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Léo libre

Le conflit étudiant est devenu sérieux lorsque les Québécois ont réalisé que les leaders étudiants l'étaient.

Si, lors des conférences de presse, Léo, Martine et Gabriel avaient exprimé leur pensée ainsi: «Les offres sont full poches! Ça l'a pas de bon sens. Si l'éducation serait gratis, ça serait écoeurant!», le printemps érable aurait duré le temps de la tire sur la neige. Mais au contraire, les leaders étudiants s'exprimaient bien, ils étaient convaincus et brillants. Alors ils ont occupé avec panache l'avant-scène médiatique, chacun avec sa personnalité charismatique propre.

Gabriel, c'était le charme du petit baveux. Martine, c'était l'assurance de la première de classe. Et Léo, c'était la sincérité du gars responsable. Des trois, il est celui qui a rejoint le plus de gens. Pas juste à cause de ses propos sensés, mais à cause de ce qu'on pouvait lire dans ses yeux. Les yeux parlent toujours plus que la bouche. Dans les siens, aucune haine, aucune hargne, aucun mépris. Que de la volonté, de l'intelligence, de la bonté, de la douceur. En ce temps de crise, il était le visage le plus rassurant, tous âges et allégeances confondus. Il y a même des soirs où il aurait pu être le père du PM et lui dire de se calmer un peu. D'ailleurs, il l'a fait.

Il y a des jeunes comme ça, on appelle ça de vieilles âmes. Léo en est une.

Quand, le 1er juin, il a dû tirer sa révérence parce que son mandat à la présidence de la Fédération étudiante collégiale du Québec arrivait à échéance, la jeunesse a perdu son représentant le plus attachant.

Voilà pourquoi son nouvel engagement en politique est une bonne nouvelle. Si on veut changer les choses, il faut marcher dans la rue, mais il faut aussi suivre la voie de la démocratie. C'est celle que Léo Bureau-Blouin emprunte aujourd'hui. Jusqu'où se rendra-t-il? C'est le peuple qui décidera.

Sa démarche est honorable. Pourtant, il y en a qui le découragent. Qui lui reprochent sa jeunesse. Je ne les comprends pas.

Reprocher à Léo Bureau-Blouin sa jeunesse, c'est reprocher à Usain Bolt sa vitesse. C'est ça, sa force. C'est ce qui l'anime, ce qui le fait foncer, ce qui le fait rêver. C'est pour ça qu'il est si rafraîchissant. C'est pour ça qu'il se démarque. Je ne sais pas ce que sera LBB à 40 ans, s'il sera chauve, bedonnant et corrompu, mais je sais ce qu'il est à 20 ans: réfléchi, dynamique et idéaliste. Alors vivement que l'on profite de son présent. Ce sont des êtres comme ça qu'il nous faut en politique. Qu'ils aient 20, 50 ou 80 ans.

Et puis critiquer l'âge de quelqu'un, c'est aussi inacceptable que de critiquer son sexe ou sa nationalité. Que l'on soit jeune ou vieux, l'âge n'est jamais un défaut.

On voudrait que Léo ait plus de vécu. Pourquoi?

Le vécu n'améliore pas nécessairement les gens. Sinon, tous les gens de 60 ans seraient plus intéressants que les gens de 20 ans. Ce qui n'est pas le cas. Les oeuvres que Mozart composait à 6 ans n'ont rien à envier à celles qu'Alain Morisod compose à 63 ans. L'important, ce n'est pas le nombre d'années vécues, c'est comment on les vit.

LBB s'exprime mieux et est plus cultivé que la plupart des députés. À côté de Sam Hamad, Léo Bureau-Blouin a l'air de Bernard-Henri Lévy.

Il y en a que le vécu améliore, il y en a que le vécu empire. Ce n'est pas une règle. Une chose est sûre, chaque être humain a le droit de choisir ce qu'il veut vivre. Léo a choisi la vie politique. Personne ne peut contester son choix. On peut contester ses idées, ses solutions, sa façon; on ne peut pas contester sa liberté de décider de sa vie. C'est du paternalisme dépassé.

On veut que les jeunes votent, on veut que les jeunes se politisent, mais on ne veut pas ce qu'ils se présentent. Illogique. Léo Bureau-Blouin a l'âge parfait pour représenter les gens de son âge. C'est tellement évident qu'on ne devrait pas devoir l'écrire. Trop jeune? Voyons donc! À 20 ans, on n'est pas trop jeune pour mourir en Afghanistan, on ne devrait pas être trop jeune pour essayer de changer le monde autrement. Sans fusil. Avec des idées et le souci des autres.

Si tu es assez vieux pour voter, tu es assez vieux pour qu'on vote pour toi.

Empêcher les jeunes de faire partie de la parade, c'est les pousser à vouloir la perturber.

Et si on veut à tout prix accorder de l'importance au vécu, disons que la pire crise sociale que le Québec ait connue depuis 1970, c'est pas pire, comme vécu. Ce sont de gros bagages. Il y a plein de députés de 50 ans qui n'ont jamais dû se débattre dans une mer aussi agitée. Léo nous a prouvé qu'il savait nager. Faut juste qu'il sache que, désormais, les requins feront partie de son quotidien.

J'espère qu'il saura garder le même regard. Bon, humble et engagé.

Bref, ce n'est pas sa jeunesse qui m'inquiète. Au contraire.

Ce sont tous ceux qui voudront la lui enlever qui me font peur.

Bonne chance, Léo!




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