Les plaques personnalisées

Depuis hier, les automobilistes québécois peuvent commander une... (Photo Erick Labbé, archives Le Soleil)

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Depuis hier, les automobilistes québécois peuvent commander une plaque d'immatriculation personnalisée. Sur la photo, André Fortin, ministre des Transports, Véronyque Tremblay, ministre déléguée aux Transports, et Nathalie Tremblay, présidente et chef de la direction de la SAAQ.

Photo Erick Labbé, archives Le Soleil

Stéphane Laporte

Collaboration spéciale

La Presse

Finies les plaques plates. Depuis hier, Québécoises et Québécois peuvent personnaliser la plaque d'immatriculation de leur véhicule. Ça se fait depuis bien longtemps ailleurs, pourquoi le Québec ne le permettait-il toujours pas ? Manque-t-on de personnalité ? Ou avions-nous peur du résultat ? Ça doit plutôt être ça. On craignait les débordements. Jusqu'où ira notre déchaînée imagination ? Sûrement plus loin que notre char, avec toutes les routes bloquées qui nous entourent.

D'abord, ça va coûter 249,50 $. Pourquoi pas 250 $ ? Psychologie de fonctionnaires, sans doute. Des études ont dû démontrer que le client potentiel réagirait ainsi à leur offre : « Des plaques personnalisées ? OK, pourvu que ça coûte moins de 250 $. » D'ailleurs, ça fait un bon numéro de plaque : 24950. Il faut ajouter à cette somme des frais de renouvellement annuel de 34,50 $. La même étude a anticipé cette autre réaction : « Des frais de renouvellement annuel ? OK, pourvu que ça coûte moins de 35 $. »

La première plaque personnalisée québécoise que le chroniqueur français de RMC, Antoine Besse, s'attend sûrement à croiser sur nos routes est : TABARNAK. Eh bien, ça n'arrivera pas ! Parce que le maximum de caractères permis sur la plaque est de sept lettres ou numéros. On l'a échappé belle.

D'autres règles encadrent notre personnalisation. Le numéro d'une plaque d'immatriculation ne doit pas porter à confusion avec celui d'une autre plaque. Bref, il ne peut pas y avoir deux MINOU qui roulent en même temps. Mais jusqu'où doit-on éviter la confusion ?

Est-ce que GOCHGO ressemble trop à GOGOCH ? Ça reste à voir. De toute façon, en ce moment, RIPCH ou VIVEPK risquent d'être plus populaires.

Le message doit aussi être facile à lire. Dommage que la même règle ne s'applique pas aux pancartes de stationnement interdit. La Société de l'assurance automobile veut éviter les MWMMWM et les IIII. J'espère que les KKK aussi seront bannis.

Le numéro personnalisé choisi ne doit pas comporter une expression qui laisse faussement croire que le propriétaire du véhicule est une autorité publique ou y est lié. Pas de POLICE ou de SQ. Que les proches d'Emmanuel Macron soient prévenus.

La plaque ne doit pas exprimer de l'insouciance à l'égard de la sécurité routière. L'insouciance est un concept assez large. Est-ce que NOLIMIT est insouciant ? Et ENRAGÉ ? 250 KMH ? FCKCONE ou TEXTMOI ?

On ne peut pas non plus arborer une idée obscène ou scandaleuse. Encore là, c'est bien relatif. Une plaque SLAV ou KANATA sera- t-elle censurée ? KÉKETTE ? Est-ce obscène ? Doit-on le permettre seulement aux propriétaires de Corvette ? Et PIPELINE, est-ce scandaleux ?

Une plaque qui encourage une infraction criminelle sera interdite. Il faudra donc attendre le 17 octobre pour commander FUMEPOT.

Enfin, il sera impossible d'avoir un numéro qui comporte un message que la loi réserve à autrui ou dont elle lui interdit l'usage. Donc, malgré tous les sondages, François Legault ne peut pas encore rouler avec une plaque PMQC.

Avec toutes ces règles sujettes à interprétation, les préposés de la SAAQ vont avoir des heures de plaisir à démêler toutes les demandes. Laissera-t-on passer les fautes ? ARTISSE ? PLOMBIÉ ? SIJORAI ?

Permettra-t-on l'appropriation culturelle ? Un gars de la Gaspésie pourra-t-il avoir une plaque BLEUET ? Et un Montréalais, une plaque NORDIK ?

Et quand nos chemins seront remplis de HI, HOWAREU et KISSME, certains exigeront sûrement que la loi 101 s'applique aussi aux plaques d'immatriculation. On ne sera pas sorti du bois. Surtout que les véhicules tout-terrain font aussi partie de la réglementation.

Si l'on se fie à l'usage qui se fait des plaques personnalisées dans les autres territoires de l'Amérique du Nord, ce qu'on risque de voir surtout, ce sont des prénoms, SYLVAIN, ANOUK, GÉRARD, SIMONE, des diminutifs, JOJO, TIGUY, MIMI, TICASS, des goûts assumés, POUTINE, YOGA, CHATS, EXPOS, STARWAR et des farces plaques FERRARI sur une Tercel, AUX2 sur une hybride, BIXI sur une auto du Plateau. Bref, la route va ressembler à plein de statuts Facebook, version Twitter à sept caractères.

Sortir son derrière de char de l'anonymat est quand même un pensez-y-bien. Après tout, pour la plupart des gens, cette information est du domaine privé. À la télé, on brouille les plaques des voitures pour éviter des ennuis. Imaginez si Marc Bergevin se promène avec une plaque BERGE20, au lendemain d'un échange contesté, ce n'est pas recommandé.

Une chose est sûre, les premières plaques personnalisées risquent de faire fureur sur les réseaux sociaux. On va les voir partout. Tellement qu'on devrait organiser un concours : La plaquée or. Remettre annuellement un trophée à la meilleure plaque personnalisée. Le grand public serait appelé à voter. Repérer les meilleures expressions, ça ferait quelque chose à faire quand on est pris dans le trafic. Le grand prix serait la somme de 34 dollars et 50 sous. Question de renouveler l'originalité.

OREVOIR !




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