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Pourquoi pas Legault?

Vincent Marissal
La Presse

Il y a quelque temps, sur le plateau de Bazzo.tv, je m'étais (un peu méchamment, je l'avoue) moqué des propositions de la Coalition avenir Québec (CAQ), que j'avais qualifiées de «soupe Lipton». Prenez un sachet, ajoutez de l'eau bouillante, et hop! Voici un repas pour toute la famille, quoique plutôt faible en calories et en substance.

Je reprochais aussi à François Legault de claironner sur Twitter, à toute heure du jour et parfois même tard le soir, des slogans creux et prémâchés pour relancer le Québec et nous sortir de notre médiocrité.

Sans surprise, M. Legault n'avait pas beaucoup apprécié mon analogie culinaire et m'avait poliment suggéré de consulter plus à fond les documents de la CAQ sur le site internet du parti.

Pas rancunier pour deux sous, le chef de la CAQ m'a reçu, quelque temps plus tard, pour m'expliquer longuement les grandes lignes de son livre, Cap sur un Québec gagnant - Le Projet Saint-Laurent, que j'ai lu au début de l'automne.

En toute honnêteté, je dois faire amende honorable: la soupe Lipton s'est transformée en un mijoté beaucoup plus nourrissant au cours des derniers mois.

La recette de François Legault inspire d'ailleurs de plus en plus ses adversaires, dont le chef libéral, Philippe Couillard, qui s'est découvert un soudain intérêt pour le développement de la Voie maritime du fleuve Saint-Laurent et de la revalorisation de sa grande vallée.

Le Projet Saint-Laurent de M. Legault n'est pas une panacée et il pourrait certainement faire l'objet de longs débats entre politiciens, universitaires, entrepreneurs et investisseurs, environnementalistes, voire entre géologues, historiens, démographes ou économistes, mais il a le mérite de mettre de la chair sur l'os, de proposer un projet concret. Si ce n'est déjà fait, le nouveau maire de Montréal, Denis Coderre, aurait intérêt à lire le chapitre sur le port de Montréal (et plus généralement sur l'accès aux berges) et inviter François Legault à prendre un café pour en discuter.

L'obsession de François Legault pour la recherche et l'innovation en lien avec les secteurs industriels concernés, le rend par ailleurs suspect dans maintes facultés universitaires, mais là encore, il a mis quelque chose de tangible sur la table.

Pas étonnant, depuis quelque temps, que certaines de ses idées soient reprises, en tout ou en partie, par les péquistes ou les libéraux.

«C'est rendu que le PQ et le PLQ ne critiquent plus les propositions de la CAQ... pour pouvoir les reprendre dans quelques mois...», a blagué M. Legault sur son compte Twitter.

Il vaut peut-être mieux en rire, en effet, parce que le chef de la CAQ met le doigt sur un réel problème: proposer des idées, des positions, des projets, qui sont ensuite repris par les autres, sans en tirer de bénéfices politiques.

C'est le cas, notamment, avec le dossier des commissions scolaires. Bien sûr, le gouvernement Marois ne va pas aussi loin que la CAQ, qui propose le démantèlement de ces entités, mais il a bien dû admettre que tout n'y tourne pas rond. Idem pour les libéraux, qui ont eux aussi fait un virage radical contre les commissions scolaires à la fin de l'ère Charest.

À l'évidence, il faut aussi admettre que c'est la CAQ, par la voix de son député Christian Dubé, qui impose le pas pour une réforme des régimes de retraite déficitaires. C'est M. Dubé qui a sonné l'alarme à un moment où l'Assemblée nationale était préoccupée par bien d'autres choses, dont les débats identitaires.

On pourrait aussi rappeler l'«effet Duchesneau», qui a forcé péquistes et libéraux à ajuster le tir sur les questions d'intégrité et de transparence et qui n'est pas étranger à l'empressement (salutaire) du gouvernement Marois à serrer la vis en tout début de mandat.

Sur la question identitaire, péquistes et libéraux ne le diront pas publiquement, mais la position de la CAQ est plus rassembleuse, plus consensuelle et constituerait sans doute une base valable d'un rapprochement et même d'un accord entre les partis, si une telle conclusion était souhaitée, ce qui n'est pas le cas pour le moment.

Depuis des mois, François Legault s'en tient à la même position, malgré quelques remous au sein de son caucus, ce qui lui a évité de devoir reculer sur un fil de fer, comme a dû le faire Philippe Couillard cette semaine.

Un ancien ministre péquiste encore très influent me disait cette semaine: «Dans le fond, c'est la CAQ qui a la position la plus raisonnable, mais ce pauvre François est incapable de s'imposer.»

Voilà qui est un peu condescendant, mais pas totalement faux. Le fait est que la CAQ, après avoir fait le pied de grue devant la porte du pouvoir, se retrouve très loin, en troisième place, voyant même s'éroder sa base le plus solide dans la grande région de Québec.

On murmure même, à Québec, qu'une certaine impatience est en train de s'installer au sein du caucus caquiste, notamment chez certains députés bien en vue qui désespèrent de voir, enfin, leur parti percer le mur de l'indifférence. En cette fin d'automne, ils font le constat que le Projet Saint-Laurent n'aura pas été la bouée de sauvetage tant attendue.

Certains ambitieux, bien installés dans leur circonscription, n'accepteront pas, comme leur chef, de lancer leur navire sur le prochain récif électoral pour se retrouver ensuite parmi une poignée de naufragés à l'Assemblée nationale.




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