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Quand la politesse nuit au bon jugement

Vincent Marissal
La Presse

Julie Boulet est une femme polie. Très polie. Tellement polie, en fait, au point, apparemment, d'altérer son bon jugement et d'oublier les règles d'éthique les plus élémentaires.

Lorsqu'elle était ministre des Transports, elle a un jour cessé ses activités lors d'un «colloque» pour rencontrer, à la demande de l'ex-responsable du financement du PLQ, Violette Trépanier, un entrepreneur, Marc Bibeau, mécontent que sa firme, Shokbeton, n'ait pas obtenu un contrat public. La rencontre, évidemment, se déroule derrière des portes closes, et Mme Boulet affirme ne plus se souvenir de l'objet précis de la rencontre.

«J'y suis allée par politesse», a expliqué Mme Boulet, visiblement embarrassée par le mitraillage de questions de la procureure et des commissaires.

M. Bibeau, dont le nom revient devant la commission Charbonneau avec la même régularité que les clichés sportifs un soir de septième match, n'est pas seulement un entrepreneur de haut vol. C'était aussi un collecteur de fonds du PLQ et un ami intime de l'ex-premier ministre Jean Charest. Quant à Mme Trépanier, elle était, à l'époque, la big boss du financement au PLQ.

«Mais pourquoi vous mettre à risque ainsi?», lui a demandé, justement, la procureure Sonia Lebel. «En fait, j'ai perdu mon temps et je n'étais pas contente, mais j'y suis allée par politesse», a répété Mme Boulet.

Politesse? Laissez-moi hasarder un autre mot: obéissance. Et même: servilité. Le grand argentier du Parti, accessoirement grand ami du premier ministre, n'est pas content et exige audience. Pas le choix, faut y aller et écouter. Quitte à perdre son temps. Et, éventuellement, la face, son bon jugement et une bonne dose de crédibilité.

Est-ce aussi par «politesse» que Mme Boulet a accepté des bouteilles de vin (de la part d'entrepreneurs en construction!) et des billets de hockey qui avaient transité par son ancien collègue Tony Tomassi? Les billets venaient apparemment de Joe Borsellino, ancien patron de Garnier Construction. Quand on est poli, on accepte les cadeaux sans poser de questions. Un chum, c't'un chum; un cadeau, c't'un cadeau. «Bon, c'était P.K. et Price, quand même!», dira peut-être Julie Boulet...

Et Louis Marchand, le patron de Maskimo, Mme Boulet l'a-t-elle aussi appelé par politesse?

Selon M. Marchand, qui a témoigné plus tôt cette semaine, la source de contrats publics s'est tarie après qu'il a cessé de verser de l'argent au PLQ.

Un attaché politique de Mme Boulet, puis l'ex-ministre elle-même l'ont appelé, signifiant leur déception de ne plus le voir dans les cocktails de financement. De ça non plus, Mme Boulet n'a pas vraiment de souvenir. Ah l'amnésie contagieuse des commissions d'enquête...

Pour ce qui est du financement, par contre, sa mémoire est vive: JAMAIS, affirme-t-elle, n'a-t-elle fait de financement. JAMAIS, au surplus, n'a-t-elle entendu parler de l'objectif de 100 000$ par année.

Cela dit, Julie Boulet reconnaît que les entrepreneurs ont des espoirs de retour d'ascenseur lorsqu'ils donnent à un parti. Ben voyons...

Nous voilà dans le vif du sujet: relations inappropriées entre le pouvoir et des entrepreneurs-donateurs privés, retour d'ascenseur, influence indue, argent public, ministres aveugles ou serviles. Et prête-noms.

Peut-être est-ce parce que nous attendons depuis longtemps la «bombe», mais il me semble que nous avons un peu perdu de l'intérêt pour les travaux de la commission Charbonneau au moment où ça devient vraiment intéressant.

«Un entrepreneur a nécessairement des espérances quand il donne», avoue candidement Mme Boulet.

Est-il nécessaire de rappeler que le financement des partis politiques par des entreprises est interdit au Québec depuis 1977? Ce n'est pas l'entreprise qui donne, ce sont ses patrons et leurs employés. Même à l'époque pas si lointaine où les individus pouvaient donner jusqu'à 3000$ (c'est 100$ aujourd'hui, en vertu d'une loi déposée par le précédent gouvernement Marois), les dons des patrons d'entreprises de construction, de génie ou de cabinets d'avocats n'auraient pas suffi à remplir les coffres des partis politiques. Dans ses belles années, et avant les changements à la loi, de 2000 à 2012, le PLQ a récolté 84 millions de dollars, soit 7 millions en moyenne par année. Loin, très loin, des 600 000$ amassés par les libéraux l'an dernier.

De toute évidence, avec la nouvelle limite de 100$ par donateur (et la pression exercée par les médias et la commission Charbonneau), la pratique des prête-noms tend à disparaître. En ce sens, la nouvelle loi présentée par Bernard Drainville (100$ de don maximum et accroissement du financement populaire) aura peut-être... rendu service aux libéraux. Philippe Couillard a, ne l'oublions pas, quatre ans pour effacer les traces du passé.

Julie Boulet? Des vieilles histoires. Marc Bibeau? Un ami de l'ancien régime. Violette Trépanier? La bouc émissaire parfaite, virée, d'ailleurs, par Philippe Couillard il y a plusieurs mois.

Philippe Couillard doit se féliciter d'avoir écarté Julie Boulet de son Conseil des ministres. Imaginez l'embarras et l'inévitable démission!

Soit, mais y en a-t-il d'autres? Difficile de croire que Julie Boulet était la seule ministre à souffrir d'un excès de politesse dans l'ancien régime.




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