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Le délire d'élire

Comment faire pour transformer un politicien populaire en un politicien impopulaire? Élisez-le.

Prenez la France, en 2007, Nicolas Sarkozy est l'homme le plus chaud du pays. Il incarne l'action et la modernité. Au premier tour de la présidentielle, il se classe premier avec 31,18% des suffrages exprimés, soit le record absolu en nombre de voix pour un candidat dans toute l'histoire du pays tricolore. C'est la sarkomanie. Il triomphe, bien sûr, au deuxième tour et devient le 23e président de la République française.

Quelques semaines plus tard, il est l'homme le moins aimé de l'Hexagone. Il n'est plus un homme d'action, il est un casseur. Il n'est plus moderne, il est bling-bling. Son mandat sera une longue dégringolade dans les sondages. Il sera battu à l'élection suivante par François Hollande, l'incarnation du changement. Aussitôt élu, Hollande se transforme en symbole de la confusion. Le président normal n'est plus qu'un président plate. On le critique à gauche et à droite. Certains regrettent même le bon vieux Sarko. Le calvaire de sa présidence durera encore trois ans.

Aux États, c'est la même chose. La cote d'amour de Barack Obama a atteint ses sommets avant son élection. Elle n'a cessé de baisser depuis. Ce n'est qu'à l'incapacité des républicains de présenter un candidat potable que le premier président afro-américain doit sa réélection.

Le 4 septembre 2012, les Québécois ont choisi Pauline Marois pour les diriger. Dès le lendemain, ils n'en voulaient plus. Aujourd'hui, c'est Philippe Couillard qui trône dans les sondages. Couillard n'est pas élu, il ne siège même pas au Parlement, donc on l'aime. Si jamais il parvient à son but, la lune de miel sera terminée.

C'est aussi contradictoire que ça. L'électeur se retourne instantanément contre celui qu'il a choisi. L'électeur n'élit pas un leader, il élit un bouc émissaire. L'électeur est bipolaire.

Plus un politicien est loin du pouvoir, plus il est apprécié. Denis Coderre n'avait même pas annoncé sa candidature à la mairie de Montréal qu'il avait une longueur d'avance sur tous les candidats annoncés. Maintenant qu'il est officiellement sur la liste, la longueur va rétrécir.

Tant qu'il n'avait pas de parti, François Legault était le préféré des Québécois pour devenir premier ministre. Quand il s'est présenté, on ne l'a pas élu.

Le politicien le plus aimé au Canada au cours des 20 dernières années est Jack Layton. Il a eu la très grande chance de ne jamais devenir PM. De ne jamais décevoir.

Est-ce que tous les politiciens de tous les pays deviennent poches dès qu'ils sont élus ou est-ce la perception que les citoyens ont d'eux qui changent? Est-ce qu'on s'illusionne trop au sujet des politiciens, avant, de sorte qu'il est impossible de nous satisfaire, pendant?

Il y va du rapport électoral comme il y va du rapport amoureux. Avant l'élection, c'est la drague. Plus le candidat est inaccessible, plus on le désire. Plus il est silencieux, plus on voudrait l'entendre. Plus il se cache, plus on voudrait le voir. Puis, il manifeste ses intentions. Ah bon... On se refroidit déjà. C'est rarement aussi grand qu'on l'imaginait. Il devient beaucoup moins intéressant. Mais il faut ce qu'il faut. Faut bien se trouver quelqu'un. Et certains savent bien chanter la pomme. Ils nous disent ce qu'on veut entendre. On les croit. On leur dit oui. Le soir des élections, c'est la première fois. Le soir de la grande consommation. Le politicien a eu ce qu'il voulait. L'électeur s'est donné. L'élu a pris.

Après les élections, c'est le début de la cohabitation. Un mariage de quatre ans. Moins si notre engagement ne fut pas majoritaire. Les amants étant déjà dans le placard prêts à prendre la relève.

Après les élections, c'est surtout la déception. On croyait que le politicien nous voulait alors qu'au fond, il voulait le pouvoir. Le politicien croyait que l'électeur voulait quelqu'un qui le dirige, alors qu'au fond, on veut quelqu'un qui fait ce que l'on veut.

Le gros problème de cette relation, c'est que l'électeur n'est pas le seul à être bipolaire, l'élu l'est aussi. Il se disait de gauche, il dirige à droite. Il disait vouloir tout changer, il refait toutes les mêmes affaires.

Va-t-on un jour élire quelqu'un qui comblera nos attentes?

Si nous sommes toujours insatisfaits de nos politiciens, nous n'avons qu'une personne à blâmer, c'est celle qui les choisit: c'est nous.




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