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Terrorisme: cachez ces causes...

Vincent Marissal
La Presse

Je prends souvent le train. Ces temps-ci, deux ou trois fois par mois entre Montréal, Québec et Ottawa. Moyen de transport relaxant, fiable et pratique, surtout depuis que Via a réglé ses problèmes de WiFi à bord. Et puis à 29$ pour faire Mtl-Qc, ce serait une insulte à Kyoto que de prendre mon auto!

Autre avantage avec le train: pas de longue file d'attente pour la sécurité, pas besoin d'enlever ses chaussures, sa ceinture, sa montre ou de jeter la bouteille de parfum à 75$ malencontreusement oubliée dans son sac. Vous arrivez cinq minutes avant le départ, et hop, bon voyage!

Tout cela risque, malheureusement, de changer, maintenant que les trains sont dans la mire d'apprentis terroristes.

Avant, je croyais que la plus grande menace qui pèse sur les passagers de Via, ce sont les trains de marchandises, qui ont priorité sur la voie ferrée, forçant régulièrement les convois vert et jaune à céder le passage.

Je ne suis pas anxieux de nature, mais cette perception a quelque peu changé cette semaine.

Un matin, à la gare Centrale de Montréal, en attente pour le train de 9 h, devant la foule bigarrée qui se pressait pour monter à bord, j'ai réalisé soudainement à quel point il est facile de se faufiler dans un train. Devant moi, trois jeunes Arabes avec des gros sacs à dos. Un doute furtif dans mon esprit. Je me suis grondé intérieurement: «Franchement, tu fais du profilage racial, maintenant? T'as pas honte?»

Pas très fier de moi, en effet.

Assis dans le train, je me suis même dit que ces longs tuyaux de métal roulants remplis de monde sont des cibles faciles, surtout lorsqu'ils ralentissent à quelques km/h en traversant les ponts. Là encore, je me suis réprimandé intérieurement: «Bon, tu deviens parano, en plus!»

En fait, je suis, comme des millions de gens, une victime psychologique collatérale de l'attentat du marathon de Boston. N'est-ce pas le but ultime du terrorisme: semer le doute et la peur dans l'esprit du commun des mortels. Les bombes continuent de faire des dégâts bien après leur explosion.

Troublante coïncidence, à peine descendu du train à la gare du Palais de Québec, j'apprenais par mon fil Twitter l'arrestation de deux jeunes hommes soupçonnés d'avoir comploté pour faire dérailler un train de Via. Même déjoués, les attentats atteignent parfois leur objectif: semer le doute, voire la peur.

Ma paranoïa est, en fait, circonstancielle. Je n'ai jamais vraiment cru que le Canada puisse figurer en tête de liste des pays visés par les grandes organisations terroristes.

L'époque est toutefois à la précaution, pas aux réflexions philosophiques, comme l'a appris rudement Justin Trudeau en s'aventurant, dès le lendemain de l'attentat de Boston, sur les causes profondes de tels gestes.

Sans surprise, Stephen Harper est tombé à bras raccourcis sur le jeune chef libéral, l'accusant de légitimer les gestes des terroristes. «Ce n'est pas le moment de tomber dans la sociologie», a ajouté jeudi le premier ministre, profitant des derniers événements pour attaquer son adversaire.

Sans surprise, également, les conservateurs tentent de «faire du millage» avec les récents complots terroristes en ramenant devant le Parlement des mesures légales extraordinaires. Des mesures dont la nécessité et même l'utilité sont fortement mises en doute par certains experts. Qu'à cela ne tienne. Pour les conservateurs, c'est payant de jouer la carte de la sécurité nationale.

Partout dans le monde, des dirigeants comme George W. Bush, Vladimir Poutine ou Benjamin Netanyahou ont réussi à redorer leur blason dans l'opinion publique en adoptant la ligne dure contre les terroristes. Leurs réactions sont parfois primaires, voire carrément démagogiques, mais les terroristes ne sont pas très subtils non plus.

Rares sont les leaders, toutefois, qui s'interrogent publiquement sur les causes profondes. En le faisant avec si peu de recul, Justin Trudeau a eu l'air, au mieux, naïf et, au pire, davantage préoccupé par les meurtriers que par leurs victimes.

Le moment était mal choisi, certes. Les mots aussi, mais qui, sinon nos dirigeants, doit lancer la réflexion sur les raisons des attaques terroristes? Quand Stephen Harper se moque de la sociologie, insinue-t-il qu'il est ridicule de se poser deux ou trois questions sur la société et ses différentes composantes?

En 2002, Jean Chrétien aussi s'était risqué à parler des causes des attentats terroristes contre les pays riches, s'attirant les foudres de certains commentateurs et du chef de l'opposition officielle, un certain Stephen Harper.

«Lorsqu'il y a des pays dans la misère extrême, ils deviennent des endroits d'où [émergent] ce genre de problèmes-là. On a une responsabilité d'aider ces pays-là à trouver un niveau de vie plus acceptable, où ces activités ne seront pas facilitées par l'environnement où les gens vivent», avait dit Jean Chrétien dans la foulée des événements du 11 septembre 2001.

Un an avant ces attentats, Jean Chrétien avait déclaré devant un imposant parterre de gens d'affaires à New York que les États-Unis, en leur qualité de superpuissance, devaient apprendre à être moins arrogants. Cette remarque avait valu de nombreuses critiques à M. Chrétien.

En politique, toute vérité n'est pas bonne à dire et il est plus payant, électoralement, de prôner la manière forte que de «tomber dans la sociologie», pour reprendre l'expression de M. Harper.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca




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