Au cas où vous l'ignoreriez, l'itinéraire détaillé de la visite au Canada du prince William et de son épouse, la ravissante Catherine, vient d'être rendu public. Il faut saluer leur courage: Will et Kate vont se taper du tourisme extrême. Voyez un peu...

Patrick Lagacé LA PRESSE

Observation du système législatif des Territoires du Nord-Ouest!

Plantation d'un arbre à Ottawa!

Petit snack à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec!

Rencontre avec Stephen Harper à Calgary!

Ouf, je ne me peux plus...

Et je vous sens jaloux. Avouez que vos vacances seront loin d'être aussi passionnantes. Mais attendez, il me semble que j'oublie une autre activité captivante...

Ah, c'est ça (tenez-vous bien): à l'Île-du-Prince-Édouard, «Leurs Altesses royales le duc et la duchesse de Cambridge» (comme on doit semble-t-il les désigner), vont fouler la rue Great George de Charlottetown, qui a eu un rôle si important dans la création de la Confédération!

Ai-je évoqué du tourisme extrême?

Pardon, je voulais dire, du tourisme extrêmement ennuyant. À l'image de leur vie.

Non, mais sérieusement, mettez-vous à leur place. Vous avez 29 ans. Vous êtes dans la fleur de l'âge, avide comme on l'est à cet âge d'émotions brutes, de découvertes déstabilisantes et de sensations nouvelles...

Or, qu'est-ce que vous ferez, le mardi 5 juillet, 13h05, à Yellowknife?

Vous assisterez à une séance du Parlement jeunesse des Territoires du Nord-Ouest!

Il n'y a rien de plus soporifique que des débats de parlementaires amateurs qui jouent à être de vrais parlementaires. Rien. Sauf, peut-être, regarder des matches de hockey féminin.

Mais c'est la vie qui attend «Leurs Altesses royales le duc et la duchesse de Cambridge», pour l'essentiel des 40 prochaines années: couper des rubans, sourire, soutenir des conversations superficielles avec des étrangers aux yeux brillants, sourire, garder un air solennel pendant des cérémonies militaires, sourire, ne pas s'endormir en regardant les danses ancestrales des autochtones du pays du Commonwealth visité ce jour-là, sourire encore...

Bref, vous avez 29 ans, vous êtes le duc de Cambridge, vous êtes un robot de sang bleu programmé pour montrer vos dents blanches dans des décors de cartes postales sans jamais faire de vagues. Vous êtes une guirlande. Vous êtes décoratif.

Mais il y a des patriotes québécois (c'est ainsi qu'ils se désignent eux-mêmes) qui vont quand même manifester contre Kate et Will, les 2 et 3 juillet, quand ils passeront au Québec. Ils disent que le couple royal n'est pas «bienvenu» au Québec. Ils promettent même un coup d'éclat.

Je sais, je sais, la Couronne britannique n'est pas qu'une vulgaire décoration. C'est aussi un symbole, puisque la reine est le chef de l'État canadien. Des patriotes du «Nouveau Parti des Patriotes» ont même dressé une liste très complète - 92 raisons - expliquant pourquoi le couple royal n'est pas bienvenu au Québec.

Ça va du rapatriement de la Constitution sans l'accord du Québec (no 21) à l'interdiction du français à l'Île-du-Prince-Édouard en 1877 (no 64) en passant par la «politique de construction de logements à prix modique huit fois supérieur (sic) en Ontario qu'au Québec entre 1946 et 1960 (no 36) et l'obligation de participer à la guerre de Boers en 1880 (no 63)...

Ils veulent des dédommagements pour tout ça, mesdames et messieurs. Dans l'intervalle, Kate et Will ne sont pas bienvenus au Québec...

Eh, misère...

D'un côté, des guirlandes.

De l'autre, des gens qui manifestent contre des guirlandes.

Qui sont les idiots, dans cette confrontation à gogo?

Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est qu'en 2011 pour la moyenne des ours, le «symbole» qu'est la Couronne britannique est aussi important que le sort du gars qui a perdu à Occupation double en 2003. On s'en fout. Ça ne vaut pas une manif. Ce que je sais, aussi, c'est que manifester contre Will et Kate, c'est mettre un peu de piquant dans leur visite et dans leurs vies ennuyeuses. Ça va leur faire plaisir, un peu d'excitation...

Vous savez, chers patriotes, ce qui constituerait la plus belle manifestation de mépris face à ces guirlandes diablement photogéniques?

L'indifférence.