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Les cicatrices de l'après-Charte

J'aimerais bien croire que le «Nous» inclusif a gagné lundi soir. J'aimerais croire que la cuisante défaite du gouvernement Marois est signe qu'au Québec, on ne peut gagner des élections sur le dos des minorités. J'aimerais croire qu'ici, on refuse que la laïcité (ou le féminisme) serve de paravent pour exploiter la peur de l'Autre.

J'aimerais y croire, mais j'ai quelques doutes. Ici comme ailleurs, utiliser la peur pour manipuler l'opinion publique, ça marche. La débâcle du Parti québécois (PQ), battu à son propre jeu, le montre bien. Car vue sous un certain angle, sa défaite est aussi une victoire de la peur. Seulement, ce n'est pas celle sur laquelle le PQ avait misé.

Lundi soir, les électeurs qui appuyaient la Charte parce qu'ils ont peur du voile islamique n'ont sans doute pas cessé d'avoir peur. Mais pour un certain nombre, il semble que la peur d'un référendum était plus grande que celle du voile.

C'est peut-être Jean Dorion, membre fondateur du PQ, qui a le mieux prédit cette débâcle, quelques jours avant le scrutin. Ne sous-estimons pas la fameuse Charte comme facteur de la défaite du PQ, avertissait ce partisan d'une laïcité inclusive, qui a quitté le navire péquiste en 2012. «Éblouis par les gains d'intention de vote dus à ce projet [surtout chez les électeurs moins scolarisés, selon Youri Rivest, de CROP], les stratèges ont oublié leur fragilité: plusieurs de ceux qui craignent foulard et kippa ont peur aussi de tout et de leur ombre. Un poing levé et le mot référendum les ont effarouchés.»

Cette peur n'explique pas tout, bien sûr. Elle ne nous dit rien sur les électeurs, autrefois favorables au PQ, qui ne se reconnaissent plus ni dans son virage nationaliste conservateur ni dans la vision anti-syndicale d'un Pierre Karl Péladeau. Elle ne nous dit rien non plus sur ceux qui, pro-Charte ou anti-Charte, ont eu honte en voyant le PQ applaudir des dérives comme celle de Janette Bertrand sur le prétendu péril anglo-musulman guettant sa piscine. Si c'est ça le projet de société que le PQ veut bâtir, non merci...

Contre le PQ, il y a eu des votes apeurés et des votes dégoûtés. Dans les deux cas, le gouvernement Marois n'a que lui-même à blâmer. Il a récolté ce qu'il a semé.

«C'est fini la Charte», a dit Bernard Drainville, réélu dans Marie-Victorin, après avoir appris la défaite de son gouvernement.

En disant que c'est fini, l'ex-ministre responsable de la Charte n'a fait que confirmer ce que l'on savait déjà. Cette Charte à laquelle il semblait tant tenir n'était rien de plus qu'une manoeuvre électoraliste. La manoeuvre n'a pas fonctionné. Fini les élections. Fini la Charte. On passe à une autre stratégie. Et tant pis pour le fameux rempart contre l'intégrisme que cette Charte devait ériger!

«Comment avez-vous pu si mal lire l'opinion publique?», demandait à chaud Patrice Roy à Bernard Drainville, durant la soirée électorale.

«C'est trop tôt pour tirer des conclusions», a répondu le député.

Trop tôt pour tirer des conclusions mais visiblement pas trop tôt pour se lancer de façon grotesque dans la course à la succession de Pauline Marois. Lundi soir, la première ministre n'avait même pas encore annoncé sa démission, le PQ n'avait même pas tiré des leçons de la défaite, que Péladeau, Lisée et Drainville avaient déjà donné le coup d'envoi à la course à la direction, faisant leur petit laïus à tour de rôle, sans l'ombre d'un regret. Comme des vautours se battant pour leur proie. Triste spectacle.

Après la Charte, le beau temps? Ce ne sera pas si simple. Que l'on ait gagné ou perdu ses élections, nous sommes tous sortis perdants de cette campagne électorale acrimonieuse. On ne joue pas avec les questions identitaires impunément. Les partis au pouvoir passent, l'amertume reste.

Le débat sur la Charte laisse des cicatrices qui ne disparaîtront pas d'un coup de baguette magique électorale. Le Parti libéral ne peut continuer de balayer la question de la laïcité sous le tapis, comme il l'a fait après le dépôt du rapport Bouchard-Taylor, en négligeant d'y donner suite. Philippe Couillard a beau parler de «réconciliation», cela ne se fera pas en niant l'existence même d'un malaise identitaire et la nécessité de mieux définir la laïcité québécoise.




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