Vos vacances estivales aux États-Unis ou en Europe ont coûté plus cher que prévu à cause du plongeon du huard? Cela ne m'étonne pas. En juillet seulement, le dollar canadien a perdu 4,5% contre le billet vert américain, 3,8% contre la livre sterling et 3,3% contre l'euro.

Publié le 11 août 2015
Stéphanie Grammond LA PRESSE

Et ce n'est rien. Depuis trois ans, la baisse de notre devise est encore plus prononcée. Voilà pourquoi votre chaudrée de palourdes sur les plages de la côte Est et votre fish&chips dans un pub de Londres vous auront coûté 30% plus cher cette année qu'au cours de l'été 2012. Shocking! Quant à votre café au lait à Paris, le jeu des devises a gonflé son prix de 16% depuis trois ans.

Mais consolez-vous. La chute du huard vous a aussi enrichi... peut-être à votre insu.

En effet, l'appréciation de nombreuses devises étrangères face au dollar canadien a donné du tonus à vos placements à l'international, comme en témoignent les statistiques sur les fonds communs de placement pour le mois de juillet dévoilées par Morningstar Canada cette semaine.

Prenons les fonds d'actions américaines. Au cours des sept premiers mois de l'année, ils ont procuré un savoureux rendement de 12% aux investisseurs canadiens, même si l'indice de la Bourse américaine, le S&P 500, n'a avancé que de 3,4% en incluant les dividendes. Dites merci à la devise!

Le mois de juillet a été passablement houleux outre-mer, que l'on pense à la saga entourant le retrait de la Grèce de la zone euro ou encore à l'affaissement de la Bourse en Chine. Mais ces événements ont eu peu de répercussions sur le portefeuille des investisseurs canadiens... du moins pas directement.

Le Grexit a tenu l'Europe en haleine. Ce nouvel acte de la saga grecque a eu de lourdes conséquences sur la Bourse d'Athènes. Mais il n'y a pas eu le même effet de contagion que les épisodes précédents.

Au contraire, les fonds d'actions européennes sont les champions de 2015 avec des rendements de 7% en juillet et de 21% depuis le début de l'année, attribuables en bonne partie à l'effet des devises.

Les amateurs d'or espéraient certainement que la crise en Grèce ferait bondir le prix de cette valeur refuge. Pas cette fois. Découragés, les spéculateurs ont alors laissé tomber les sociétés aurifères. Du coup, les fonds spécialisés dans les métaux précieux ont fondu de 16% en juillet, de loin la pire performance de toutes les catégories de fonds communs.

La récente chute de 30% à la Bourse chinoise a aussi donné des frissons aux investisseurs cet été. Mais il faut comprendre que son indice avait grimpé de 150% au cours de l'année précédente alors que la Chine commence à ouvrir ses marchés financiers aux investisseurs étrangers.

Mais pour l'instant, la plupart des étrangers qui misent sur la Chine achètent les actions inscrites à la Bourse de Hong Kong, plus grandes et plus solides que celles qui se négocient sur le continent. C'est pourquoi ces titres n'ont pas connu la même volatilité.

Jugez vous-même: les fonds communs spécialisés dans les marchés chinois ont fléchi de 6% en juillet, mais restent en hausse de 15% depuis le début de l'année. Pas le même genre de montagnes russes!

Mais de toute façon, les investisseurs canadiens ne possèdent pas une tonne d'actions chinoises. Dans un portefeuille équilibré (60% actions/40% obligations), les actions de marchés émergents représentent environ 5% de l'actif total et la Chine, 1 à 2% tout au plus, rappelle Christian Charest, de Morningstar. Un repli de 6% n'est donc pas si catastrophique.

Par contre, le ralentissement de l'économie chinoise a eu un impact sur les prix des ressources naturelles qui sont au fond du baril. Les fonds spécialisés dans ce secteur ont perdu 11% en 2015.

Et la Bourse de Toronto, qui est composée à 30% de ressources naturelles, affiche aussi un pâle rendement. Depuis le début de 2015, les fonds d'actions canadiennes n'ont avancé que de 1%, surtout à cause de la déroute des matières premières et de l'énergie qui se retrouvent maintenant à des évaluations historiquement faibles.

Avec un dollar autour de 76 cents US et des matières premières au tapis, est-il temps de changer son fusil d'épaule? D'investir davantage au Canada? De protéger ses placements étrangers contre une éventuelle remontée du dollar canadien?

Pas nécessairement. En fait, les Canadiens devraient continuer de maximiser le contenu étranger dans leur portefeuille, estime Martin Roberge, stratège chez Canaccord Genuity. D'abord, le huard pourrait encore baisser, peut-être jusqu'à 70 cents. Et puis, le potentiel de la Bourse canadienne est limité par la surévaluation des secteurs autres que ceux des ressources naturelles.