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Si j'étais maire

Yves Boisvert
La Presse

Je peux me tromper, mais me semble que si j'étais maire de Montréal ou de Saint-Cyrille-de-Wendover et qu'on venait jeter des doutes sur le plus gros contrat jamais accordé par ma ville, je ferais venir tous les responsables dans mon bureau.

Et là, je leur donnerais des feuilles et des crayons feutres de couleur et je leur demanderais: c'était quoi, déjà, le projet?

Ça, bien sûr, dans l'hypothèse où je ne serais pas assez informé de ce qui se passe dans ma ville, ce qui me rendrait assez honteux, parce que si j'étais maire de Saint-Cyrille-de-Wendover ou de Montréal, je m'arrangerais pour comprendre ce qui se passe avant, pendant et après les contrats.

 

Pour les contrats de plus de 350 millions, en tout cas.

Je ferais donc venir les responsables dans mon bureau. Et là, me semble qu'au bout de trois ou sept heures, deux possibilités émergeraient: ou bien je me rendrais compte que le plus gros contrat jamais donné par Saint-Cyrille n'a pas d'allure. Ou bien je me redirais que c'est plein de bon sens.

Et dans les deux cas, je convoquerais les journalistes des environs pour leur expliquer mon point de vue moi-même.

Si j'étais maire de Saint-Cyrille ou de Montréal, je ne ferais pas comme Gérald Tremblay. Je n'enverrais pas un fonctionnaire qui n'a jamais pris la moindre décision dans le dossier des compteurs d'eau donner mes explications aux médias.

J'aurais honte de faire ça, parce que, je vous le demande, ça donne quoi d'être maire de Saint-Cyrille-de-Wendover si on envoie des gens qui n'ont rien décidé avoir l'air fou à votre place?

J'en entends qui posent la question: qu'est-ce que ça donne de toute manière d'être maire de Saint-Cyrille-de-Wendover?

Même si je sens sourdre l'ironie perfide dans votre question, je vais répondre. Ça donne l'incomparable satisfaction de travailler pour l'intérêt général. Tu arrives au bureau et tu as dans les mains l'argent de 4219 personnes. Tu peux emprunter en leur nom, tu peux faire mille projets, mais à la fin, c'est pour eux que tu travailles. Et tu te dis: après quatre ans, j'aurai contribué à l'amélioration générale des choses, y compris le fossé du rang 4.

C'est ce que je ne comprends pas avec Gérald Tremblay. Je ne comprends pas comment il fonctionne. Je ne comprends pas comment il se fait qu'il appelle le Vérificateur général tous les six mois comme s'il n'avait jamais rien vu passer. Ni les lobbyistes, ni les affairistes, ni les balles lentes en plein milieu du marbre.

Je conçois que des discussions interminables sur les compteurs d'eau ne sont pas nécessairement la chose la plus excitante au monde. Sauf que c'est beaucoup ça, être maire: régler des problèmes de tuyaux, d'ordures, d'asphalte et de souffleuses.

C'est quand même pas des farces: Gérald Tremblay vient de geler l'exécution d'un contrat dont il devait, ou aurait dû connaître tous les détails importants.

Oubliez Frank Zampino, on verra bien ce qu'en dira le vérificateur. Le pourquoi et le comment de ce contrat ne sont pas une nouveauté, ça fait cinq ans qu'il en est question. Je sais bien que le maire n'est pas un micro-gestionnaire, mais il ne s'agit pas d'aller revisser une ampoule dans le métro. Il s'agit du dossier d'infrastructures numéro 1.

Si j'étais maire, j'en connaîtrais les détails et je serais capable de comparer avec ce que font les autres villes. Je ne me contenterais pas de dire que la concurrence a joué. Je serais capable de le démontrer. Pour pouvoir dire si c'est exagéré ou non. Si c'est exagéré, je saurais d'où l'idée est venue, d'un consultant ou d'un fonctionnaire aux idées de grandeur. Si c'est correct, je serais capable de le démontrer aussi.

On finit par avoir l'impression que le maire Tremblay ne contrôle rien. Songez un peu que toute la construction de l'appel d'offres, l'analyse financière et même l'analyse juridique ont été données en sous-traitance à des firmes extérieures dans le dossier des compteurs. Est-ce si étonnant qu'on en manque de grands bouts à l'hôtel de ville?

Je ne doute pas de l'intégrité de Gérald Tremblay. Mais arrêtons de le prendre pour un naïf. Quarante ans dans les affaires et la politique devraient lui avoir appris une ou deux choses de la vie qu'il n'a pas apprises au Business School de Harvard.

Me semble que si j'étais maire, je ne me contenterais pas de ma propre intégrité. Je voudrais être reconnu pour celle de mon administration. Parce que je saurais qu'à Saint-Cyrille comme à Montréal, à la fin, il n'y aurait que moi pour répondre, pour être blâmé ou félicité.

courriel Pour joindre notre chroniqueur: yves.boisvert@lapresse.ca

 




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