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Manger

«Ce nouveau Guide alimentaire ne devrait pas être... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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«Ce nouveau Guide alimentaire ne devrait pas être controversé», écrit Patrick Lagacé.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

«Mange ça, c'est bon pour ta prostate» : je dis souvent ça à mes amis en boutade, des fois, je dis ça car j'arrive à l'âge où on se soucie de la santé de sa prostate, et la prostate est la métaphore de ma santé globale. Je le dis de ces aliments santé...

Les gars rient, mais les filles me jettent de drôles de regards quand je leur dis ça.

Je fais mine de ne pas comprendre : «Ben quoi, tu veux pogner le cancer de la prostate, Manon?»

Je déconne, mais quand même, il y a un fond de vérité. On est ce qu'on mange, comme a dit le grand philosophe dont j'ai malheureusement oublié le nom. On le sait depuis toujours, au fond. C'est une évidence.

Mais je regarde le débat autour du nouveau Guide alimentaire canadien et c'est tout aussi évident : nos chicanes polarisantes gauche-droite-Plateau-campagne ont trouvé un terrain de bataille tout neuf... dans nos assiettes.

Le Guide a pris ses distances des lobbies qui ont intérêt à ce qu'on mange des choses qui ne sont pas forcément bonnes à long terme pour nos prostates métaphoriques.

Le Guide a cessé de prendre des «conseils» de ces lobbies qui fabriquent des aliments qui, sans être toxiques ou mortels, ne vont pas dans le sens - selon la science disponible en 2019 - d'une santé optimale.

Plus de protéines végétales. Moins de protéines animales. Moins de lait et moins de protéines laitières.

Plus de légumes, plus de fruits. Plus de noix. Moins d'aliments transformés, pleins de sucres et de gras ajoutés.

Et faire de l'eau sa boisson de prédilection, s'éloigner de toutes ces boissons sucrées - «jus» de «fruits», boissons gazeuses, boissons gazeuses «diètes», lait au chocolat, etc. - qui nous font grossir en semant au passage une hausse fulgurante du diabète...

Bref, absolument rien de bien révolutionnaire, d'un point de vue scientifique, du point de vue de l'état actuel des connaissances. Déjà en 2008, le journaliste américain Michael Pollan écrivait là-dessus : «Mangez de la vraie nourriture. Pas trop. Principalement des plantes.» Il faisait écho à la science disponible, en démontant les prétentions des lobbies.

Car on sait que manger des protéines animales augmente le risque de contracter certaines maladies, comme des cancers et des maladies cardiaques. Ce n'est pas exactement une nouveauté. Le guide 2019 n'est même pas innovant, là-dessus.

On sait que manger plus de protéines végétales semble avoir un effet vivifiant sur les artères. Le Dr Martin Juneau, cardiologue de l'Institut de cardiologie de Montréal, le dit et le répète depuis des années sur le ton feutré qui est le sien. Et il n'est pas le seul.

Ce nouveau Guide alimentaire ne devrait pas être controversé. Pas grave, en cette ère où tous les enjeux se transforment en référendum éclair - POUR! CONTRE! J'AIME! J'AIME PAS! I LIKE! -, le Guide alimentaire canadien nouvelle mouture est curieusement devenu un terrain de bataille où se joue l'avenir de l'identité et du patrimoine, rien de moins...

Dans Le Journal de Montréal, Lise Ravary nous a dit que ce Guide va à l'encontre de qui nous sommes. Mario Dumont nous a dit que le Guide trahit un préjugé contre les agriculteurs en général et contre les producteurs laitiers en particulier, qu'il a été piraté par un autre type de lobby, celui de l'influence des «thèmes à la mode», dans ce cas le végétarisme. Et dans La Presse+, le professeur Sylvain Charlebois s'est aussi inquiété d'une «rhétorique anti-animalière» dans le Guide alimentaire.

J'ai lu tout ça et...

Et je suis dubitatif.

Le job des concepteurs du Guide est de nous indiquer ce qu'on devrait - DEVRAIT, j'insiste - manger pour que notre alimentation nous aide à rester en santé, à la lumière de la connaissance scientifique la plus actuelle. C'est ce que le Guide a fait, me semble-t-il.

Bien sûr que ça piétine des traditions, que ça bouscule des habitudes. Mais les traditions s'étiolent, des fois; les habitudes changent. La table ne fait pas exception.

Et puis, il y a des traditions et des habitudes, disons-le, qui relèvent carrément et purement du génie de la mise en marché : boire du «jus» d'orange le matin, par exemple, est une invention d'un publicitaire américain embauché par les cultivateurs d'oranges de la Floride...

Mais il ne faut pas virer fou non plus : les Canadiens ont encore leur libre arbitre, ils vont encore manger ce qu'ils veulent.

Vous en doutez?

Permettez que je relaie cette petite nouvelle passée un peu inaperçue, en décembre...

Malgré une génération où le «bien manger» est dans tout plein de magazines, de journaux et d'émissions de télé, de Cuisine futée, parents pressés aux émissions, magazines et livres de Josée di Stasio et de Ricardo, les Québécois mangent quand même aussi mal qu'il y a 15 ans, apprenait-on en décembre...

Aucun agent de l'État n'entrera donc chez vous comme le FBI est entré chez Roger Stone vendredi, même si vous choisissez de ne manger que de la viande rouge accompagnée de Kraft Dinner et de Coca-Cola, malgré les conseils du Guide alimentaire. Faites-le, si ça vous chante...

Et peut-être que malgré ce régime, vous allez mourir à 89 ans assassiné par un mari jaloux, malgré cette diète délétère. Ça s'est vu.

Mais statistiquement, vous augmentez ainsi vos chances de mourir dans la fleur de l'âge d'un cancer ou d'un infarctus, probablement en vous rendant à une séance de dialyse dans un hôpital près de chez vous.

Pour ma part, c'est l'approche des petits pas : moins de viande rouge, moins de charcuteries, plus de viande blanche, plus de poisson, plus de pois chiches, plus de légumes, plus de fruits, plus de noix. L'idée est de garder ma prostate rayonnante et mon côlon lisse comme une piste de bobsleigh, et ce, le plus longtemps possible, pour vivre en santé le plus longtemps possible.

Même si je sais que je peux faire tout ça et devenir une aberration statistique en chopant une saloperie de cancer quand même.

Mais il y a quelque chose de fascinant à voir bien des gens faire de la consommation de viande une affaire existentielle ces jours-ci, dans la foulée des discussions sur la viande et sur le Guide alimentaire. Je pense à cet agitateur animé par un syndrome de l'opposition particulièrement féroce qui a récemment annoncé sur Twitter son nouveau menu hebdomadaire, en réaction à ce qu'il perçoit comme une campagne «des» médias - nous agissons tous de concert, c'est bien connu - contre la viande...

Lundi, nous a annoncé ce Jean Moulin de la chose carnée : hamburger de boeuf ; mardi : spag au boeuf ; mercredi : tartare de boeuf, et ainsi de suite jusqu'au boeuf bourguignon, le dimanche...

Oh boy...

De la viande rouge tous les jours?

La science disponible indique qu'on accroît ainsi le risque de contracter certains cancers, comme le cancer du côlon. C'est pas une belle mort, la mort par cancer du côlon.

(Je précise que «côlon», dans le cas qui nous occupe, désigne la partie moyenne de l'intestin.)




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