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Signé Shandy

Émeute dans la prison, émoi dans la ville, une actrice a scié les barreaux de sa cage et s'est échappée. Elle n'a pas laissé de mot ni d'adresse, n'a pas fait le tour des médias pour expliquer son geste, n'a pas envoyé une lettre ouverte au Huffington Post pour se justifier. Non. Suzanne Clément, alias Shandy dans la populaire série Unité 9, a pris ses cliques et ses claques pour aller voir ailleurs si elle y était.

Les réseaux sociaux se sont emballés, en criant au drame et à la tragédie. Les fans finis de Shandy étaient en beau maudit. Les producteurs de la série, encore davantage. La scénariste est restée seule avec le cadavre tout chaud d'un personnage dont elle ne savait que faire. Cette fuite signée Shandy a fait des dégâts et des dommages collatéraux et soulevé bien des questions. Avait-elle le droit? Est-ce éthique? Est-ce même poli que de partir comme ça sans préavis en laissant tout le monde sur le carreau?

Chose certaine, je connais peu d'acteurs qui oseraient une telle audace. Et pour cause! La vaste majorité des acteurs et (des actrices) sont des petites bêtes fragiles et anxieuses qui se plient constamment aux exigences des autres, qui n'existent que dans le regard de ceux qui les choisissent, qui sacrifient leur vie, leurs rêves et parfois leur famille pour le rôle en or qu'ils attendent depuis toujours et qui ne cesse de leur échapper.

Les acteurs ne quittent pas les projets. Ce sont les projets qui les quittent.

Leur vie est faite de succès fugitifs et parfois de triomphes, mais la plupart du temps, leur vie, c'est des rôles qu'ils n'ont pas obtenus, des occasions ratées, des rendez-vous manqués, des auditions où ils ont tout donné, mais où ils n'ont rien reçu en retour, parce que leur nom n'était pas assez connu, parce que leur tête ne revenait pas au producteur, parce qu'ils n'avaient pas le physique de l'emploi, parce que, parce que...

Dans la hiérarchie des décisions qui définissent un projet, les acteurs sont au bas de l'échelle, toujours les derniers consultés, toujours les premiers remerciés. On exige d'eux leur entière disponibilité. Souvenez-vous de la clause d'exclusivité de sept ans que Karine Vanasse a dû signer pour jouer dans Pan Am, et ce, même si la série américaine est morte au bout d'un an.

Être un acteur, c'est être tout sauf un homme ou une femme libre. C'est être dans l'attente perpétuelle. C'est n'avoir aucun réel pouvoir, sinon celui de jouer.

C'est ce rapport de force que la fuite de Shandy a renversé.

Au lieu de soigner son image et de cultiver son capital de sympathie, comme le font tous les acteurs qui veulent gagner leur vie, Suzanne Clément a tout envoyé promener pour aller vivre de nouvelles aventures.

Ce n'est pas poli, ce n'est même pas très gentil, mais peut-on vraiment blâmer une actrice de 44 ans qui voit poindre le jour où elle sera moins demandée, le jour où une plus jeune et plus jolie sera choisie à sa place, peut-on lui reprocher cet ultime sprint avant le cul-de-sac de la cinquantaine?

Dans la seule grande entrevue que j'ai faite avec Suzanne Clément, je me souviens encore de sa remarque sur sa génération: «On est une ostie de drôle de gang, disait-elle. On change tout le temps d'appartement, de job, de chum ou de blonde. On est toujours en train de prendre des cours de quelque chose ou de partir sur une nouvelle tendance. On n'est pas faciles à suivre.»

L'actrice parlait d'elle-même sans l'avouer. Sept ans plus tard, son désir de changement et de dépassement est toujours aussi ardent.

Suzanne Clément rentrera un jour au bercail, peut-être même l'année prochaine. En attendant, on lui souhaite de profiter de sa liberté, loin de la maison. La vie est trop courte pour en faire sa prison.

ON N'EN PARLE PAS ASSEZ

Du nouveau projet de loi du gouvernement Harper pour se mêler des finances de CBC/Radio-Canada et éventuellement avoir une prise sur le contenu. Une pétition circule afin de faire pression sur le comité qui étudie la loi. Tapez «Libérez CBC/Radio-Canada» pour la signer.

ON RISQUE D'EN PARLER BEAUCOUP

Du congédiement par Ubisoft du whiz-kid Patrice Désilets, créateur du jeu Assassin's Creed, et du combat juridique qu'il entend mener contre la multinationale qui a grandi et prospéré beaucoup grâce à lui.




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