Les commerçants sont prêts à tout pour attirer les consommateurs avec les paiements les plus petits possible. Prêts à allonger le financement sur 50 mois pour un téléviseur, 96 mois pour une auto ou 240 mois pour une piscine. Prêts à utiliser toutes sortes de subterfuges pour convaincre les clients que le paiement entre dans leur budget.

Publié le 24 mai 2015
Stéphanie Grammond LA PRESSE

Certains concessionnaires automobiles vont même jusqu'à annoncer des paiements réduits pour les premiers mois. Par exemple, Kia met en évidence des «petits paiements» de 96$ toutes les deux semaines. Mais ce n'est qu'en lisant les petits caractères qu'on s'aperçoit que le versement grimpe après 15 mois! L'automobiliste se retrouve alors avec des paiements de 147$ jusqu'à la fin du prêt qui s'étire sur huit ans.

Excusez-moi, mais ce genre de prêts tordus - assortis de paiements qui grimpent après un certain temps - a mis une tonne de familles en déroute financière aux États-Unis et mené à la crise du crédit.

Prudence, recommande Option consommateurs qui diffusait, mercredi, une étude sur les risques du financement à long terme, qui devient de plus en plus fréquent. À preuve: 62% des acheteurs d'automobile ont opté pour un prêt de plus de 72 mois en 2013, deux fois plus qu'en 2008.

Malheureusement, le financement à long terme incite les consommateurs à dépenser davantage. Plus de la moitié (54%) des consommateurs avouent que l'accès au financement à long terme leur a permis de s'acheter un bien plus cher que ce qu'ils avaient prévu, selon un sondage mené auprès d'un groupe de clients qui avaient acheté (ou souhaitaient acheter) un bien important en le finançant.

Évidemment, plus on étire la période de remboursement, plus on réduit les paiements. Cela donne l'illusion que le bien est plus abordable. Par exemple, si vous achetez des biens d'une valeur de 10 000$, votre mensualité sera plus petite si vous payez sur sept ans (156$) plutôt que sur quatre ans (244$).

Sauf qu'en remboursant sur sept ans, il vous en coûtera 3000$ de plus que si vous aviez payé comptant et 1400$ de plus que si vous aviez acquitté votre dette sur quatre ans (à un taux de 8%).

Bref, plus on étale, plus ça coûte cher d'intérêts.

Mais ce n'est pas tout. Le financement à long terme comporte une série de pièges.

Dans le domaine automobile, la dépréciation de la voiture est plus rapide que le remboursement. Si vous devez vendre en cours de route, vous devrez sortir de l'argent de vos poches pour rembourser le reste du prêt.

Très souvent, les concessionnaires qui veulent vous vendre un nouveau véhicule avant l'échéance offrent de refinancer cette «équité négative» à même le nouveau prêt, si bien que vous payez des intérêts sur les intérêts.

Les plans de financement ont aussi leurs entourloupettes. Souvent, on remet au consommateur une carte de crédit dont la limite excède la somme nécessaire pour payer le bien acheté, explique Option consommateurs. Le client peut alors faire d'autres achats... à un taux d'intérêt plus élevé que sur son achat initial.

De manière générale, il faut se méfier du financement à long terme, car il peut mener au surendettement. Les gens qui ont perdu le réflexe d'épargner pour acheter des biens accumulent les plans de financement les uns après les autres. Cette accumulation de dettes peut devenir un boulet très lourd à porter en cas de perte d'emploi, de séparation ou de maladie.

Devrait-on limiter la durée des prêts, comme en France? Ce serait risqué, car les consommateurs pourraient facilement se tourner vers une marge de crédit ou une carte de crédit sur laquelle ils peuvent étirer le remboursement presque pour l'éternité. Ce n'est pas ce que l'on veut.

Par contre, il serait souhaitable de resserrer les règles entourant le crédit dans la publicité, comme le recommande Option consommateurs. Pour commencer, il faudrait que l'Office de la protection du consommateur fasse respecter les règles actuelles.

En théorie, les annonceurs n'ont pas le droit d'afficher des paiements périodiques sans indiquer le prix total. Et ils ne peuvent pas mettre l'accent sur les mensualités. Mais ces règles sont constamment bafouées.

Désormais, les paiements sont présentés à la semaine, pour les faire paraître encore plus bas. La Jetta ne coûte que 6$ par jour, clame même Volkswagen. Il suffit d'apporter votre lunch tous les midis et vous êtes en voiture!

Et les renseignements importants sont souvent présentés en caractères minuscules, sans aucun paragraphe, à la verticale dans la publicité. Il faudrait un oeil bionique pour y comprendre quelque chose!

Prenez une publicité de Club Piscine qui offre une piscine creusée à 69,99$ toutes les deux semaines. Le coût total de 15 399$ est écrit dans la publicité. Mais pas le coût total de l'emprunt. Le consommateur qui choisit de payer sur 15 ans devra débourser 27 255$, incluant près de 12 000$ de frais de crédit. Ces «détails» ne sont écrits qu'à la dernière page de la circulaire. Pas clair.

Pour s'assurer que les consommateurs sachent vraiment dans quoi ils s'embarquent, on pourrait aussi leur accorder un vrai délai de réflexion, comme en France, suggère aussi Option consommateurs. Là-bas, les clients qui achètent à crédit doivent patienter quelques jours avant d'obtenir leur produit. Un bon moyen de freiner les achats impulsifs.

Et pourquoi ne pas demander aux prêteurs de vérifier si les paiements respectent la capacité de remboursement du client avant de lui faire crédit? Ce principe du «prêteur responsable» faisait partie du projet de réforme de la Loi sur la protection du consommateur, en 2011. Mais tout est tombé à l'eau avec le changement de gouvernement.