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Sexe, mensonges et HBO

Michael Douglas incarne Liberace et Matt Damon son... (Photo: La Presse Canadienne)

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Michael Douglas incarne Liberace et Matt Damon son plus jeune amoureux Scott Thorson dans le film Behind the Candelabra de Steven Soderbergh.

Photo: La Presse Canadienne

Je me souviens encore du choc cinématographique que j'ai éprouvé après la projection de Sex, Lies and Videotape à Cannes en 1989. Pour une rare fois au cinéma, dans cette fable sur le voyeurisme et la dysfonction sexuelle, la vidéo (pas encore affranchie de ses boîtiers de plastique) y apparaissait comme un instrument de vérité, révélateur de nos mensonges et de notre hypocrisie.

Le film était signé Steven Soderbergh, un inconnu de 26 ans, né à Atlanta en Géorgie, qui avait écrit son film en 8 jours.

Je me souviens encore de son merci tout particulier adressé à Denys Arcand alors qu'il venait de recevoir la Palme d'or. Et de l'émoi que j'ai ressenti en découvrant qu'Arcand avait pu inspirer un jeune cinéaste en herbe de la Géorgie. C'était la preuve que notre cinéma existait et rayonnait au-delà de nos frontières.

Bien des choses ont changé depuis, aussi bien le cinéma québécois que la vidéo elle-même, dématérialisée par le web dont elle est néanmoins devenue la vache à lait. Soderbergh lui aussi a changé, quittant plus au moins le monde du cinéma indépendant pour flirter et parfois se faire avaler par Hollywood.

De ce que j'en comprends, Soderbergh a tellement tourné de films (26 en tout) qu'il s'est écoeuré dans le processus au point de décider de prendre sa retraite. Celle-ci est devenue effective dimanche avec la présentation sur HBO du film Behind the Candelabra qui sera son dernier.

En apparence, il n'y a aucun lien entre Sex, Lies and Videotape et Behind the Candelabra, un biopic sur Liberace, le roi bouffi du kitsch et du mauvais goût. Le film, on le sait, ne sera pas présenté en salles parce que jugé trop gai par les distributeurs.

En apparence donc, il n'y a aucun lien à faire entre les problèmes de baise d'un couple hétéro du Texas et la relation abusive du roi du kitsch avec un aspirant vétérinaire de 19 ans qu'il a aimé et jeté comme un vieux kleenex.

En réalité, les liens sont nombreux. À travers le personnage de Liberace, un pervers narcissique gluant de fausse gentillesse, c'est son propre rapport au cinéma que Soderbergh examine.

Comme Liberace, Soderbergh a trop aimé (le cinéma) et a tellement carburé à la passion qu'il a fini par la perdre. Comme le personnage de Ann incarné par Andie MacDowell dans Sex, Lies..., Soderbergh est en panne de désir. Ou comme il l'a expliqué lui-même, la tyrannie du récit narratif a fini par l'acculer à un mur et par l'empêcher d'évoluer.

Qu'il termine sa carrière au cinéma avec une histoire d'amour entre deux gais, interprétés avec une subtilité sincère par Matt Damon et Michael Douglas, que l'on voit s'embrasser, baiser et bouffer du popcorn, alanguis sur le divan devant la télé, témoigne de son audace demeurée intacte. Le refus des studios de distribuer le film en salle le confirme. Et pour cause. Soderbergh ne se contente pas de nous présenter une jolie histoire de cowboys gais perdus dans un Far West révolu qui ne menace personne. Il nous présente les affres réelles, quotidiennes et sexuelles de deux gais plongés dans l'intolérance d'une époque pas si lointaine. La banalisation de l'homosexualité tant souhaitée par les gais y est présentée dans toute sa misérable splendeur. Mais de toute évidence, le grand public n'est pas prêt à l'entendre.

Dans une longue entrevue sur le site Vulture, Soderbergh affirme que le cinéma n'est plus aussi important culturellement. Selon lui, c'est à la télé et sur des chaînes comme HBO que ça se passe. Il a en partie raison. Sans l'argent de HBO, Behind the Candelabra, n'aurait sans doute pas vu le jour. Mais ce n'est pas grâce à HBO si j'ai pu voir le film. C'est en contournant ses règles trop strictes et ses abonnements annuels forcés.

J'aurais bien acheté le film, mais HBO ne le mettra pas en vente avant des mois. Alors j'ai fait ce que font des millions d'internautes: je l'ai regardé en ligne sur mon ordinateur sans rien payer.

Vingt-quatre ans et 26 films plus tard, voilà où nous en sommes: les cinéastes de talent se réfugient à la télé, les consommateurs tannés de toujours payer, défroquent vers la gratuité illégale du web, la sexualité, surtout celle pratiquée par les homosexuels, continue de susciter opprobre et controverses. Heureusement il reste la vidéo qui malgré sa dématérialisation, est demeurée fidèle à son rôle de révélateur de vérités.




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