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Avec pas de hockey

Personne ne manifeste dans les rues de Montréal, le carré bleu-blanc-rouge à la boutonnière, en tapant du bâton sur l'asphalte. Le lock-out qui sévit dans la LNH ne déclenche aucun mouvement de fans au bord de la crise de nerfs. Même qu'on dirait que l'absence de nos héros nationaux, en cette fin du mois d'octobre, nous laisse complètement indifférents.

C'est faux. Nous sommes plus atteints que nous ne l'imaginons. Le mal est latent.

Vivre avec pas de hockey est aussi dangereux que de jouer avec pas de casque. C'est juste que les coups à la tête sont plus faciles à diagnostiquer que les coups à l'âme. Sans s'en rendre compte, c'est notre humeur générale qui en souffre, en ce moment.

On est maussade, sans savoir pourquoi. On se demande ce qu'on a. C'est ça qu'on a. Ou plutôt, qu'on n'a pas.

Le hockey, c'est beaucoup plus qu'une émission de télé qu'on remplace par une autre quand elle est annulée. Le hockey, pour celui qui le suit, fait partie du quotidien. Pas seulement durant les trois périodes d'un match, mais à plein de petits moments, du jour et même de la nuit. C'est une présence rassurante. Qui comble les instants vides et chasse la morosité.

Normalement, ce matin, à mon réveil, j'y aurais pensé. Samedi égale hockey. Le CH devait recevoir Washington, au Centre Bell, et toute la journée, j'aurais eu hâte au match. Pas comme on a hâte à Noël ou comme on a hâte de revoir quelqu'un qu'on aime. Rien d'aussi exaltant. Après tout, ce n'est qu'un match du mois d'octobre. Juste une petite envie lefun. Qui fait du bien. Qui rend une journée ordinaire moins ordinaire. Qui rend une journée pluvieuse moins vieille. Une activité rajeunissante. Le hockey réveille en nous l'enfant qui dort avec ses patins.

Quand le Canadien joue, en soirée, on est certain qu'il ne se passera pas rien. Que si la Terre entière nous laisse tomber, on a quand même un rendez-vous dans notre agenda qui nous satisfait. Quelque chose nous attend. C'est comme quand notre mère faisait un gâteau. On savait que la journée finirait bien.

Si le Tricolore avait gagné, j'aurais ressenti une petite joie. Rien de comparable à celle que nous procurent nos proches, mais assez intense pour me faire oublier les petits soucis.

Si le Tricolore avait perdu, j'aurais vécu une petite déception. Rien de grave, ni de profond. Mais assez forte pour catalyser tous mes petits soucis, et leur trouver enfin un coupable: l'arbitre, le coach ou Gomez.

En ce moment, il n'y a pas de Zamboni pour éliminer les bouts raboteux de notre existence. Juste un Zambito. Il est distrayant, mais il nous fout plus le cafard qu'autre chose. Dans les médias, il n'est question que de corruption, d'impôt et de tricherie. Pas de place pour le jeu. Que du sérieux.

La petite manchette sur les prouesses ou les maladresses de Price nous aérait les idées. Et elle nous rapprochait, les étrangers que nous sommes. Le mur du silence est plus difficile à franchir que le mur du son. Combien de pères et de garçons parviennent-ils enfin à échanger grâce à la saison de leur équipe préférée? Pourquoi ils ne laissent pas Subban s'exprimer sur la glace comme il le désire? C'est quoi, l'idée de faire jouer Moen sur l'attaque à cinq?

Parler de partage des revenus et de plafond salarial, c'est pas mal moins captivant.

Et tous ces gens qu'on croise, au fil d'une journée, le pompiste, le chauffeur de taxi, la fille chez Provigo, le type à côté dans l'ascenseur, à qui on a enfin quelque chose à dire; le Canadien va-t-il aller loin, cette année?

Jaser de la commission Charbonneau ne déclenche pas le même sourire. Et puis, c'est trop éphémère, trop précis, trop compliqué. Tandis que le Canadien, c'est comme la pluie et le beau temps, c'est là depuis toujours et tout le monde a une opinion sur le sujet. Même ceux que ça n'intéresse pas.

Devant Facebook et les manifestations étudiantes, la façon la plus populaire de se retrouver en gang demeure une bonne game de hockey. Dans le sous-sol, au restaurant ou dans les murs du temple, on communie plus d'une centaine de fois par année.

Ce ne sont pas juste les joueurs qui sont en lock-out, ce sont aussi tous ces petits instants de bonheur.

Combien de malades dans les hôpitaux, de personnes âgées dans les foyers d'accueil, de solitaires dans leur maison trouvent l'automne interminable, parce que les millionnaires boudent?

L'absence du hockey n'a rien de comparable à l'absence d'un service essentiel. Personne ne va en mourir. Personne ne va tomber malade. L'absence du hockey, c'est l'absence d'un service amical. Le hockey est l'ami de bien des gens. Il nous aide à traverser le temps.

Si les politiciens sont là pour défendre les droits des citoyens, ils devraient mettre de la pression sur Bettman et sur Fehr pour qu'ils cessent leur guerre d'ego et règlent ce conflit. Le droit à la passion est un droit fondamental.

Pour joindre notre chroniqueur: slaporte@lapresse.ca




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