont pas le goût de parler de ça en ce moment...

Il n'en reste pas moins que c'est Gilles Vaillancourt qui devrait être convoqué en commission parlementaire, à Québec. Pas Serge Ménard à Ottawa.

Tiens donc, les conservateurs, amateurs de loi et d'ordre, préparent-ils une offensive anticorruption?

PKP-Lafrance: le gâchis, la suite

Les avocats se sont plaints du fait que le juge Claude Larouche avait «failli à son devoir d'objectivité et d'impartialité en manifestant de l'hostilité à l'endroit du procureur des appelants et de ses témoins».

Le juge Michel Robert, de la Cour d'appel, a eu des mots très durs pour le juge Larouche: «Il est difficile cependant de passer sous silence certains des commentaires (du juge Larouche) qui ne sont pas de nature à encourager le public à respecter l'autorité et la dignité de la magistrature.»

PKP-Lafrance? Non! C'était en 1996. Même juge Larouche, même comportement intempestif, mêmes reproches. Cette fois, c'était l'avocat Julius Grey qui était la cible des reproches du juge Larouche. Me Grey avait présenté une requête pour empêcher la fermeture des urgences de l'Hôpital de Lachine. Le juge Larouche lui a reproché de présenter trop d'arguments, et trop décousus, si bien qu'il avait été obligé de délibérer pour rendre jugement par écrit. Le juge Robert, en appel, s'était cru obligé d'écrire ceci: «Il faut rappeler qu'il n'est pas nécessaire ni toujours souhaitable de rendre jugement à l'audience. La réflexion du magistrat dans la sérénité de son cabinet est souvent bénéfique pour la solution d'un problème complexe sur le plan juridique et factuel.»

C'était il y a 14 ans. Sans doute, tout le monde a droit à l'erreur. Mais on voit maintenant le même juge Larouche se faire reprocher les mêmes choses et gêner toute la magistrature. Assez pour que le juge en chef de la Cour d'appel suspende un procès presque terminé. Il faudra maintenant attendre le 22 février qu'une formation de trois juges entende l'affaire et dise si le procès doit être repris.

Tout ça pour déterminer le sens du mot «voyou» et si Sylvain Lafrance a attaqué illégalement la réputation de Pierre Karl Péladeau.

Déjà que d'y consacrer deux semaines était nettement exagéré. La récidive comportementale du juge Larouche vient d'empirer le tout.

«On a tous des états d'âme», a dit le juge Robert jeudi. Le métier de juge consiste à les conserver pour soi. «Il faut s'entraîner à la discrétion. La sérénité, généralement, amène à la qualité de la justice.» Apparemment, il y a des formations pour ça. Il n'est jamais trop tard pour s'améliorer...

J'en profite d'ailleurs pour présenter mes excuses: lundi, j'ai dit que ce procès est une «disgrâce». C'est un anglicisme.

Il aurait fallu écrire que c'est une honte!