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De la suie et des fleurs

La fleuriste Tamey a perdu son commerce sur... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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La fleuriste Tamey a perdu son commerce sur la rue Bernard a cause d'un incendie. Les gens du quartier et clients lui apportent du soutien moral. Joelle, une femme du quartier, la serre dans ses bras.

Photo Martin Chamberland, La Presse

«Quoi? Il y a eu un feu chez Tamey?»

Tamey Lau est fleuriste, rue Bernard, dans le Mile End. Mère de 14 enfants, mère du quartier aussi, elle est de ces gens qui façonnent l'âme d'un quartier. Son commerce n'est pas qu'un commerce. C'est un quartier chinois à lui tout seul. Une galerie d'art bric-à-brac qui s'étend sur le trottoir. Un coin de poésie sur l'asphalte. Un endroit émouvant où la ville devient village.

Dans la nuit de lundi à mardi, un incendie a ravagé le commerce de la fleuriste. Sa fille Amanda l'a appelée, en état de panique. «Maman, il y a le feu!»

Tamey a enfourché son vélo en vitesse. Elle a eu un choc quand elle a vu les flammes et les pompiers... C'était comme si sa vie partait en fumée. Elle a senti qu'elle allait s'évanouir. Elle, toujours si forte, s'est mise à pleurer.

Voilà déjà 20 ans que Tamey fleurissait la vie du quartier. Originaire de Hong Kong, elle a eu une enfance marquée par l'abandon et la violence. Dès son plus jeune âge, elle fut forcée de travailler comme couturière. À 17 ans, elle fut sauvée par sa beauté. On lui proposa de travailler comme mannequin. Elle a alors rencontré un homme d'affaires canadien d'origine chinoise. Ils se sont mariés et elle l'a suivi ici.

Aujourd'hui, Tamey est chef de famille monoparentale et fleuriste en chef du Mile End. On la voit jour et nuit, devant son commerce, le sourire généreux, entourée de ses fleurs. Belle et infatigable. Tu ne dors jamais, Tamey? Il faut bien nourrir les «monstres», dit-elle toujours, en parlant affectueusement de ses enfants.

Des gens font des kilomètres pour acheter ses fleurs. Artiste dans l'âme, elle compose des bouquets uniques. Elle accroche de jolies cages d'oiseau au ciel. Elle offre des bonbons en cachette aux enfants, dès que les parents ont le dos tourné. Elle prend des nouvelles, distribue des conseils, avec une aura de mystère et des yeux malicieux.

La nuit de l'incendie, c'est toute cette vie que Tamey a vu partir en fumée. Mais dès l'aube, un élan spontané de solidarité lui a donné espoir. Alors qu'elle avait encore de la suie sur le visage, le voisinage s'est mobilisé pour la soutenir. Des amies anglophones de la fleuriste ont mis sur pied un fonds de soutien (www.gofundme.com/tamey). Des voisins francophones, qui avaient simultanément lancé une page Facebook pour aider Tamey en organisant une vente-débarras dimanche(*), ont été invités à se joindre au groupe de soutien. Il y a eu Nora, il y a eu Marie, il y en a eu tant d'autres. Le groupe Arcade Fire, grand fan de la fleuriste, a relayé l'information sur son fil Twitter. «Tamey a fleuri nos maisons pendant des années et elle est très aimée dans notre quartier. Aidons-là!» En moins de deux jours, plus de 12 000$ ont été amassés.

De nombreux autres voisins sont spontanément venus proposer leur aide. Benoît, propriétaire du café Dépanneur, juste en face, a placé sur le comptoir une boîte pour amasser des fonds pour sa fleuriste préférée, qui fait toujours sa petite enquête avant de lui proposer un bouquet. «Les fleurs, c'est pour une date ou c'est pour ta mère?»

Des enfants ont cassé leur tirelire pour elle. Plusieurs lui ont apporté des cartes et des dessins. Quand je suis passée la voir vers 22h mercredi, elle n'avait pas encore eu le temps d'ouvrir les enveloppes qu'elle avait enfouies dans un grand vase. Elle m'a demandé de les lui lire, à la lueur de la seule ampoule éclairant son local détruit par le feu.

«Ma mère fait des massages thaïlandais. J'ai pensé qu'elle pourrait t'en donner un gratuit», écrit un enfant qui a glissé la carte d'affaires de sa maman dans l'enveloppe.

«Je suis triste qu'il y ait eu un feu. Il faut que tu restes dans le quartier. On t'aime, Tamey.»

Il y avait une dizaine d'autres messages, tout aussi touchants les uns que les autres. Les yeux de Tamey se sont emplis de larmes. «Tu sais, ce sont les enfants qui me permettent de rester debout.» Et de fleurir le quartier.

(*) La vente-débarras doit avoir lieu le dimanche 28 avril à 11h, sur la terrasse attenante au magasin Bio terre, 201, rue Saint-Viateur Ouest.




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