Mon Québec à moi se fête une fois par année, partout sur son territoire, mais en ce qui me concerne, surtout à Montréal, là où je vis et où je ne compte plus le nombre de Saint-Jean auxquelles j'ai assisté.

Mis à jour le 10 juill. 2013
Nathalie Petrowski LA PRESSE

Mon Québec à moi profite du 24 juin pour sortir sa fierté du garde-robe et pour la défroisser en l'agitant au milieu d'un océan de drapeaux bleus et blancs qui, dans le meilleur des cas, nous font tout oublier, y compris Charbonneau ou les Blackhawks de Chicago.

Mon Québec à moi n'hésite pas à braver les violents orages et les terrains détrempés et boueux pour aller communier au parc Maisonneuve et assister à la grand-messe célébrée par une sorte de pape du nom de Guy A. Lepage.

Mon Québec à moi vieillit bien quand il s'appelle Richard Séguin et qu'il semble encore plus beau à 61 ans qu'à 18 ans, âge où il était déjà un sacré pétard.

Mon Québec à moi vieillit un peu moins bien quand il s'appelle Diane Dufresne et que de sa voix éraillée, il cherche désespérément à ressusciter le passé avec des gestes que la jeunesse peut se permettre, mais qu'avec le temps, il vaut mieux éviter.

Mon Québec à moi est un poète, rappeur, abitibien ou autochtone, un vieux flyé comme Raôul Duguay et un jeune baveux comme Manu Militari, Koriass ou Anodajay, tous les trois, trop longtemps écartés des festivités, mais qui, cette année, ont eu droit à leurs 15 minutes de gloire et c'est tant mieux.

Mon Québec à moi, c'est une ou dix tounes des Colocs, toutes aussi bonnes les unes que les autres, mais qu'une infime minorité de chanteurs devrait avoir le droit d'entonner parce qu'il n'y avait qu'un Dédé Fortin et que pour l'instant, personne ne l'a remplacé.

Mon Québec à moi se gargarise de mots, de définitions et de discours. Des fois, les mots sonnent creux. Des fois, ils sonnent juste comme ceux sortis de la bouche de Karim Ouellet et lancés à sa belle grande gang de chums réunis devant lui. Et des fois, il y a des mots de trop qui devraient pratiquer l'évasion verbale et choisir le paradis du silence plutôt que la leçon de morale.

Mon Québec à moi est multiple et change de visage et de son. Il est créatif, original, coloré, audacieux et libre d'esprit comme Pierre Lapointe. Il est bourré d'énergie et d'enthousiasme comme Marie-Mai. Il est groovy, baveux et fringant comme Lisa LeBlanc - qui malheureusement n'était pas au spectacle de Montréal, mais à celui de Québec qui, n'en déplaise aux Cowboys Fringants, en avait bien besoin.

Mon Québec à moi est un grand spectacle, éternellement recommencé depuis plus de 30 ans, mais qui change d'une fois à l'autre, au gré des vents, des débats et des déboires de l'année écoulée. Dans 50 ans, je ne sais pas si nous serons encore 125 000 au parc Maisonneuve à agiter nos drapeaux et à être fiers de parler français. Je sais seulement que pour la plupart des pays, la Fête nationale est d'abord un congé férié et rarement l'occasion de célébrer son identité. À cet égard, la fête au Québec est singulière et différente. J'espère qu'elle le restera longtemps.

Le Québec tripant

Pendant le long congé de la Fête nationale, si je n'ai pas entendu les mots «morosité», «corruption» et «commission Charbonneau» cent fois aux nouvelles, je ne les ai pas entendus une fois. Si vous êtes de ceux qui croyez que le Québec a le moral à terre et qu'il est en profonde dépression, j'ai un remède miracle contre cette perception.

Mon remède? Une pub concoctée par le ministère du Tourisme pour vendre le Québec aux Français. Suffit d'aller sur le site de Québec Original et de cliquer sur «Tripant-Vivre l'été au Québec». La pub affirme que l'été, c'est notre cadeau sans pour autant spécifier que notre cadeau dure trois jours. Les Québécois y sont décrits comme un peuple qui, en été, a le sourire fendu aux oreilles, qui danse, qui rit et qui est tellement chaleureux qu'il se donne des becs tout le temps sur fond de paysages grandioses et d'activités tripantes.

Je suggère à tout le monde de regarder cette pub une fois par jour en se levant pour les trois prochains mois. Ceux qui ne sont jamais venus au Québec vont y accourir. Quant à ceux qui y vivent, ils ne rêveront plus jamais de quitter ce paradis sur terre. Tripant? Mettez-en!