Après trois semaines à Londres, voici quelques observations en vrac.        

Mis à jour le 14 août 2012
Philippe Cantin LA PRESSE

Mon entraîneur préféré : Bruno Bini.

Bruno Bini dirige l'équipe française de soccer féminin. J'ai assisté à son point de presse après la défaite des siennes devant les Canadiennes et j'en suis encore époustouflé.

«Ce soir, nous n'avons plus que les yeux pour pleurer», a-t-il dit, avec son accent provençal.

Vous imaginez un de nos entraîneurs nord-américains, disons un frère Sutter, lancer une phase pareille après une élimination? Je donne à Bini mon prix de la plus belle déclaration des Jeux!

Un journaliste français lui a ensuite demandé si son équipe avait progressé depuis la Coupe du monde de l'an dernier. Voilà une interrogation simple et légitime. Mais pas pour Bini, qui a répondu d'un ton désillusionné. Comme s'il ne pouvait croire qu'on s'aventure sur ce terrain.

«Réalisez-vous ce que vous posez comme question? On vient de prendre un coup de bambou sur la tête. Le match est terminé depuis 10 minutes à peine et vous me demandez de faire une analyse transactionnelle avec un peu de sémantique. Non, je ne peux pas. Honnêtement, je ne peux pas. Même avec la meilleure volonté du monde.»

J'ai déjà hâte de croiser Michel Therrien au prochain camp d'entraînement du Canadien. «Dis-moi, Michel, aurais-tu deux minutes à me consacrer pour faire une analyse transactionnelle avec un peu de sémantique sur votre jeu de puissance?»

L'entraîneur condamné : Mano Menezes

Il avait le visage d'un condamné.

Mano Menezes, entraîneur de l'équipe nationale du Brésil, savait que son équipe devait remporter la médaille d'or du tournoi de soccer masculin pour conserver l'appui de ses compatriotes. Le Brésil a remporté cinq fois le Mondial, mais jamais l'or olympique. À Londres, les attentes étaient énormes.

Hélas pour Menezes, le Brésil a perdu la finale 2-1, samedi, aux dépens du Mexique. Il sait que la recherche d'un coupable a commencé dès la fin de la rencontre. «Je connais notre culture nationale et on ne la changera pas de sitôt, a-t-il reconnu. Un entraîneur doit être prêt à accepter les conséquences d'un revers.»

Menezes était triste à voir en conférence de presse. «Mon visage dit tout...»

Rarement vu une médaille d'argent provoquer autant de peine. Ce n'était pas le temps de lui dire qu'aux Jeux olympiques, pour reprendre l'expression du baron, l'important est de participer.

Menezes a parlé de «leçons à tirer», mais la pression populaire ne lui en laissera peut-être pas le temps. Le Brésil accueille la Coupe du monde de soccer en 2014 et les Jeux olympiques en 2016. Et le pays veut monter sur la plus haute marche du podium.

La prochaine fois que j'en entends un prétendre que la pression qu'impose la direction du Canadien est unique, je lui parle de Mano Menezes.

L'entraîneur blagueur : Coach K

C'est un journaliste américain qui a posé la question à Mike Krzyzewski, Coach K, comme tout le monde l'appelle, après la demi-finale de vendredi.

Avec toutes les vedettes dans votre équipe, jusqu'à quel point devez-vous vraiment diriger ces joueurs?

Entraîneur du Dream Team, l'extraordinaire équipe de basket des États-Unis, Coach K n'a pas apprécié la question, qu'il a tournée en dérision.

«Bien sûr, moi, je fais la fête jusqu'aux petites heures, a-t-il dit, en substance. Encore ce soir, je sortirai jusqu'à 6 h du matin...»

La blague était évidente, mais un journaliste ne l'a pas saisie. Et lorsque Kevin Durant a rejoint Coach K sur la tribune, il lui a demandé s'il profitait aussi de nuits de Londres pour danser la java.

Coach K, manifestement étonné, s'est interposé: «C'était une blague! En combien de langues dois-je dire ce mot pour être compris?»

La scène était plutôt amusante.

Un plaisir des Jeux, c'est d'entendre les questions des journalistes du monde entier après un événement. La langue commune est l'anglais. Et puisque tout le monde ne la maîtrise pas de la même façon, cela occasionne parfois des situations cocasses.

Rio : la barre est haute

Avec tous les articles publiés sur la sécurité avant les Jeux, je croyais tomber sur une forteresse. Ce ne fut pas le cas. L'ambiance à Londres n'a jamais été oppressante.

Le Parc olympique, un endroit grand comme 350 terrains de soccer, a été le lieu de dizaines de compétitions: athlétisme, natation, hockey sur gazon, water-polo et autres... Tous les visiteurs devaient franchir un poste de fouille avant d'accéder au site. Mais une fois cette étape franchie, les contrôles étaient terminés.

Évidemment, les autres sites étaient aussi dotés de guérites semblables. Mais partout, les choses ont fonctionné rondement.

Les villes qui accueillent les Jeux éprouvent souvent des ennuis d'organisation dans les premiers jours. Ce ne fut pas le cas de Londres.

La barre est haute pour Rio en 2016! Très, très haute.

La Chine au coeur de l'actualité à Londres

Du scandale du badminton féminin aux performances étonnantes de la nageuse Ye Shiwen, la Chine s'est retrouvée au coeur de l'actualité durant les Jeux.

À l'hôtel où logeait l'équipe de La Presse, le China Daily, un journal de langue anglaise collé sur le point de vue du gouvernement chinois, était disponible.

Un jour, en éditorial, le quotidien s'est demandé pourquoi Ye Shiwen était soupçonnée de dopage.

«Existe-t-il un lien avec la phobie de la Chine si profondément enracinée dans l'esprit occidental? Les Occidentaux croient être physiquement supérieurs aux gens de l'Est, et aux Chinois en particulier.»

Bon, voilà une question réglée d'un trait de plume! Comment on appelle ça, déjà? Ah oui, la généralisation abusive...