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Mort à crédit ?

X-Men: Days of Future Past, qui a récemment... (Photo Marco Campanozzi, Archives La Presse)

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X-Men: Days of Future Past, qui a récemment pris l'affiche, a été tourné en grande partie à Montréal.

Photo Marco Campanozzi, Archives La Presse

La pub pour attirer les producteurs de films étrangers à Montréal fait plus de sept minutes. On la retrouve sur le site du Bureau du cinéma en un simple clic. Une voix grave et suave pose une question et, du même coup, offre la réponse. Pourquoi tourner chez nous? En deux mots: crédits d'impôt.

La voix promet aux producteurs qu'ils vont économiser jusqu'à 44% en crédits d'impôt avant de décliner les pourcentages des cadeaux fiscaux: 25% de crédits sur la main-d'oeuvre, 20% sur les effets visuels. La voix poursuit en affirmant que les crédits d'impôt ne sont pas la seule bonne raison de venir tourner chez nous, mais bon, on a compris le message. Dans un monde où le fric est roi et où les plus riches sont les plus chiches, autant miser sur la générosité de nos rabais que sur l'abondance de nos splendeurs.

Sauf qu'à partir de maintenant, le Bureau du cinéma va devoir modifier sa pub et changer de stratégie de séduction. Car grâce au budget Leitao, les crédits d'impôt pour les productions étrangères ne seront plus aussi généreux qu'avant. En un mot comme en cent: ils seront pratiquement réduits de moitié. Je comprends le maire Coderre d'être perplexe, pour ne pas dire en beau maudit. Ce n'est pas la mort à crédit, mais presque.

Montréal n'était déjà pas la ville la plus populaire pour ce que Hollywood qualifie de «runaway productions» (les productions en fuite). À ce chapitre, Vancouver est la grande gagnante sur le marché canadien, alors que les productions étrangères (surtout américaines) injectent 1 milliard par année dans l'économie locale et financent environ 25 000 emplois.

Montréal a une feuille de route beaucoup plus modeste. N'empêche. Au fil des ans, la ville a réussi à attirer, bon an, mal an, deux ou trois grosses et coûteuses productions comme X-Men, The Aviator, Highlander,300, Life of Pi, Independence Day, etc.

Les producteurs étrangers qui débarquaient chez nous avaient beau clamer «We love Montreal» à qui voulait l'entendre, ils aimaient encore davantage la couleur du chèque qu'ils recevaient de Revenu Québec. Sur un film comme X-Men, dont le budget était d'environ 255 millions, le crédit d'impôt pouvait atteindre 35 millions. Aujourd'hui, avec le même film et le même budget, le crédit d'impôt serait plutôt de 28 millions. La baisse est considérable, mais c'est mieux que rien. Mieux, en tout cas, que la Californie, l'État qui a inventé Hollywood mais pas le crédit d'impôt.

Longtemps, la Californie a refusé de faire des cadeaux fiscaux à l'industrie du cinéma. Elle a fini par ouvrir une brèche en instaurant un crédit d'impôt pour les productions de 75 millions et moins. Pour les budgets supérieurs, par contre, elle n'offre rien du tout. Par conséquent, elle a perdu beaucoup de plumes et beaucoup de productions à la faveur de villes ou de pays plus généreux.

Le Canada fut un pionnier dans le domaine, offrant des crédits d'impôt aux producteurs de cinéma au début des années 90. En 2002, la Louisiane lui emboîtait le pas, devenant le premier État américain à le faire. Depuis, 42 États américains et plus de 30 pays étrangers sont entrés dans la course, offrant des avantages fiscaux de plus en plus alléchants. Bref, plus le temps passe, plus les villes et les pays se plient en quatre pour attirer des équipes de cinéma chez eux. Plus le temps passe, plus la concurrence est féroce.

Lorsque je l'ai joint jeudi, le directeur du Bureau du cinéma filait vers un rendez-vous sur un freeway à Los Angeles. Il n'était pas catastrophé par la réduction des crédits pour les productions étrangères mais conscient que, dans les mois à venir, il va devoir ramer fort pour faire valoir auprès des producteurs de Hollywood non plus nos mesures fiscales avantageuses, mais nos vraies valeurs: la diversité culturelle, l'expertise de la main-d'oeuvre et le succès de notre savoir-faire. Les producteurs seront-ils sensibles à ces nouveaux arguments? Cela reste à voir. Chose certaine, s'ils continuent de venir tourner chez nous malgré tout, ce sera la preuve qu'ils étaient sincères quand ils clamaient «We love Montreal».

ON VA EN PARLER BEAUCOUP:

Des réductions de crédits d'impôt dans l'ensemble du champ culturel qui vont faire mal au cinéma et à la télé de chez nous, à l'édition de livres, au doublage, à l'enregistrement de disques et à la production de spectacles. Le budget Leitao a fait quelques cadeaux en culture, dont les 110 millions d'argent frais pour l'industrie numérique, mais ces cadeaux ne sauront compenser les lourdes pertes dans tous les autres domaines culturels. À suivre.

ON NE VEUT PLUS LE VOIR NI L'ENTENDRE

L'insupportable pub de Trivago qui passe 200 fois par jour à la télé. On y voit une fille planifier son voyage à Venise. Non seulement elle a une petite voix fatigante, mais encore l'hôtel qu'elle choisit n'existe même pas. Trivago espère conquérir avec sa pub le marché des comparateurs détenu par TripAdvisor. Pas avec moi, en tout cas.




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