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Ignatieff a déjà gagné

Yves Boisvert
La Presse

L'accident est terminé. Stéphane Dion, l'homme qui n'aurait pas dû être chef, mais qui a failli être premier ministre, démissionne «pour vrai».

Et autant le jour du remplacement paraissait lointain la semaine dernière, autant il sembledésormais précipité: ce sera peut-être demain.

La constitution du Parti libéral du Canada ne prévoit qu'un mode de remplacement du chef: un congrès à l'investiture avec délégués.

Par contre, si, comme hier, un chef annonce sa démission avant ce congrès, l'exécutif national doit choisir un chef intérimaire jusqu'au congrès.

L'exécutif doit consulter le caucus des députés. Or, ceux-ci sont largement favorables à Michael Ignatieff.

Comme par hasard, Bob Rae n'aime pas cemode de sélection. M. Ignatieff s'installerait de facto dans le siège du chef et il deviendrait virtuellement impossible de l'en déloger lors du congrès du mois de mai s'il a lieu.

Plus: il pourrait fort bien y avoir élections ou tentative de coalition bien avant le congrès du mois de mai. Le chef intérimaire risque donc d'être le chef tout court avant longtemps.

D'où cette tentative de M. Rae, au nom de la démocratie, de procéder à une élection téléphoniqueou électronique d'ici le 26 janvier date de la reprise des travaux parlementaires.

À première vue, en effet, c'est un mode de sélection bien supérieur. C'est aussi un système qu'un candidat aussi riche que Bob Rae peut faire fonctionner à son avantage par la vente de cartes de membres. C'est de toute manière sa dernière chance.

La plupart des partis ont opté pour ce mode de sélection des chefs au suffrage universel des membres, plutôt que les conventions à l'ancienne. On a tous en mémoire de ces assemblées «paquetées» de membres spontanés qui débarquent par autobus entiers pour choisir des délégués, scènes peucompatibles avec l'idéalisme démocratique

Le vote par téléphone a aussi ses faiblesses, puisqu'encore là, n'importe qui peut devenir membre pour l'occasion. Il y a cependant moyen de fixer une date au-delà de laquelle les nouveaux membres n'ont plus droit de vote.

Tout ceci aurait pu se faire. Mais le PLC a explicitement rejeté ce système, préférant le côté spectaculaire et le suspense des conventions avec délégués comme celle qui a choisi Stéphane Dion, un candidat n'ayant recueilli que 18% d'appuis au premier tour. Ce fut incontestablement spectaculaire, autant que catastrophique le PLC, ne l'oublions pas, a enregistré le 14 octobre sa pire performance depuis 1867, avec seulement 26,2% des votes.

Pourquoi soudainement le PLC changerait-il sa constitution? Parce que, peut dire M. Rae, les circonstances sont exceptionnelles et il faudra probablement changer les règles. M. Ignatieff préférerait lui aussi sans doute ne pas devenir chef avec un déficit démocratique, même justifié par l'urgence de la situation.

Il faudra donc au PLC trouver une méthode quelconque pour faire participer à ce choix d'autres gens que les députés, fût-ce après coup.

Sauf que les jeux semblent faits. Hier, un sondage Angus Reed-CTV révélait que «l'effet Ignatieff « serait de 10 points de pourcentage. Un PLC mené par Stéphane Dion fait 22% contre 42% pour les conservateurs. Avec Bob Rae, le PLC grimpe à 26% contre 41% pour le PC. Et avec Ignatieff, le PLC obtient 33% et le PC 38 %. Un écart de seulement cinq poi nts , contre 15 pour un PLC mené par Rae.

Mieux encore pour Ignatieff : le NPD passe de 18% avec Dion comme chef à 13% seulement avec un PLC sous sa conduite.

Il faut être prudent avec les sondages hypothétiques, mais celui-là semble simplement proférer une évidence : la candidature de Bob Rae, encore plombée par sa vie antérieure de premier ministre néo-démocrate ontarien, ne lève pas plus dans l'opinion publique que dans le caucus. Ignatieff a le charme de la nouveauté et n'a plus le défaut de la totale inexpérience.

Le coprésident de la campagne 2006 de Bob Rae, le député torontois Maurizio Bevilacqua, est maintenant avec Ignatieff. Même Justin Trudeau, naguère allergique à l'idée de voir le Québec considéré comme une nation, vient de rallier Ignatieff, qui en a fait la promotion. Et au Québec comme dans le reste du Canada, les militants savent que Bob Rae, l'homme de Jean Chrétien, n'est pas celui qui remplumera le parti, décimé au Québec.

Bob Rae n'a plus le temps. D'une certaine manière, sauf un (autre) accident, Ignatieff a déjà gagné. On ne sait simplement pas encore exactement de quelle manière.

Pour joindre notre chroniqueur : yves.boisvert@lapresse.ca




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