Jusqu'au bout, Lance Armstrong a nié l'évidence.

Mis à jour le 30 janv. 2013
Philippe Cantin LA PRESSE

Jusqu'au bout il a attaqué l'intégrité d'anciens coéquipiers, comme Floyd Landis et Tyler Hamilton, dans l'espoir de miner leur crédibilité.

Jusqu'au bout il a débité ses mensonges, convaincu que la force de sa personnalité écraserait la vérité.

Mais Armstrong n'avait pas prévu que l'Agence américaine antidopage (USADA), en plus de le suspendre à vie en octobre dernier, diffuserait sur son site web les affidavits d'anciens membres de son équipe.

Dans ces documents assermentés, accessibles en quelques clics, plusieurs ex-coureurs de l'équipe d'Armstrong ont raconté avec précision la vaste opération de dopage à laquelle ils ont participé. Ils ont aussi cerné le rôle et la responsabilité d'Armstrong au fil des années.

«Cela a consterné ses avocats», a écrit le Wall Street Journal dans un captivant papier publié cette semaine. «Peu après la divulgation de ces documents, Nike a cessé son association avec lui. En moins d'une journée, tous ses autres commanditaires ont fait pareil.»

Du coup, l'édifice construit par Armstrong s'est écroulé. Les affidavits de Floyd Landis, Tyler Hamilton, George Hincapie et quelques autres, d'une extraordinaire limpidité, ont effacé les derniers doutes.

Cette fois, le truc consistant à accuser la USADA de «chasse aux sorcières» ne fonctionnait plus. D'anciens coéquipiers, obligés de dire la vérité sous peine de parjure, ont mis fin au déni. Tous les témoignages concordaient et Armstrong n'avait plus d'échappatoire.

Dans ces circonstances, le champion déchu a saisi la perche tendue par Oprah Winfrey, lors d'un repas à Hawaï durant le temps des Fêtes. C'est à son micro qu'il lèverait le voile sur ses agissements.

En choisissant une animatrice reconnue pour son empathie envers ses invités, Armstrong a été fidèle à sa stratégie sur les routes du Tour de France: contrôler au mieux son environnement, même lorsque les dés ne roulent pas en sa faveur.

Armstrong aurait pu attendre plus longtemps avant de passer à des aveux complets ou partiels. Mais cela n'aurait pas été conforme à sa personnalité.

Dès la première page de son autobiographie publiée en 2000, il évoque ce trait de caractère: «Je ne fais rien lentement, pas même respirer. J'accomplis tout à une cadence rapide.»

Plus tard, il ajoute: «J'ai compris que le mouvement intense était un besoin essentiel dans ma vie».

Coincé, ayant perdu toute crédibilité sportive, Armstrong a vu ses perspectives de revenus futurs anéanties. Il ne pouvait demeurer inactif.

Malgré de potentiels écueils juridiques, il amorce donc une tentative hasardeuse de sauver sa réputation. Bizarrement, ses explications chez Oprah Winfrey, tout comme les précisions qu'il apportera plus tard, risquent d'amplifier le scandale.

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En Europe, deux dirigeants de l'Union cycliste internationale (UCI) dorment sûrement d'un sommeil agité cette semaine.

Pat McQuaid est le président controversé de l'Union cycliste internationale; Hein Verbruggen, son prédécesseur, est président d'honneur de cette fédération. Or, selon le New York Times, Armstrong envisage d'impliquer des dirigeants de l'UCI dans l'affaire.

Dans l'espoir de retrouver son admissibilité sportive - il veut participer à des triathlons -, Armstrong témoignerait sur le rôle de l'UCI durant sa carrière.

Floyd Landis et Tyler Hamilton affirment qu'Armstrong leur a expliqué avoir subi un contrôle positif au Tour de Suisse de 2001, mais qu'il avait trouvé le moyen pour que cela ne soit pas éventé.

Selon Landis, Armstrong a évoqué un «accord financier» avec l'UCI.

Cet organisme a plus tard reconnu avoir reçu un don de 100 000$ d'Armstrong, mais a soutenu que ce paiement n'avait aucun lien avec un quelconque test de dopage.

Puis, la semaine dernière, Travis Tygart en a rajouté dans une entrevue au réseau Showtime. Le directeur de la USADA a affirmé que le responsable du Laboratoire antidopage de Lausanne, en Suisse, avait rencontré Armstrong au début des années 2000 pour lui donner, à la demande de l'UCI, «les clés» des tests visant à détecter l'EPO.

Un triple vainqueur du Tour de France, Greg LeMond, avait déjà dénoncé le travail de l'UCI et demandé la démission de Pat McQuaid.

LeMond a suggéré que l'avocat montréalais Richard Pound, ancien président de l'Agence mondiale antidopage, le remplace. Pound a toujours été très critique de l'administration Verbruggen-MacQuaid.

Hier, le président de l'Agence mondiale antidopage a invité Armstrong à témoigner devant elle s'il veut réduire sa suspension. «C'est seulement quand M. Armstrong fera une confession complète sous serment et racontera aux autorités antidopage tout ce qu'il sait qu'il pourra enclencher le processus de révision de sa suspension à vie», a déclaré David Howman, dans une entrevue à l'AFP.

Bref, pas question que les autorités sous-traitent leur travail à Oprah Winfrey! Voilà pourquoi Armstrong finira inévitablement par répondre à d'autres questions.

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En luttant courageusement contre le cancer, Lance Armstrong a inspiré des milliers de gens.

Il n'en reste pas moins que son cas est plus grave que ceux de plusieurs autres cyclistes qui ont nié s'être dopés avant de reconnaître la vérité.

Armstrong n'a pas fait que se doper. Il a aussi intimidé des coureurs, d'ex-coureurs et des conjointes de coureurs afin de les contraindre au silence.

Il a mis en demeure et poursuivi des journalistes afin de les faire taire.

Il a menti sous serment dans un procès mettant en cause un boni qui devait lui être versé.

Il a incité un jeune cycliste, Christian Vande Velde, à se doper pour demeurer membre de son équipe.

Faudra s'en souvenir s'il écrase une larme d'émotion devant Oprah Winfrey demain soir.