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Être professionnel

Réjean Tremblay
La Presse

On était en troisième période du match entre le Canadien et le Lighting de Tampa Bay. À un moment donné, Alex Kovalev a écopé d'une pénalité. J'avais déjà pris des notes, j'avais déjà souligné dans mon calepin à quel point Benoît Brunet parlait «d'eux» et de «nous autres», de «leurs» joueurs et de «nos» joueurs, comme si Brunet était encore un membre du Canadien, comme s'il allait chercher ses ordres dans le vestiaire entre deux périodes.

J'avais également noté une quantité effarante de fautes de syntaxe, de fautes d'accord sans parler des fautes de liaison qui sont causées par une méconnaissance de la langue française. À un moment donné, il a expliqué que «le synchronisme pour une équipe sont très importantes».

Mais je prenais des notes pour une prochaine chronique. Je n'avais surtout pas le goût de démolir un jeune homme sympathique qui a gagné la Coupe Stanley en 1993 et qui se retrouve sous des projecteurs très puissants avec la popularité incroyable du Canadien à la télévision.

Mais quand on est un analyste pour une émission vue par un million de téléspectateurs, on a des responsabilités. Dont celle de s'exprimer dans un français correct.

Malheureusement, au Québec, on n'a pas le temps de former les analystes. Le gars a joué au hockey pour le Canadien, il est chummy avec le vice-président de RDS, c'est parfait, prends le micro et débrouille-toi. T'es parfait!

J'aurais attendu avant d'écrire cette chronique. Si RDS est un réseau indépendant et non pas le simple haut-parleur du Canadien, il va sans dire que les commentateurs et les analystes devraient être capables d'un minimum de distance avec l'équipe. Les «nous» et les «nos joueurs» devraient être bannis à jamais. C'est élémentaire. Mais j'aurais attendu parce que Brunet est encore fraîchement sorti du vestiaire (après un passage à Ottawa) et qu'il doit encore porter des t-shirts du Canadien pour prendre sa douche. Les réflexes professionnels prennent du temps à se développer.

J'aurais attendu aussi que Charles Perreault ou un des professionnels de RDS donne des conseils à Brunet. J'aurais attendu que quelqu'un de compétent, je pense à Stéphane Langdeau par exemple, qui s'exprime très bien, travaille avec Brunet à corriger ses fautes les plus grossières.

J'aurais attendu parce que le passé embellit les souvenirs. Gilles Tremblay, le légendaire Capitaine Bonhomme de La soirée du hockey, a eu besoin de plusieurs saisons avant d'atteindre le niveau qui fut le sien par la suite. Soyons francs, les Dany Dubé qui connaissent le jeu et qui maîtrisent leur langue sont rarissimes.

J'aurais attendu parce qu'il est injuste de mettre le doigt sur les fautes d'un commentateur sans prendre le temps de souligner les bons aspects de son travail.

Mais c'est quand Brunet a repris sa lancinante tirade sur les arbitres, quand il a expliqué pour la 27e fois en 28 matchs qu'il ne comprenait pas pourquoi l'arbitre avait infligé une pénalité à Kovalev alors qu'il avait fermé les yeux pendant toute la troisième période, que je me suis dit qu'il y avait certainement au moins 120 000 fans qui devaient grincer des dents en même temps que moi. Et quand, 30 secondes plus tard, Brunet a souligné en insistant que l'arbitre aurait pu donner une punition à un de «leurs» gars sur un jeu identique à celui de Kovalev ou quelque chose de semblable, quand il n'a pas décroché en répétant qu'il ne comprenait vraiment pas, je me suis dit que si personne à RDS ne faisait son travail, ben ce n'était pas la faute des lecteurs de La Presse.

Je tente de m'exprimer avec le plus de respect possible. Parce que Benoît Brunet mérite le respect. Je répète qu'il est normal qu'un nouvel analyste commette quelques bévues. Le gars n'a pas fait son université à la faculté d'analyse de hockey de McGill, il a gagné ses galons en comptant des buts et en allant dans le coin sortir la rondelle pour ses coéquipiers.

Mais on approche de Noël et de toute évidence, Benoît Brunet est laissé à lui-même dans son nouveau travail. Personne à RDS ne semble avoir la compétence ou le courage de l'aider à corriger les fautes grossières qu'il commet à chaque match.

Je me dis que la meilleure façon de couler un homme honnête, c'est de le laisser s'enfoncer sans rien dire. Je trouve que Benoît Brunet mérite de s'améliorer.

DANS LE CALEPIN - J'ai reçu de nombreux courriels à propos de Mathieu Dandenault. En général, les gens partageaient le point de vue exprimé dans ma chronique. Un lecteur s'est senti obligé de me rappeler que «nos soldats en Afghanistan sont encore bien plus courageux». Ben oui, nos soldats sont encore plus en danger que Mathieu Dandenault. Et tant qu'à y être, il faudrait rappeler à chaque fois que nos infirmières sont plus importantes dans la société que les joueurs de hockey. Et nos bonnes polices, assises dans leur char au coin des rues bloquées par les bouchons aussi. Et les médecins et les gardiens de prison. Coudon', y aurait-il moyen de parler d'un joueur de hockey dans une section de sports sans être obligé de «relativiser» ses mérites avec les mères de trois enfants?

Autre chose. Une mère m'écrit qu'elle se sent insultée quand je parle des fefans. Elle m'a fait parvenir une lettre bien écrite, avec des arguments intelligents. Donc, qu'elle ne s'inquiète pas, elle n'est pas une fefan. Dès qu'on se demande si on est un fefan, ça veut dire qu'on ne l'est pas puisque le fefan ne réfléchit pas et, surtout, ne doute jamais. Le fefan est une boule d'émotion qui connaît l'ailier gauche du quatrième trio des Coyotes de Phoenix. Tous les autres, vous êtes de bons fans capables de penser.




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