Bob Gainey et Guy Carbonneau insistent beaucoup auprès de leurs joueurs pour qu'ils jouent bien sans la rondelle. Ils devraient insister davantage pour qu'ils jouent bien sans leurs patins.

Mis à jour le 22 févr. 2009
Stéphane Laporte, collaboration spéciale LA PRESSE

Les preuves sont faites, les joueurs du Canadien sont encore plus indisciplinés hors de la patinoire que sur la glace. Ce qui, il faut le dire, n'empêche pas leur jeu de puissance dans les bars de bien fonctionner. Et ne les empêche pas de scorer tous les soirs. Tellement qu'ils ont la puck à terre lorsqu'ils reviennent au Centre Bell.

 

Leur irrésistible désir faire le party et de se péter la face s'explique facilement. Durant les 60 minutes d'un match de hockey, il y a Carbo qui les surveille. Qui leur dit quand quitter le banc, quand y revenir. Qui scrute chacun de leurs gestes. Qui les engueule ou les encourage. Mais aussitôt la partie terminée, ils sont libres. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent. Pas de coach pour leur dire de se replier. Pas d'arbitre pour les punir s'ils ont le bâton trop élevé. Alors ils se lâchent lousses dans la métropole. Jeunes, beaux, riches, en demande, les joueurs du Canadien sont les rock stars de Montréal.

Maintenant, la question à 8 millions: qui peut les contrôler? Nous! J'en appelle à tous les Montréalais et à toutes les Montréalaises, il faut que chaque citoyen devienne le coach de vie des joueurs du Canadien. Carbonneau ne peut les suivre partout, mais nous, nous sommes là durant leurs moments de débauche. Il faut donc agir. Changer notre attitude envers eux. Au lieu de triper avec eux, il faut penser à l'équipe. Au CH.

Si la ville est hockey, à nous de le prouver.

J'en appelle à tous les barmen. Après trois verres, c'est assez. Si Carey ou Guillaume vous en demande un quatrième, vous lui répondez: «Pas question! Moi, je veux qu'on gagne la Coupe Stanley.»

J'en appelle à toutes les pitounes de joueurs de hockey. Calmez-vous! Ce n'est pas aimer votre idole que de l'entraîner dans le stupre et la volupté. Regardez ce qui est arrivé à vos victimes: Ribeiro, Théo, Dagenais, Corson et les autres, ils ont tous été échangés. C'est le baiser de la mort. Si vous les aimez autant que vous le dites, il faut vous abstenir. Par amour. Il faut vous refuser à eux. Le prochain Glorieux qui vous approche à 3h du matin en vous disant: «Ça te tentes-tu d'aller faire des tirs de barrage?», vous lui répondez: «Pas question! Moi, je veux qu'on gagne la Coupe Stanley!» Mesdemoiselles, ce régime sec leur fera sûrement manger les bandes. Et s'ils gagnent la Coupe Stanley, ce sera beaucoup grâce à vous. Ce soir-là, vous pourrez vous reprendre. Allègrement.

J'en appelle à tous les téteux de joueurs de hockey. À ceux qui leur envoient des verres, à ceux qui leur offrent de la neige que ne ramassent pas les Zamboni, à ceux qui jouent avec leur tête, qui les font filer plus big qu'ils ne le sont, faites de l'air! Laissez-les tranquilles! Allez téter des chanteurs à la place.

Je ne suis pas fou, je sais bien qu'il y aura toujours un barman sans conscience, une fille trop ardente ou un téteux trop téteux. Voilà pourquoi j'en appelle à tous les autres. À nous de couvrir nos boys et de faire obstruction à leurs démons. Formons la brigade des Serge, comme dans la pub de Molson. Vous savez, celle où une blonde accoudée au bar déclare à un gars qu'elle est Miss Relation sérieuse? Alors intervient un Serge qui dit au gars: «Quand est-ce que t'es sorti de prison?» La blonde se sauve. Le gars est sauvé.

Ce sera la mission de la brigade des Sergei. Quand un Kostitsyn se fera faire du pied par une belle amazone, on interviendra en disant: «Pas touche à mon pote, il joue contre Toronto demain.»

Chaque Montréalais et Montréalaise doit se transformer en Guy Carbonneau. Après tout, on se prend déjà tous pour le coach du Canadien. Voilà maintenant la chance d'être son assistant. Trois millions de coachs de vie qui veilleront à la morale de nos Glorieux, éloignant les mafieux et les sirènes de leur entourage. Soyons leurs protecteurs, les Georges Laraque de leur vie nocturne.

Gainey, Carbonneau et leurs joueurs veulent la Coupe. Mais les fans la veulent encore plus qu'eux. C'est ce que nous devons leur faire comprendre. Avant d'être une ville ouverte, Montréal est une ville de champions. Les joueurs du Canadien ne doivent pas être ici en touristes. S'ils voulaient faire la nouba, ils n'avaient qu'à étudier et à aller à McGill. Ils ont voulu faire des millions en portant les couleurs du Canadien, il leur faut avoir le sens de l'honneur qui va avec leur chandail.

Pourquoi Ribeiro est-il plus discipliné à Dallas qu'à Montréal? Parce que Dallas n'est pas à ses pieds. Il n'est pas le king de la place. Il faut cesser de faire des joueurs du Canadien des rois, tant et aussi longtemps qu'ils n'auront rien gagné. Il faut les traiter en adultes. Pas en pachas. À nous de les ramener dans le droit chemin.

Montréal est trop beau quand le Canadien gagne pour que nous ne soyons pas tous les tuteurs de nos jeunes guerriers.

Pour joindre notre chroniqueur: stephane@stephanelaporte.com