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Quand les pharmaciens déchirent leur blouse blanche

À quoi bon déranger votre médecin pour obtenir un médicament préventif contre la malaria parce que vous partez en voyage? Pourquoi aller poireauter aux urgences à cause d'une maladie - des hémorroïdes ou une infection urinaire, par exemple - dont vous connaissez exactement les symptômes et le traitement?

Votre pharmacien peut très bien vous aider, tout le monde s'entend là-dessus. L'Assemblée nationale a même adopté à l'unanimité le projet de loi 41 qui donne le feu vert aux pharmaciens pour prescrire certains médicaments et pratiquer de nouveaux actes comme l'analyse de tests de laboratoire.

Cette avancée permettra aux médecins de se concentrer sur les cas plus sérieux. Il y aura moins de patients dans leur bureau, ce qui réduira l'attente pour les gens qui sont vraiment malades. Bref, tout le monde sera gagnant, y compris le gouvernement qui devrait réduire les coûts du système de santé.

On croyait donc que les choses iraient rondement et que les pharmaciens pourraient prescrire des médicaments dès ce printemps. Mais maintenant qu'il faut déterminer qui réglera la note, rien ne va plus.

Après trois rencontres infructueuses depuis janvier, les négociations achoppent entre le ministère de la Santé et des Services sociaux et l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) qui a déchiré sa blouse blanche sur la place publique avant-hier.

Le différend ne porte même pas sur la rémunération que les pharmaciens devraient recevoir pour ces nouveaux actes. Non, il n'est pas encore question de dollars. On est seulement en train de démêler qui devrait payer la facture. L'assurance maladie? L'assurance médicaments? Les patients eux-mêmes? Personne?

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a déjà laissé entendre dans les médias que les nouveaux actes ne coûteraient rien à la population et que la rémunération des pharmaciens serait assumée en entier par l'État, comme si c'était un médecin qui avait fait le boulot. Mais à la table de négociation, la position de Québec a changé, déplorent les pharmaciens.

Québec souhaite que les pharmaciens puissent jouer un rôle accru dans l'amélioration de l'accès aux soins et services aux patients, «tout en respectant le cadre financier du gouvernement», indique le cabinet du ministre.

Les pharmaciens sont prêts à renouveler, sans frais, une ordonnance pour un mois seulement, comme ils le font déjà pour dépanner leurs clients. Mais c'est le seul acte qu'ils acceptent de faire gratuitement.

Ils veulent être payés pour le renouvellement d'une ordonnance de plus de 30 jours. Actuellement, quand l'ordonnance d'un patient est échue, le pharmacien doit communiquer avec le médecin pour lui demander sa permission de la renouveler. Parfois, le médecin demande 15$ au patient pour ce service qui n'est pas assuré par la RAMQ. Mais plusieurs médecins ne demandent rien pour ce coup de main.

Désormais, le pharmacien pourra renouveler lui-même la prescription jusqu'à un an, mais il devra quand même informer le médecin traitant. Oui, c'est une responsabilité accrue pour les pharmaciens, mais devrait-on les rémunérer pour une tâche que bien des médecins acceptent de faire gratuitement?

Or, les pharmaciens n'ont pas l'intention d'assumer de nouvelles responsabilités sans obtenir de rémunération additionnelle. Autrement, ils menacent de faire payer les clients pour les services, ce qui tuerait le projet dans l'oeuf.

Prenez un patient qui doit faire des tests régulièrement pour ajuster son traitement. Le pharmacien pourra bientôt prescrire lui-même le test de laboratoire, analyser les résultats et ajuster la dose en conséquence. Très pratique pour les patients qui auront accès au service à deux pas de chez eux.

Mais si le pharmacien exige des frais, le patient continuera probablement d'aller à l'hôpital puisque le service y est gratuit. La barrière financière fera en sorte que les patients vont perpétuer leur réflexe d'aller à l'hôpital plutôt qu'à la pharmacie du coin.

En toute logique, le régime universel d'assurance maladie du Québec (RAMQ) devrait donc assumer le coût des nouveaux actes pharmaceutiques qui sont actuellement posés par les médecins et couverts par la RAMQ.

C'est d'ailleurs ce que les pharmaciens réclament. Comme les médecins, ils veulent être payés directement par l'État quand ils s'occupent de tests de laboratoire et quand ils prescrivent un médicament pour des maladies qui ne nécessitent pas de diagnostic (ex.: diarrhée du voyageur) ou pour un problème de santé mineur (ex.: herpès labial).

Cela paraît raisonnable. Surtout que la contribution des pharmaciens devrait réduire les coûts du système de santé en permettant d'éviter quelque 500 000 consultations médicales pour des raisons banales.

Pour les actes qui sont reliés aux médicaments eux-mêmes (ex.: substitution d'un médicament par un équivalent thérapeutique), les pharmaciens souhaiteraient que leurs honoraires soient couverts par l'assurance médicaments.

Les gens qui sont assurés avec le régime public de la RAMQ seraient automatiquement couverts. Du côté privé, ce serait à la discrétion du programme d'assurance. Mais si l'assureur refuse de couvrir les nouveaux actes, le pharmacien pourrait demander au patient de payer de sa poche. Un système à deux vitesses.

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LES NOUVEAUX ACTES RÉCLAMÉS PAR LES PHARMACIENS

1. Service offert gratuitement par les pharmaciens

> Renouvellement d'une ordonnance de dépannage pour 30 jours et moins

2. Services payés par le régime d'assurance maladie pour tous les Québécois

> Renouvellement d'une ordonnance pour plus de 30 jours

> Prescription et interprétation d'examen de laboratoire

> Prescription d'un médicament pour des maladies qui ne nécessitent pas de diagnostic (diarrhée du voyageur, médicaments préventifs contre la malaria, nausée reliée à la grossesse, etc.)

> Prescription d'un médicament pour un problème mineur (herpès labial, infection urinaire, vaginite, hémorroïdes, conjonctivite allergique, etc.)

3. Services payés par le régime d'assurance médicaments du Québec pour les assurés du régime public. Remboursement pour les assurés du secteur privé à la discrétion des programmes d'assurance.

> Ajustement d'une ordonnance

> Substitution d'un médicament par un équivalent thérapeutique en cas de rupture d'approvisionnement

> Administration d'un médicament à des fins de démonstration




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