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La combinaison gagnante

Vincent Marissal
La Presse

À moins d'un changement de cap de dernière minute, je monte ce matin dans le bus de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour quelques jours.

Pourquoi maintenant? Parce que je vais toujours passer quelques jours dans les caravanes, et comme je n'aime pas trop les funérailles, je préfère visiter la CAQ plus tôt que tard...

En gardant un oeil distrait sur le match du Canadien, samedi soir, avec fiston, je me suis dit, après cette victoire inespérée, que François Legault allait sans doute regarder en boucle les cinq dernières minutes de cette rencontre en répétant, comme un mantra: rien n'est impossible, rien n'est impossible, rien n'est...

En près de 20 ans, j'ai couvert suffisamment de campagnes électorales pour savoir que l'autocar du perdant n'est pas un endroit très agréable. Jean Charest (au fédéral) en 1997, Stockwell Day en 2000, Stephen Harper en 2004, Paul Martin en 2006, André Boisclair en 2007, Mario Dumont en 2008, le Bloc en 2011... Pas seulement le parti qui perd le pouvoir, mais l'aspirant qui mord la poussière.

Cela dit, dans la plupart des cas, l'usure du pouvoir, des événements malheureux survenus en cours de route ou des problèmes d'organisation évidents expliquent la débandade. Dans le cas de la CAQ, rien de tout cela.

C'est comme si la CAQ était tombée derrière le grand mur d'indifférence avant même que sa caravane ne se mette en branle.

On peut fort bien comprendre la frustration de François Legault. Il mène une bonne campagne, avec des thèmes clairs et des idées précises et chiffrées (qu'on soit d'accord ou non, là n'est pas la question). M. Legault se montre même très digne dans les circonstances, encourageant ses troupes et menant sa campagne avec enthousiasme et vigueur.

C'est d'autant plus frustrant pour le chef de la CAQ qu'il est le seul à rester sur le plancher des vaches, parlant et chiffrant tout ce qu'il présente. Pendant ce temps, Pauline Marois et Philippe Couillard débattent d'un hypothétique troisième référendum, s'accusant en plus l'un l'autre de mener une campagne de peur.

Depuis une semaine, c'est franchement surréaliste. Référendum, passeport, frontière, monnaie, Constitution, société distincte... Ne manque que les Rocheuses, la partition, l'armée et le partage de la dette avec le fédéral. Qui sait, ça viendra peut-être.

Le plus ironique, c'est que Pauline Marois et Philippe Couillard affirment vouloir parler d'emplois, d'économie et de bon gouvernement. De quoi parle-t-on dans cette campagne depuis une semaine, depuis la bombe PKP? De référendum.

Dans un autre revirement totalement surprenant, Philippe Couillard a affirmé hier que son parti a la même position constitutionnelle que la CAQ, à qui on reproche... de ne pas avoir de position constitutionnelle!

Mécontents et surpris, apparemment, de ce soudain changement de cap dans la campagne, les chefs du Parti québécois (PQ) et du Parti libéral (PLQ) tentent de revenir au plan de match initial.

M. Couillard nous dit maintenant qu'il n'amorcera pas de tentatives de changements constitutionnels avec le reste du Canada, ce qui nous ramène au bon vieux «fruit pas mûr» de Jean Charest.

Mme Marois, pendant ce temps, a improvisé hier, après sa visite au maire de Montréal, Denis Coderre, se disant maintenant ouverte au projet de recouvrement de l'autoroute Ville-Marie. Tant mieux, bonne nouvelle pour Montréal, mais le gouvernement de Mme Marois a rejeté ce projet de 1,5 milliard il y a quelques semaines à peine. Essaye-t-on d'amadouer le maire Coderre, de monnayer sa neutralité devant le projet de charte de la laïcité, auquel il s'oppose avec virulence? Essaye-t-on de noyer le poisson référendaire? De calmer les ardeurs de M. Coderre, qui déposera mercredi ses demandes (en compagnie de Régis Labeaume, notamment)? Ou essaye-t-on, plus classiquement, de raffermir le vote péquiste dans les circonscriptions prises et prenables de Montréal?

Chose certaine, dans le contexte budgétaire actuel, un projet de 1,5 milliard, ce n'est pas rien, ça ne devrait pas sortir d'un chapeau.

Pauline Marois a beau répéter que cette élection ne vise qu'à choisir un «bon gouvernement», il est, de toute évidence, difficile pour les souverainistes de résister à l'appel du pays lancé avec tant d'enthousiasme par PKP.

Le fait est que les souverainistes ont longtemps cherché la formule, les fameuses «conditions gagnantes», selon l'expression de Lucien Bouchard. Avec des slogans accrocheurs, en attendant le grand jour, comme «À la prochaine fois» de René Lévesque ou les «1000 jours» de Bernard Landry.

Pauline Marois n'est pas tombée dans le lyrisme, mais elle et son entourage ont clairement concocté un plan. À défaut d'obtenir un jour les «conditions gagnantes», le PQ croit avoir réuni «la combinaison gagnante» avec l'arrivée de PKP.

Tout cela n'est ni improvisé ni fortuit. Ça se préparait depuis un bon moment. L'été dernier, me suis-je laissé dire, PKP recevait déjà chez lui la chef du PQ, un historien-auteur très actif dans le mouvement souverainiste et au moins un chroniqueur du Journal de Montréal.




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