C'est parti! Le réseau clandestin, entre mafieux et politiciens dans le monde de la construction, est en train de s'écrouler, comme un tunnel à Montréal ou un viaduc à Laval.

Publié le 8 oct. 2012
Stéphane Laporte, collaboration spéciale LA PRESSE

Dans la ville de l'avenir, on fouille la résidence du maire Vaillancourt, sûrement pas pour trouver un vice de construction. Quoique.

Dans la ville du passé, un témoin révèle que le parti au pouvoir prendrait une cote de 3% sur les contrats avec les entrepreneurs. Le maire Tremblay, fidèle à lui-même, joue à l'autruche, et se cache la tête dans un nid-de-poule.

La population réclame sa démission, mais le maire s'accroche. Attention! S'il s'accroche à une structure de la ville de Montréal, il devrait tomber bientôt!

Les actions jumelées de la commission Charbonneau et de l'opération Marteau sont en train de faire le ménage tant attendu.

Tant mieux.

Mais le problème avec le ménage, c'est que sitôt terminé, il faut le recommencer. La poussière ne prend pas de sabbatique. La crapule, non plus.

Tant que le milieu est propice à son accumulation, elle s'accumule.

Il faut donc songer à des mesures qui vont changer les choses. En profondeur. Et ce n'est pas évident. Parce que le monde de la construction est un monde hors de contrôle.

On fait juste rénover sa petite cuisine, et ça devient Ben Hur. Les imprévus s'additionnent, les cotes se multiplient, le couple se divise et le budget pète. Imaginez quand vous avez à rénover le système routier du Québec au grand complet, c'est le Titanic!

Tous les citoyens le savent, il y a une seule façon pour qu'un chantier ne devienne pas un gouffre à argent, un money pit, comme disent les Chinois, c'est de le faire soi-même.

Pourquoi le gouvernement du Québec ne crée-t-il pas sa propre société de construction?

Au lieu que nos villes et la province donnent des fortunes à des entrepreneurs privés pour bâtir nos routes et nos grandes structures, pourquoi l'État ne se dote-t-il pas de sa propre entreprise de béton?

Fini les soumissions, les ristournes, les amis des amis. C'est l'État lui-même qui bâtit les ponts et les échangeurs.

Si l'État est capable d'être un vendeur d'alcool, pourquoi ne serait-il pas capable d'être un entrepreneur de chantiers?

C'est pour soutirer l'alcool du milieu interlope que le gouvernement a décidé de prendre en charge ce commerce, il n'a qu'à suivre la même logique pour les nouvelles bâtisses de l'État que pour les Châteauneuf-du-Pape.

Les entrepreneurs privés continueraient d'ériger les projets des individus et des entreprises, mais c'est un entrepreneur public, la SCQ (la Société des chantiers du Québec), qui s'occuperait de tous les projets publics.

Bien sûr, qui dit administration publique dit propension au gaspillage, mais ce sera toujours moins pire que d'entretenir un système de collusion où les gens s'enrichissent à même les impôts des honnêtes travailleurs.

Sans cette solution draconienne, que va-t-il se passer? On va trouver quelques coupables, la majorité des magouilleurs va s'en tirer. On va adopter des nouvelles règles plus strictes. On va établir des comités de surveillance. Et ça épurera le milieu, jusqu'à ce que quelqu'un donne un pourcentage à un membre du comité de surveillance, pour qu'il ferme les yeux, et la corruption régnera encore. Comme toujours. Ce sont les amis de César qui ont bâti tous les chemins qui mènent à Rome.

Je n'en démords pas. Vous voulez vous bâtir un garage et que ça vous coûte le juste prix? Faites-le vous-même! Bien sûr, si vous avez les doigts pleins de pouces comme moi, vous n'avez pas le choix de prendre un entrepreneur. Vous pensez que l'État a les doigts pleins de pouces? Ça se peut. Le gouvernement n'a qu'à aller chercher les bonnes personnes ressources. Si le gouvernement peut gérer Hydro-Québec, pourquoi ne serait-il pas en mesure de gérer une entreprise de construction?

Ce n'est pas à une clique d'individus de bénéficier de la manne gouvernementale, le Québec veut des routes, qu'il se les trace lui-même. Et elles dureront sûrement plus longtemps, puisqu'il n'aura pas d'avantages à les recommencer dans cinq ans.

On veut mettre fin aux contrats corrompus dans le monde de la construction, il n'y a qu'une seule façon, mettre fin aux contrats!

Bien sûr, il risque d'y avoir une forte opposition des entrepreneurs privés à la création d'un entrepreneur public, mais gouverner, ce n'est pas faire plaisir à tout le monde.

Ça fait assez longtemps qu'on fait plaisir aux mêmes, aux petits amis.

Il commence à être temps qu'on fasse plaisir aux caves qui se font voler.