Déni policier

«Charged for driving while Black.» C'est ainsi que des Noirs américains appellent à la blague le fait d'être victimes de profilage au volant sans aucun motif raisonnable. Plutôt qu'une accusation de conduite en état d'ébriété, ils ont le droit à une accusation voilée de «conduite en état de négritude».

Devra-t-on désormais parler ironiquement d'accusation de «voyage en métro avec un carré rouge»? Après les fouilles et les arrestations dites «préventives» rapportées durant le Grand Prix, après qu'une ministre eut associé à tort le carré rouge à la violence et à l'intimidation, la question mérite d'être posée.

Le co-porte-parole de la CLASSE Gabriel Nadeau-Dubois exagère quand il laisse entendre que la police arrête «partout» en ville des gens parce qu'ils portent un symbole politique. C'est faux. De là à prétendre comme le fait le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qu'il n'y a eu aucune forme de profilage politique durant le Grand Prix, il y a un pas et une épaisse couche de déni.

On aimerait bien croire que les gens fouillés et arrêtés de façon préventive durant le Grand Prix l'ont été, dans un contexte de menaces, pour le bien et la sécurité de tous, sans le moindre profilage politique. On aimerait bien croire aussi que les gens n'ont pas été interpellés en raison d'un quelconque bout de feutre trahissant leurs sympathies, mais uniquement à cause d'un «comportement suspect», d'un sac à dos rempli de roches ou d'objets dangereux incriminants. Mais si c'était toujours le cas, comment expliquer par exemple le traitement réservé à deux journalistes du Devoir qui ont été interpellés et détenus après un voyage en métro avec un carré rouge?

Les deux journalistes ont fait exprès d'épingler un carré rouge sur leur poitrine et de prendre le métro vers le parc Jean-Drapeau durant le Grand Prix. Ils voulaient vérifier si les contrôles d'identité visant ceux qui appuient la cause étudiante étaient bien réels. Leur récit troublant, publié dimanche, est très embarrassant pour le SPVM.

Des policiers ont prêté à ces deux journalistes des «intentions criminelles». Pourquoi des intentions criminelles? Pour toute réponse, ils ont obtenu un sympathique «Arrête de nous écoeurer avec tes questions».

Les objets incriminants dans leur sac à dos? Une bouteille d'eau, un chandail, un programme de saison de danse, des calepins, des stylos, une mangue...

Pourquoi nous fouiller? ont-ils demandé. «Parce que vous arborez un signe révolutionnaire pis parce que je suis tanné du monde comme vous», leur répondra un agent. Du profilage? «On fait juste ça, du profilage criminel.» Le parc Jean-Drapeau ne serait plus un lieu public? «Aujourd'hui, c'est un lieu privé ouvert au public.»

Personne n'aurait été arrêté à cause de son carré rouge? Si c'est le cas, on se dit en lisant ce récit que, dans le meilleur des scénarios, il y a au moins un policier, se croyant à l'abri des projecteurs, qui n'a pas reçu la consigne. Le directeur du SPVM, Marc Parent, visiblement embarrassé par le récit des deux journalistes, a tenu à condamner les propos inacceptables des agents cités dans l'article. Quant au «comportement suspect» qui aurait pu justifier une telle intervention cavalière, il reste encore à déterminer.

Les deux journalistes ont finalement été relâchés sans accusation, tout comme les 34 personnes arrêtées de façon «préventive» durant le Grand Prix. Si ces gens étaient aux yeux de la police assez menaçants pour qu'on les détienne sans aucune forme de profilage politique, comment expliquer qu'aucune accusation criminelle n'ait été portée?

Après 120 jours de grève étudiante sans espoir de règlement, il faut reconnaître que le travail des policiers est plus complexe que jamais. Le désengagement du gouvernement a pour effet de pelleter un conflit politique dans la cour des policiers. Personne n'a envie d'être à leur place, soir après soir, un casque antiémeute sur la tête. Mais la complexité de la tâche et le ras-le-bol collectif n'excusent ni les dérives ni le déni.




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