Citoyens, citoyennes, Montréal tel que vous le connaissez est en danger. Oubliez la burqa, le kirpan, la violence, la drogue et Carey Price, la menace est encore plus grave. Beaucoup plus grave. Les poules s'apprêtent à prendre la métropole d'assaut.

Stéphane Laporte, collaboration spéciale LA PRESSE

Cela ne devrait pas nous étonner. Nous avons couru après. Avec tous les nids-de-poule qui grugent nos rues, tôt ou tard, c'était à prévoir: les poules allaient s'installer chez nous. L'endroit est si accueillant.

Elles ont déjà trouvé refuge illégalement chez certains citadins. Et dès le printemps prochain, dans le cadre d'un projet-pilote, elles pourront pondre au grand jour dans l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie. Cot! Cot! Cot! Cot! C'est le nouveau son de Montréal. Au petit matin, plus besoin d'aller chercher son oeuf McMuffin au comptoir de McDonald, suffira de tendre le bras, de tasser le cul de la poule, et il y en aura un tout chaud qui nous attendra là.

Il fut un temps où Montréal était une ville moderne. Le métro, l'Expo, les Jeux olympiques. On n'arrêtait pas le progrès. Les immeubles grattaient le ciel. Les voitures fonçaient sur l'autoroute Bonaventure. C'était New York avec un accent français.

C'est fini.

Avancez en arrière. Montréal retourne dans le passé. On s'y promène en Bixi entre les poules. Je sais, dans la nouvelle réalité écolo, c'est ça, le progrès. On devrait labourer dans la rue Sainte-Catherine. On devrait transformer le Stade olympique en grand bac à fleurs. On devrait faire sauter les ponts et accéder à l'île en chaloupe. Montréal converti en lieu de tournage de l'émission Survivor. Vert et sauvage.

Les écolos sont en faveur de l'arrivée des poules en ville parce que la poule est un animal écologique. Elle mange tous les restes de table. So what? Un ado aussi mange tous les restes de table, est-ce que ça en fait un animal écologique? À choisir entre la poule et l'ado, je préfère l'ado. Y sent meilleur. Pas tout le temps, mais au moins une fois par semaine, le soir où il sort avec ses amis.

Les gens de Rosemont parlent de permettre seulement quatre poules par maison. Comment faire pour s'en assurer? Est-ce que, au prochain recensement, on va demander combien de poules habitent chez vous? Est-ce que ça va faire partie du formulaire court ou du formulaire long pas obligatoire?

Entendre Pied de poule qui sort à tue-tête de la sono de son voisin, ça passe. Mais entendre le cri de la poule que son voisin égorge parce qu'il a envie de se faire un petit poulet barbecue pour souper, voulons-nous vraiment vivre ça?

Déjà que l'administration municipale se comporte souvent en poule pas de tête, voulons-nous rentrer chez nous et nous enfarger dans un défilé de vraies poules pas de tête?

Vous me direz qu'il sera défendu d'abattre ces poules pondeuses, mais si l'homme a pu sacrifier la poule aux oeufs d'or, il pourra sûrement sacrifier aussi sa poule aux oeufs à rabais.

Et puis ça commence par des poules, mais ça va être quoi, après? Des cochons, des moutons, des vaches? Une vache, ça aussi, c'est un animal écologique, ça broute de l'herbe. Ben oui! Les pets de vaches polluent plus qu'un Hummer. À choisir entre un nuage de smog enrobant Montréal ou un nuage de pets de vaches, je préfère le smog.

En 1970, le retour à la terre, c'était très bien. Dans le temps, les gens qui n'aimaient pas la ville partaient vivre à la campagne. Aujourd'hui, les gens qui n'aiment pas la ville veulent transformer la ville en campagne. Un instant! Est-ce que les gens qui aiment la ville ont le droit d'exister? Peut-on aimer le béton, le stress, le monde tassé et les terrasses devant les arrêts d'autobus? Autant c'est scandaleux d'ériger un centre commercial en pleine campagne, autant c'est scandaleux d'ériger une ferme entre deux condos.

Vous ne comprenez pas mon ton alarmiste? Pour vous autres, il n'y a rien de plus innocent qu'une poule. Une jolie petite poupoule. Dans quel monde vivez-vous? Est-ce que ça vous arrive de regarder les nouvelles? Quel a été la plus grande menace planétaire du XXIe siècle? Non, ce n'est pas Oussama ben Laden. Non, ce ne sont pas les talibans. Non, ce n'est pas BP. C'est la poule! La grippe aviaire, ça vous dit quelque chose? Ce ne sont pas les autos qui ont transmis la grippe aviaire à la terre entière, ce sont les poulets. Qu'est-ce qu'on fait à la prochaine épidémie de grippe aviaire? On va se faire vacciner avec notre poule sous le bras?

Déjà que les conditions de vie de bien des poules à la campagne sont atroces, comment s'assurer qu'elles ne seront pas maltraitées en ville? Faudra-t-il créer une brigade de poulets pour mettre à l'amende les poules enfermées dans des garages infects? Qu'on commence par veiller au bon traitement des animaux dans les fermes avant de permettre que tous et chacun puissent en élever où bon leur semble.

Cela dit, il ne faut pas virer fou non plus, avec la venue des poules en ville. Nous vivons en démocratie, et si la majorité des Montréalais choisit d'avoir des poulaillers, il faut leur donner le droit d'avoir des poulaillers. Vox poulepuli, vox dei. Ça va les occuper, en attendant le CHUM.