Imaginez si on annonçait la tenue, à Montréal, d'un congrès de deux semaines réunissant des milliers de participants, doté d'un budget de 51 millions et générant des retombées économiques frôlant les 100 millions. Les politiciens feraient sans doute la file pour s'attribuer les mérites de cette réussite!

Mis à jour le 14 août 2013
Philippe Cantin LA PRESSE

C'est un événement de cette ampleur qui se tient actuellement à Sherbrooke, où sont présentés les Jeux du Canada. Parce qu'ils mettent en vedette des athlètes de la relève, forcément peu connus, ces Jeux ne font pas les gros titres à l'extérieur des Cantons de l'Est. Il s'agit pourtant d'un immense rendez-vous, qui mobilise l'énergie des organisateurs depuis plus de trois ans.

«C'est comme construire une ville pour 15 000 personnes, explique Luc Fournier, directeur général des Jeux. Il a fallu créer et rendre efficaces tous les services: hébergement, alimentation, sécurité, santé, technologies de l'information... Le défi a été complexe et passionnant.»

Après deux semaines riches en émotion, les Jeux prendront fin samedi. Plus de 3400 jeunes sportifs de partout au Canada, ainsi que des centaines d'accompagnateurs, auront vécu une expérience sportive et culturelle unique.

Luc Fournier et son groupe seront habités par des sentiments partagés à la fin de cette formidable aventure: la joie du travail bien fait, mais aussi le regret de voir cette équipe efficace, appuyée par 5500 bénévoles, se disperser.

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Les Jeux du Canada existent depuis 1967. Ils sont présentés tous les deux ans, ceux d'hiver alternant avec ceux d'été. C'est la première fois qu'ils ont lieu au Québec depuis 30 ans. Les régions de Québec et du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont déjà accueilli les Jeux d'hiver.

Cet été, 20 sports sont au programme. Et la lutte entre les athlètes des 13 provinces et territoires est vive. «Pas question de conduire au stade deux équipes rivales dans le même autobus!» dit Luc Fournier en riant.

Une donnée aide à saisir la qualité sportive des compétitions: l'été dernier, aux Jeux olympiques de Londres, près de la moitié des athlètes canadiens étaient des «diplômés» des Jeux du Canada.

Parmi eux, Alexandre Despatie, qui a participé aux Jeux de Brandon, au Manitoba, en 1997. Le futur champion, alors âgé de 11 ans, brûlait déjà les étapes. À la tour de 10 mètres, il a remporté la médaille d'argent, prélude à ses succès aux quatre coins du monde.

«Pour un jeune athlète, les premiers jeux multisports constituent un moment marquant, explique Alexandre. Tu découvres le fonctionnement des grands Jeux. Tu apprends des choses banales, comme toujours porter ton accréditation; et des choses plus importantes, comme gérer la pression.

«Tu côtoies aussi des athlètes d'autres disciplines, qui vivent les mêmes émotions que toi. Si tu vises une carrière internationale, c'est une excellente préparation. Un peu comme franchir la dernière étape avant d'enclencher la vitesse supérieure.»

Jeune retraité du plongeon, Alexandre Despatie a assisté à la cérémonie d'ouverture du 2 août, durant laquelle la mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche, a été ovationnée. Comme bien d'autres, il a été frappé par le message d'espoir transmis par la présence de tous ces jeunes après la tragédie de cet été. «Voir quelque chose de positif comme ça, c'était encourageant», dit-il.

Les gouvernements du Canada et du Québec, ainsi que la Ville de Sherbrooke, appuient financièrement ces Jeux. Leur contribution globale de 35 millions, la vente des billets et divers autres revenus ne suffisent cependant pas à boucler le budget.

Sous la direction de Monique Leroux, présidente du Mouvement Desjardins, une campagne de financement majeure a été lancée. Des gens d'affaires influents, comme Laurent Beaudoin (Bombardier Produits récréatifs) et Alain Lemaire (Cascades), ont donné un coup de main en ouvrant des portes auprès de commanditaires potentiels et en signant des chèques. D'anciens athlètes comme Sylvie Bernier et Sylvie Daigle ont aussi fait la promotion des Jeux.

Résultat, plus de 8 millions ont été récoltés, une somme impressionnante pour un événement sportif avec lequel une grande partie de la population n'était pas familière.

Cette réussite illustre la qualité de la mobilisation suscitée par les Jeux. «Sherbrooke possède une forte tradition d'appui au sport amateur», dit Luc Fournier.

La région a aussi bien fait les choses en organisant des Jeux verts et en stimulant les saines habitudes de vie. Ce n'est pas un hasard si aucun fabricant de boisson gazeuse n'est commanditaire.

Pour favoriser le développement durable, des stations d'eau froide, branchées sur le réseau public, ont permis de diminuer de moitié le nombre prévu de bouteilles d'eau. Et un programme ambitieux de collecte des matières résiduelles a été implanté.

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Les Jeux du Canada laisseront deux legs importants à la région de Sherbrooke.

D'abord, 19,4 millions ont été investis afin de construire de nouvelles installations sportives et d'en rafraîchir plusieurs autres. Entre autres amélirations, le complexe aquatique de l'UdeS a été refait et compte un bassin additionnel. À Rock Forest, huit nouveaux terrains extérieurs de tennis ont été aménagés.

Ensuite, un fonds d'un million sera créé afin de soutenir le sport d'excellence.

C'est sans compter tous ces spectateurs, jeunes et moins jeunes, qui auront peut-être le goût de faire du sport après avoir assisté à des compétitions, prenant du coup mieux soin de leur santé.

Les Jeux du Canada constituent un axe fondamental de développement pour les sportifs de la relève. Bravo aux gens de Sherbrooke qui, jusqu'ici, en ont fait un réel succès.