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Les paradis fiscaux sont notre enfer

Stéphane Laporte

Collaboration spéciale

La Presse

C'est mille fois plus scandaleux que la commission Charbonneau, mille fois plus révoltant que les frais des étudiants, et pourtant on en parle à peine; pourtant, le peuple ne s'empare pas de la rue pour manifester son écoeurement.

Ça s'appelle les paradis fiscaux et c'est à cause d'eux que nous vivons en enfer.

Un paradis fiscal est un pays où les fortunés de ce monde cachent leur argent parce que les taux d'imposition y sont inexistants et que les autorités locales dissimulent l'identité des détenteurs de comptes.

Ce sont souvent des paradis tout court: la Barbade, les Bermudes, les îles Caïmans, les Îles Cook, Sainte-Lucie... Mais le soleil n'y luit pas pour tout le monde. Seulement pour les riches.

Chaque année, le Canada perd sept milliards de dollars en impôts non déclarés sur des avoirs à l'étranger.

7 milliards de dollars!

En ce moment, dans notre beau pays, il y a plein d'honnêtes travailleurs qui rédigent leur déclaration d'impôt. S'ils ont le malheur d'oublier un T-4 ou une facture de restaurant, ils vont se faire poursuivre, fouiller et déculotter par le fisc comme s'ils étaient Al Capone.

La plupart des Canadiens s'appliquent, conservent tous les papiers importants et versent à l'impôt la somme due à la cenne près.

Et c'est très bien ainsi. C'est cet argent qui permet à la société de fonctionner. Qui permet aux gens d'être soignés, éduqués, protégés, et de pouvoir se déplacer. Bref, c'est cet argent qui permet aux gens de vivre dans un endroit civilisé.

Payer l'impôt, ça s'appelle faire sa part. Contribuer à la communauté. Lier son destin à celui des autres citoyens.

L'existence de la nation dépend de ce geste, de cet investissement au projet commun. Ceux qui ne le posent pas sont des traîtres. Des profiteurs. Ils ne respectent pas les règles imposées (c'est le cas de le dire) à tout un chacun. Ils ne pensent qu'à eux, qu'à leur magot, et laissent les autres crever.

S'il y a tant d'injustice en ce monde, c'est avant tout à cause de ceux qui ne pensent pas à l'équipe, qui ne jouent que pour eux.

L'évasion fiscale existe depuis toujours: 2000 ans avant Jésus-Christ, des navigateurs négociaient leur cargaison au large pour éviter de payer la taxe portuaire sur leurs marchandises. Des croches, il y en a depuis toujours. Et il y en aura toujours. C'est pas ça, le problème. Le problème, c'est de ne rien faire pour les contrer.

Une enquête publiée par le Consortium international des journalistes d'enquête vient de révéler la manière dont les banques aident les richards à recourir aux paradis fiscaux. On retrouve dans ses données une liste de 450 Canadiens qui cachent leur argent sous les cocotiers.

Réaction du gouvernement fédéral et provincial: que Radio-Canada nous donne cette liste! Pour quoi faire? Pour la cacher? Pour la détruire? Ma gang d'hypocrites! Au lieu de vouloir vous emparer du travail des journalistes, faites donc le vôtre!

Les gouvernements savent bien que les grosses poches se sauvent de l'impôt aux îles Cache Cash. Mais ils ne font rien. C'est un privilège de grands seigneurs. Les prolétaires, on va les plumer jusqu'au sang pour qu'ils versent tout ce qu'ils doivent verser à l'État, mais les princes de la finance, on va les laisser tranquilles. Cette attitude est inacceptable!

Et il est temps qu'un Michel Chartrand se lève et explique aux gens l'ampleur du scandale des paradis fiscaux.

Il ne peut pas avoir de société juste si tout le monde ne paie pas ce qu'il doit à l'État. Sinon, les pays ne représentent plus rien, si ce n'est le regroupement des gens assujettis. La véritable carte du monde devrait être une carte où les pays sont remplacés par des banques. Ce sont elles qui possèdent la planète. Ce sont elles qui s'allient aux milliardaires pour engranger plus de profits, qui les aident dans leurs tours de passe-passe et qui saignent les petits épargnants pour qu'ils ne puissent surtout pas remettre quoi que ce soit en question.

Dans les paradis fiscaux, il n'y a pas d'Adam, pas d'Ève, juste des serpents. Quel dirigeant aura le courage de les chasser? Aucun. Ils leur doivent leurs élections.

Un jour, le peuple en aura assez des banques, comme il en a eu assez de la royauté. Y a pas juste Anarchopanda qui en perdra la tête.

Aux puissants d'avoir la sagesse de rééquilibrer le système avant qu'il ne soit trop tard. Ça presse.

On peut profiter du malheur des autres, mais tôt ou tard, il deviendra le nôtre.




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