Ce qui est amusant avec les équipes centenaires, c'est qu'on peut toujours trouver d'autres moments d'infamie dans les archives du club. Cela réconforte le moral. On se dit: «Ouais, pas fort le Canadien ces jours-ci, mais c'était pas mieux en 1949! Même avec le Rocket dans la formation - oui, le Rocket! -, ils avaient été blanchis trois fois de suite...»

Mis à jour le 28 mars 2011
Philippe Cantin LA PRESSE

Ces trois blanchissages de 1949, ressortis des boules à mites dès la fin du match de samedi, m'ont intrigué. À l'époque, les joueurs du Canadien avaient-il plié l'échine aussi facilement que ceux d'aujourd'hui? S'étaient-ils présentés sur la glace amorphes comme leurs successeurs, surtout après le deuxième blanchissage?

Pas du tout! En fait, la situation est beaucoup plus déplorable aujourd'hui.

D'abord, en 1949, le Canadien n'avait pas subi cette humiliation deux semaines avant le début des séries éliminatoires, moment inquiétant pour s'effondrer de la sorte, mais plutôt au mois d'octobre.

Durant cette léthargie, le Canadien avait aussi été blanchi par Boston. Mais le match avait pris fin 0-0, pas 7-0 en faveur des Bruins!

Enfin, le dernier blanchissage était survenu au terme d'un match endiablé, au Forum, contre les Red Wings de Detroit, qui l'emportèrent 1-0. La vedette de la rencontre fut Harry Lumley, le gardien des visiteurs, qui réalisa plusieurs beaux arrêts, notamment aux dépens du Rocket.

Les journaux de l'époque firent néanmoins état du désarroi de l'entraîneur Dick Irvin durant cette séquence noire. Selon Le Petit Journal, il était «plus morose que jamais».

Le quotidien Le Canada ajouta: «Irvin, désespéré par l'impuissance de ses lignes d'attaque, effectua plusieurs changements dans l'espoir d'obtenir de meilleurs résultats. Howie Riopelle joua en compagnie de Maurice Richard et Elmer Lach, mais il ne fut pas impressionnant.»

Howie Riopelle avec le Rocket? Non, ce n'est pas d'hier que les entraîneurs du Canadien éprouvent des ennuis à trouver la bonne combinaison en attaque!

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Pierre Gauthier et Jacques Martin se retrouvent ce matin dans une position inconfortable. Il est trop tard pour procéder à une transaction, trop tard pour rappeler un espoir de Hamilton - les meilleurs sont déjà à Montréal! -, trop tard pour expédier dans les gradins un Gomez ou un Cammalleri.

Pareille audace ferait peut-être plaisir aux fans, surtout dans le cas de Gomez, mais cela provoquerait une crise dans l'entourage de l'équipe.

En faisant suer ses joueurs à grosses gouttes hier, Martin a utilisé un de ses derniers atouts. S'il refait le coup, cette séance de patinage que les joueurs ont acceptée comme un message nécessaire se transformerait bien vite, dans leur esprit, en sanction improductive. Cela provoquerait de la grogne plutôt qu'une prise de conscience.

Martin doit donc se rabattre sur la recette qui a fait son succès : convaincre son groupe que la solution se trouve en chacun d'eux. Qu'ils ont le potentiel, si chacun se responsabilise, de rétablir la situation. Même si, dans les rétroviseurs, le neuvième rang s'approche à la vitesse grand V.

La fragilité de l'équipe depuis l'affaire Chara-Pacioretty laisse néanmoins présager un court printemps. Il ne faut pas croire que le Canadien renversera chaque année des équipes meilleures que lui lorsque s'ouvriront les séries. Des surprises comme celles de l'an dernier face aux Capitals et aux Penguins représentent l'exception, pas la norme.

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Concluons avec deux autres brefs plongeons dans l'histoire de l'équipe. En 1986, du 13 au 26 mars, le Canadien a subi six revers d'affilée. Deux mois plus tard, il remportait la Coupe Stanley. Voilà un scénario inspirant, mais qu'on ne reverra pas en 2011.

Non, les choses ressembleront davantage à la saison 1949-1950, celle qui est revenue dans l'actualité, samedi, après la troisième défaite consécutive du Canadien par jeu blanc.

Ce printemps-là, le Canadien a été éliminé en première ronde par les Rangers de New York. Et vous savez ce qui s'est produit dans le dernier match de la série? Le Canadien a perdu... par blanchissage!