Le Dr Gaétan Barrette, le journaliste Pierre Duchesne, le cégépien Léo Bureau-Blouin, d'anciens et éphémères députés adéquistes, des maires de contrées nordiques, l'animatrice Sophie Stanké, l'ancien flic Robert Poëti, l'ancien président du syndicat d'Aveos dont j'oublie le nom, l'auteure Djemila Benhabib, l'ex-bâtonnier Gilles Ouimet: tous candidats. Les chefs n'en finissent plus de montrer leurs prises, ces derniers jours, avec la fausse humilité du gars qui arrive au camping avec son nouveau Winnebago.

Mis à jour le 1er août 2012
Patrick Lagacé LA PRESSE

D'ailleurs, on dirait que le Québec au grand complet a été pressenti pour être candidat. Jocelyne Cazin à la CAQ. Christian Bégin chez Québec solidaire. Mon ami Jean-François Lisée, au PQ (toujours pas confirmé officiellement au moment de la ponte de cette chronique). L'animatrice de camp de jour de votre enfant? Il y a des chances, c'est sûr, qu'elle ait été pressentie pour Option nationale...

Et là, je n'ai énuméré que les plus connus - dans leur patelin, au minimum - de ces citoyens qui ont décidé d'embrasser la chose publique. Je n'ai pas nommé ces illustres inconnus qui, eux aussi, font le proverbial saut en politique.

Des gens comme Denis Leftakis, tiens, qui défendra les couleurs de la CAQ dans Châteauguay, contre le ministre Pierre Moreau. M. Leftakis est la vedette involontaire d'une vidéo sidérante où, badaud dans un quartier de Montréal, bien avant d'être un soldat de François Legault, il est interrogé par l'humoriste Guy Nantel, qui fait un numéro sur les connaissances générales de l'homme de la rue.

Nantel: «Combien de feuilles de lys sur le drapeau du Québec?»

Leftakis: «Une, officiellement...?»

Heureusement, M. Leftakis se corrigera, plus tard: six fleurs de lys sur le drapeau national...

J'ai quasiment honte de le dire: personne ne m'a pressenti. Pas un appel, ne serait-ce que du pied. Je ne vaux même pas la peine d'être pressenti pour être candidat. J'aurais dit non, bien sûr, mais quand je vois tout le monde invité au même party, mais pas moi, je me demande ce que j'ai fait de mal, je me demande si un bouton m'ait poussé sur le nez cet été...

De toute façon, remarquez, les candidats, qu'ils soient vedettes ou pas, vont vite déchanter. Ces 40es élections générales de l'Histoire du Québec, que déclenchera ce midi le premier ministre Charest, seront comme les dernières: des campagnes de chefs.

Le leader du parti, comme soleil tout-puissant de la campagne, soleil autour duquel tout orbite. Derrière le leader, pour le clip à la télé, il y aura tous ces candidats sur la tribune, opinant silencieusement du bonnet, préférablement d'un air grave.

L'enjeu des élections?

J'ai envie de dire «les étudiants», pour tout ce qui est venu avec le Printemps érable, pour tout ce qui a scindé le Québec en deux au cours des derniers mois: les droits de scolarité, les troubles dans la rue, la grève, l'autorité, les flics qui fessent, les vitrines qui éclatent, le désordre, la «juste part».

Jean Charest, qui remet toujours sur le nez de Mme Marois le spectre d'un troisième référendum, a passé le printemps à nous en préparer un, en douce, pour le 4 septembre: les carrés rouges ou le PLQ.

Parler des carrés rouges, c'est mieux pour le PM que de parler des dons au Parti libéral qui ont eu le don miraculeux de lubrifier certaines décisions gouvernementales, du copinage entre son parti et de grands bâtisseurs d'infrastructures, de ces deux années à refuser cette commission d'enquête sur la collusion dans le monde de la construction...

S'il faut, en plus, que les étudiants relancent les actions musclées, ils vont aider M. Charest à le gagner, son référendum...

L'enjeu des élections?

Je rêve, mais j'aimerais que ce soit, un peu, le pétrole d'Anticosti. C'est en tout cas l'enjeu sous-marin, celui qui attend en embuscade sur les réseaux sociaux, depuis le début de l'été. Ce pétrole sur lequel Hydro-Québec - nous tous, donc - possédait les droits. Jusqu'à ce qu'il les cède au privé, pour des pinottes.

Sur les réseaux, on s'agite et on parle d'un scandale, on parle du «vol du siècle», on suppute que c'est 4000 milliards de dollars sur lesquels Hydro a levé le nez. Les médias commencent à fouiller. On verra s'il y a un scandale.

Mais je sais qu'il y a un autre scandale en filigrane dans le dossier Anticosti, un scandale étatique qui n'est pas que québécois: celui de l'opacité. Hydro-Québec - Grand Prix de la Noirceur 2009 de la Fédération professionnelle des journalistes pour son opacité crasse - refuse de rendre publics les contrats conclus avec ces firmes privées, pour le pétrole d'Anticosti. Exxon et BP ne feraient pas mieux.

Ta gueule, citoyen, et attends le communiqué de presse...

Mais Anticosti - comme l'énergie éolienne, comme le gaz de schiste, comme le Plan Nord d'ailleurs - pose une question fondamentale: celui du rôle de l'État devant les intérêts privés. On s'est posé cette question au gré des crises, au cours des dernières années. Ces 40es élections pourraient être l'occasion de se la poser pendant 35 jours.

Je sais, on peut toujours rêver.