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Cher hiver, tu as gagné

Notre chroniqueur écrit qu'il ne se souvient pas... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Notre chroniqueur écrit qu'il ne se souvient pas d'avoir vécu un hiver aussi rude que celui-ci. Sur la photo, une piétonne marche dans la tempête, le 20 janvier dernier.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

J'ai un ami qui aime répéter que ce n'est pas l'hiver qui est froid, que c'est le monde qui est mal habillé.

Le genre de gars qui «like» les articles qui nous rappellent que les Scandinaves, eux, embrassent leur nordicité et le frette qui vient avec. Ils vont travailler en ski de fond, les Scandinaves, si vous l'ignoriez. Et ils boivent du vin chaud en terrasse de restos qui fournissent des couvertures à leurs clients, des couvertures de design scandinave, évidemment, fort probablement en peau de renne...

J'ai appelé mon ami l'autre jour et je l'ai invité à se faire voir. Puis, je l'ai bloqué sur Facebook.

Je n'aime plus l'hiver. Je ne veux plus rien savoir de l'hiver. Je ne veux plus rien savoir des gens qui croient que l'hiver est négociable, qu'il suffit de bien s'habiller...

J'ai longtemps cru que, oui, il suffisait de mieux s'habiller pour «survivre» à l'hiver québécois. Cette année, je réalise qu'il n'y a rien à faire. C'est faux, je m'habille bien et j'ai encore frette.

Je porte des combines en laine de mérinos sous mes jeans. Je porte des cols roulés. J'ai acheté un manteau d'hiver fait pour les régions polaires. J'ai deux paires de bas dans mes bottes.

Pis j'ai encore frette.

J'ai abdiqué toute velléité de coquetterie. Ça fait des mois que je n'ai pas porté de chemise. Car si je porte une chemise, c'est moins chaud, il y a des ouvertures subtiles qui laissent passer le vent que mon manteau polaire laisse fatalement passer, à travers le petit cercle ouvert du capuchon qui recouvre ma face et qui m'aplatit les cheveux comme un Beatle.

Je ne porte donc que des chandails, juste des chandails, préférablement des cols roulés, j'ai porté le même col roulé quatre jours d'affilée...

Même pour dormir, des fois.

Et sous le col roulé, je porte une camisole, le genre de camisole que les grands-papas portaient jadis en regardant le hockey, le samedi soir. Oui, celle-là même, la camisole blanche qui fait planter ton coefficient de sex-appeal si bas dans les sous-sols de la désirabilité que juste l'enfiler - juste l'acheter -, c'est envoyer le message que tu as renoncé à ta vie sexuelle, d'abord et avant tout à toi-même.

De toute façon, pour les guiliguilis, sérieusement, on va se le dire, il fait si froid...

Y a-t-il quelqu'un qui s'envoie en l'air au Québec présentement?

Sans doute que oui, je fais dans l'hyperbole quand je dis que plus personne ne baise dans cette météo, sans doute qu'il y a des gens qui ont encore une vie sexuelle au Québec, oui, je vous crois sur parole...

Mais je suis sûr que ces aventuriers gardent leurs bas pendant l'acte forcément pratiqué à la dérobée, ils gardent leurs bas de laine gris, ceux avec une bande blanche et rouge.

Et peut-être même qu'ils portent une tuque. Il ne peut pas en être autrement.

Je ne me souviens pas d'un hiver si rude, sérieusement. Quand on ne grelotte pas à - 20, on patine à cause du dégel qui dure quatre heures, qui fait tout fondre, qui transforme les bancs de neige en grands lacs, grands lacs gelés sur lesquels on glisse et on tombe. Plus de 700 Montréalais sont tombés sur les trottoirs et les rues et se sont blessés cet hiver, lisais-je quelque part : 700. J'en connais un, un de ces pauvres hères. Il n'avait vraiment pas besoin d'une fracture du péroné : il en a une.

C'est mon 47e hiver, le 45e dont j'ai conscience, je ne me souviens pas d'un hiver si rude...

Ou peut-être que j'ai juste oublié.

Oublie-t-on les hivers rudes, comme on finit par oublier les blessures d'amour, les mots vaches de notre maman et les petites humiliations de l'enfance, la fois où nous n'avons été choisi dans aucune équipe de ballon-chasseur?

Peut-être. Après tout, le subconscient est habile pour nous faire oublier les vexations de l'existence. Peut-être que l'hiver dernier était tout aussi épouvantable et que je l'ai tout simplement oublié...

Mais j'en doute. J'ai frette.

Des pays souffrent de typhons, d'ouragans, de tremblements de terre et de guerres civiles, je sais, et c'est bien pire que de faire face au tunnel de vent devant La Presse, le tunnel de vent qui nous vient du fleuve, qui nous pince la face comme une gifle...

Je sais.

Mais quand j'ai frette comme j'ai eu frette ces dernières semaines, je n'ai pas l'énergie de penser à pire.

Jamais avant cette année je n'avais rêvé de prendre ma retraite au soleil - jamais avant cette année je n'avais pensé prendre ma retraite - mais là, ici, maintenant, la face encore anesthésiée par le tunnel de vent coin Saint-Antoine et Saint-Laurent, oui, oui, je le veux, je ne peux pas avoir 72 ans et subir ça, je vais mourir dans un banc de neige et on va me retrouver au printemps, broyé par les chenillettes pilotées par des gars qui rêvent d'être Jacques Villeneuve...

Santa Banana? Hola!

(J'ai frette.)




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