D'abord, garder la tête froide. La police fait aussi des enquêtes et des frappes chez les trafiquants blancs. Les Hells Angels, après tout, sont de bons petits pure laine du terroir. Le banditisme n'est jamais la pratique exclusive d'un groupe ethnique en particulier.

Patrick Lagacé LA PRESSE

Mais le banditisme qui s'exerce dans une zone de non-droit, si. C'est le banditisme amérindien.

Les territoires mohawks à cheval sur les territoires québécois, ontarien et américain forment des «zones grises» où la police est réduite, bien souvent, à un rôle de figuration. C'est pourquoi Akwesasne est une plaque tournante du trafic de drogue dans le nord-est du continent: les bandits savent qu'ils ne risquent pas d'être inquiétés par les flics américains et canadiens.

Idem à Kanesatake, où des bandits, ne l'oublions pas, ont déjà mis le feu à la maison du chef James Gabriel, fâchés qu'ils étaient par sa réforme de la police locale. Pour faire bonne mesure, ils avaient aussi pris en otages des agents de cette police pendant des dizaines d'heures ! Durant des mois, James Gabriel a dirigé sa réserve d'un hôtel de Laval, sous la protection de la police. Il a fini par lâcher prise et par aller élever d es chevaux quelque part en Ontario.

En 1990, la crise d'Oka a montré que les Autochtones sont capables de prendre les armes. Depuis, les élus craignent les affrontements et répugnent à faire régner la loi et l'ordre sur les territoires mohawks. Ça donne des zones de non-droit où les trafiquants font la pluie et le beau temps pendant que leurs alliés politiques «enfilent la cape de la souveraineté mohawk», selon des propos tenus par l'ancien chef Gabriel à des diplomates américains, cités par WikiLeaks.

La bonne nouvelle, c'est que, à l'intérieur des réserves, on note un ras-le-bol à l'égard des criminels qui se cachent dans ces zones de non-droit tolérées par les autorités américaines et canadiennes. La GRC l'a souligné à grands traits: l'opération Connectivity a été lancée après des plaintes de citoyens mohawks.

Tant que les élus vont continuer à prendre des pincettes dans leurs interactions avec les Mohawks, leurs territoires vont servir de carré de sable sans supervision aux trafiquants qui utilisent la «souveraineté» amérindienne pour faire transiter drogue, cigarettes et autres produits de contrebande entre les États-Unis et le Canada.