L'heure de la prise de conscience a sonné chez le Canadien. Si la direction de l'équipe croit que ce retard au classement se comblera en douceur, la désillusion sera profonde en avril.

Philippe Cantin LA PRESSE

Tous les amateurs savent que, la saison dernière, l'écart était minuscule entre les équipes qualifiées de justesse en vue des séries éliminatoires et celles les pourchassant. Ces quatre ou cinq malheureux points échappés en cours de saison ont valu à quelques organisations un manque à gagner de plusieurs millions. Si j'étais Geoff Molson, je m'inquièterais.

Ces défaites à répétition du Canadien sont troublantes. Le manque d'engagement des joueurs, encore plus. On ne ressent aucune passion, aucun goût du dépassement.

Publiquement, Jacques Martin demeure imperturbable. Mais au fond de lui-même, il est sûrement troublé par les événements.

Après le revers de mardi contre les Sabres de Buffalo, je lui ai demandé si le manque de punch de son attaque l'inquiétait. Rappelant que le Canadien avait obtenu plusieurs chances de marquer, il a répliqué: «Si on continue de jouer comme ça, on gagnera notre part de matchs...»

Martin croyait que le Canadien avait enfin tourné la page. La performance déplorable de ses joueurs contre l'équipe B des Penguins, jeudi, a démontré le contraire.

L'entraîneur n'est pas sans reproche. Ce n'est cependant pas à lui que les questions les plus serrées s'adressent, mais plutôt au directeur général Pierre Gauthier. Car pour l'instant, ses décisions de l'été ne donnent pas les résultats attendus.

> Gauthier a consenti 18 millions en quatre ans à Erik Cole. Le nom du vétéran n'a fait les manchettes qu'une seule fois, lorsque Jacques Martin a annoncé que son nouveau joueur n'était pas un «sauveur».

Mais contribuera-t-il au succès de l'équipe? Était-il clair dès son embauche qu'on l'utiliserait si modestement? Et si oui, valait-il autant d'argent?

> Gauthier a renouvelé pour trois ans et 17 millions le contrat d'Andrei Markov. Sa guérison tarde et on ignore à quel moment il reviendra au jeu et, surtout, dans quel état. Markov n'était manifestement pas remis lorsqu'il a accepté cette nouvelle entente. Le risque en valait-il la chandelle?

> Gauthier croit-il toujours Scott Gomez capable de relancer sa carrière? En quittant Montréal au printemps dernier, l'attaquant a promis qu'il connaîtrait une meilleure saison.

Mais pour reprendre l'amusante expression de mon collègue Marc Antoine Godin, où est le Scott Gomez 2.0 que les amateurs attendaient? Racheter son contrat aurait coûté une fortune, mais cela aurait-il été préférable?

> Gauthier n'a pas retenu les services de Kirk Muller, l'adjoint de Jacques Martin, qui s'est contenté d'un poste d'entraîneur-chef dans la Ligue américaine. L'organisation l'a remplacé par deux nouveaux adjoints, Randy Cunneyworth et Randy Ladouceur, ne retenant aucun candidat québécois.

De la part du Canadien, il s'agit d'un jugement très sévère sur la qualité des entraîneurs d'ici. Pendant ce temps, les Jets de Winnipeg ont embauché Pascal Vincent. Bizarre tout de même que pour les gens de hockey québécois, les encouragements à persévérer viennent de Winnipeg plutôt que de Montréal.

Cela dit, Kirk Muller manque-t-il plus au Canadien qu'on ne le pense?

L'idée ici n'est pas de condamner le travail de Gauthier. Il a joué de malchance dans les dossiers de Chris Campoli, mis hors-jeu dès son premier match, et Blair Betts, blessé lorsqu'il a fait son acquisition. D'ailleurs, connaissant le DG du Canadien, je suis convaincu qu'il a d'excellentes réponses à ces questions.

Le temps est venu pour lui de les partager avec les partisans du Canadien. Ils ont droit à sa lecture des événements. Gauthier déteste rendre des comptes au public. Cela constitue sa plus grande faiblesse comme directeur général dans un sport si médiatisé.

Mais combien de temps encore laissera-t-il Jacques Martin et ses joueurs se dépatouiller seuls devant les inévitables interrogations suscitées par le rendement du Canadien?

Alors, est-il temps de pousser sur le proverbial bouton de la panique?

Si cela signifie que des têtes doivent rouler, non! Le Canadien peut remettre le train sur les rails. Mais l'équipe doit comprendre le danger auquel elle s'expose en tardant à se mettre en marche.

Le sport professionnel est un univers impitoyable. Pensez aux Red Sox de Boston, qui se sont écroulés en septembre alors qu'ils comptaient parmi les favoris en début de saison. Malgré leurs états de service, le DG Theo Epstein et le gérant Terry Francona ont quitté l'organisation à la suite de cette dégringolade.

Cette semaine encore, Geoff Molson a répété que le Canadien avait le potentiel pour gagner la Coupe Stanley. Pour cela, il lui faut d'abord se qualifier en vue des séries éliminatoires.

Ça s'annonce plus difficile que prévu.

Oui, l'heure de la prise de conscience a sonné.