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Georges et ses pitounes

Ah, Georges Laraque. J'aime Georges Laraque. Dans l'univers hyper-convenu des joueurs de hockey, voici un homme qui détonne, et je ne parle pas de la couleur de sa peau. Je parle de sa grande gueule. Je parle de Georges, blogueur. De Georges, animateur de radio. De Georges, végétalien.

Heureusement que Georges est divertissant: son talent est, disons, limité.

Sur la tête de mon fils, je vous jure que c'est vrai: la première fois que j'ai vu Georges sur la glace, je ne savais pas que c'était lui. Il y avait ce gars, à la télé, sur la glace, dans l'uniforme du CH, qui patinait sur la bottine, peinant à recevoir la rondelle et à suivre le jeu.

 

Un joueur légèrement désarticulé, désynchronisé. J'ai cru une seconde qu'on avait donné à un amateur la chance de jouer un match avec le Canadien, genre Hockey Académie.

Mais non. C'était Georges.

Un personnage, donc, ce Georges. Ça prenait un personnage pour accepter de jouer dans une pub aussi spectaculairement délirante que celle de cette nouvelle boisson énergisante alcoolisée made in Québec, Octane.

La pub, tournée pour diffusion sur le web: Georges, en short, joue au hockey-balle dans une rue de banlieue pour nouveaux riches. Soleil radieux.

Et comme c'est une pub de boisson alcoolisée, il y a des filles pétantes de santé en petite tenue, qu'on nous révèle à coups de gros plans sur des décolletés et des culs légèrement ruisselants de sueur...

Georges joue donc avec les filles en petite tenue. Il s'amuse comme un petit fou, ce bougre. Et, contrairement à Georges en patins, Georges en chaussures de sport parvient à déjouer ses adversaires. Même si, entre vous et moi, quand on regarde attentivement, il a quand même du mal à déjouer les filles. Georges a des mains de béton.

Depuis deux semaines, la pub tourne sur le web. Sans heurt. Sans controverse. Sans écho dans la cité.

Une intrépide journaliste du 24 Heures a vu la pub. Elle a appelé des groupes féministes pour avoir leur réaction. Ces groupes n'avaient pas réagi à la pub, sans doute parce qu'ils ne l'avaient pas vue.

Et, bien sûr, les porte-parole l'ont trouvée dégueulasse, la pub de Georges. Elles crient à l'exploitation du corps de la femme. Elles crient au sexisme.

Bing, bang, nous avions, dès lors, une controverse. Dans le registre, c'est le rêve: un joueur du CH, des pitounes en tenue légère, des féministes fâchées. Même moi, j'ai blogué là-dessus. Un fou dans une poche...

J'ai appelé une de ces féministes fâchées. Axelle Beniey, de la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle. Prostituées, danseuses nues, actrices du X: Mme Beniey donne la parole aux filles qui ont trempé dans ces milieux.

Non, la pub de Georges en compagnie de filles qui jouent les cochonnes n'est pas de l'exploitation comme peut l'être la prostitution. Mais, dit Mme Beniey, la pub de Georges «est une image réductrice, ça concourt à la banalisation de l'industrie du sexe», selon elle.

J'apprécie le travail que font les Axelle Beniey de ce monde. Je le dis sans sarcasme.

Mais je n'embarque pas quand elles capotent sur des pubs de boisson, toujours articulées autour de nymphettes légèrement vêtues.

Je ne vois pas le lien entre les filles en tenue légère qui jouent au hockey avec Georges Laraque et les filles forcées par un proxénète de faire des danses à 10$. Ou des pipes.

À la fin de l'entrevue, Mme Beniey m'a demandé quel était mon angle pour cette chronique. Pour déconner, j'ai répondu: «Les maudites féministes.»

Silence au bout du fil.

C'était une mauvaise blague, peut-être. Mais c'était quand même juste ça: une tentative d'humour. Même après l'avoir confessée, je n'ai pas pu extraire l'ombre de la queue d'un petit rire de Mme Beniey. Même pas un microscopique «Ah, Ha». Rien.

- Ça vous a choquée?

- Interloquée, plutôt. Pas choquée. Interloquée.

Où je voulais en venir, donc?

Ah, oui. À l'humour.

La pub de Georges est nullissime, c'est une mauvaise tentative de parodie des pubs de bière. Pubs de bière qui misent sur des décolletés de jeunes filles bien roulées pour vendre du houblon. Et si vous avez déjà bu de la Coors Light, vous savez bien qu'il vaut mieux miser sur les seins des figurantes que sur la qualité du houblon, mais je m'éloigne...

Il fallait voir la pub de Georges comme ça: comme une mauvaise tentative d'humour.

Mais les militants n'ont, justement, pas d'humour. C'est universel. Islamistes, féministes, communistes, animalistes, qu'importe: ces gens-là ne rient pas. Le militant ne sait faire qu'une chose quand on lui met un micro sous le nez: monter au créneau.

Georges Laraque a donc tourné une pub nullissime avec des filles au corps de rêve. Y a-t-il un scandale, de l'exploitation dans cette pub? Oui. Mais pas où on pense.

Le scandale, mineur, c'est qu'un joueur qui patine sur la bottine soit une vedette dans cette ville quand sa contribution au sport réside principalement dans la qualité de ses taloches.

Et l'exploitation, c'est celle de Georges, un gars intelligent qui sait bien que son talent est limité, et qui exploite ce qu'il peut jusqu'à la moelle: son personnage.

 




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