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Nordiques: l'État a assez investi

C'est dans un contexte politique chaud, où les plans du gouvernement Couillard visant à équilibrer les finances publiques suscitent grogne et inquiétude, que Sam Hamad a eu cette formidable idée: l'État pourrait participer au retour des Nordiques!

Le ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale n'a jamais caché son soutien à ce projet. Mais il faut néanmoins être déconnecté de la réalité pour suggérer, en cette période aride, que l'argent des contribuables soit ainsi utilisé.

Le hockey de la LNH, rappelons-le à M. Hamad, est une industrie où les joueurs touchent des millions chaque saison. Et qui génère plus de 4 milliards de revenus par année. Il existe sûrement au Québec des secteurs où l'appui de l'État serait plus déterminant et servirait mieux le bien commun.

Le premier ministre Couillard aurait pu tuer dans l'oeuf cette idée saugrenue. Pas du tout! Il en a même remis, exposant les conditions où l'État pourrait soutenir un investisseur privé par l'entremise d'un prêt, par exemple: «Si c'est payant d'avoir une équipe de hockey, je veux que les contribuables fassent de l'argent également.»

Payant, une équipe de la LNH à Québec? Compte tenu du coût d'acquisition d'une concession et de l'augmentation continue des salaires des joueurs, ce serait étonnant qu'elle génère des profits colossaux.

Sur le plan économique, si Québecor souhaite obtenir un club, c'est notamment parce que la présence des Nordiques lui vaudrait des contenus attrayants pour ses différentes plateformes, dont TVA Sports.

Détenir une équipe est payant si celle-ci sert à alimenter d'autres composantes de l'entreprise, qui généreront ainsi des profits additionnels. C'est encore plus vrai dans un marché de la taille de Québec.

Dans tout ce débat, le ministre de l'Économie, Jacques Daoust, a été le plus sensé. En entrevue à Radio-Canada, il a expliqué que l'État donnait habituellement des garanties de prêt lorsque le risque était trop élevé pour les investisseurs courants.

«Alors posons-nous la question, si jamais on a à y répondre: l'État doit-il intervenir pour acheter un club de hockey dans une situation où c'est trop risqué pour le marché traditionnel? J'arrête là mon explication», a-t-il dit.

Souhaitons que ses collègues l'aient entendu.

En cet automne de compressions, le gouvernement du Québec envoie un message loufoque en évoquant cet intérêt pour les Nordiques. D'autant plus que les contribuables ont déjà largement fait leur part.

Soyons clairs: personne n'évoquerait le retour des Nordiques si la construction du nouvel amphithéâtre n'était pas en cours. Pour que la candidature de Québec soit étudiée par la LNH, la ville devait absolument compter sur ce nouvel édifice. Gary Bettman a répété mille fois qu'un équipement moderne était une condition essentielle.

Or, cet amphithéâtre a été payé presque complètement par les fonds publics. Le gouvernement du Québec assume la moitié de la facture de 400 millions. La Ville de Québec acquitte une note de 187 millions et le solde de 13 millions est réglé par la vente de droits sur les sièges.

Pierre Karl Péladeau, peut-être le prochain chef du Parti québécois, a eu raison de rappeler le gouvernement à l'ordre, qualifiant les propos de Philippe Couillard et Sam Hamad de «curieux paradoxe». Comment, en effet, songer à investir dans une équipe professionnelle au moment où l'État sabre ses dépenses?

Bien d'accord avec cette théorie! Sauf que M. Péladeau est drôlement placé pour la soutenir. Mieux que tout autre, il sait que son projet de ramener les Nordiques à Québec serait déjà mort et enterré si le gouvernement n'avait pas pompé 200 millions dans la construction du nouvel amphithéâtre. Cette subvention a été le véritable élément déclencheur du projet.

Lorsqu'il dirigeait Québecor, M. Péladeau n'a jamais proposé que son entreprise participe financièrement à la construction de l'édifice. Il a toujours trouvé parfaitement normal que ce nouveau Colisée, érigé dans le but avoué d'attirer une équipe de la LNH, se fasse avec l'argent des contribuables. Il n'y a vu aucun «curieux paradoxe», même si l'économie québécoise était déjà essoufflée.

Pierre Dubuc, secrétaire du SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), n'a pas caché sa surprise devant l'intervention de M. Péladeau. «Il devrait se garder une petite gêne, a-t-il dit. Lui-même, pour avoir une loi qui le protégeait au sujet de l'amphithéâtre, a provoqué une crise qui a failli tuer le PQ. Qu'il arrête de se mêler de ça.»

Au Parti québécois, le dossier de l'amphithéâtre a laissé des traces profondes.

Le gouvernement du Québec, rappelleront certains, a participé à l'acquisition du Canadien par le groupe de Geoff Molson en 2009. Investissement Québec a en effet allongé un prêt de 75 millions, aujourd'hui remboursé.

C'est vrai. Mais les Nordiques 2.0 ont déjà profité d'un appui majeur par l'entremise de la construction du nouveau Colisée. Je n'ai rien contre ça. Mais dans un climat économique incertain, Québec a assez investi dans ce dossier.

Il est d'ailleurs rassurant que M. Péladeau, toujours actionnaire de contrôle de Québecor, ait écarté - dans le même message - l'idée que son entreprise ait besoin de fonds publics pour ramener les Nordiques à Québec. D'autant plus que l'obtention d'une concession s'annonce beaucoup, beaucoup plus coûteuse qu'au moment où le chantier du nouvel amphithéâtre a été lancé.




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