Je m'étais juré de ne plus écrire sur les structures de Montréal. Trop « drabe «, trop technique. Et j'étais fâchée contre Jean Charest qui a foutu le bordel avec ses défusions. Je commençais à manquer de synonymes pour parler de son idée catastrophique/improvisée/opportuniste de permettre aux villes de défusionner.

Michèle Ouimet LA PRESSE

De toute façon, qui se passionne pour les débats de structures à part François Legault et Louise Harel?

Pourtant, pourtant.

François Legault, chef de la Coalition avenir Québec, n'y comprenait pas grand-chose l'année dernière lorsqu'il a bêtement proposé de diminuer de moitié le nombre d'élus à Montréal. Une opération purement mathématique. Comme si ce remède simpliste pouvait régler les problèmes de Montréal.

On n'arrête pas de comparer Montréal à Toronto, qui n'a que 44 élus. Et alors? On fait un concours? Celui qui aura le moins d'élus? Comme si le nombre d'élus était inversement proportionnel à l'efficacité d'une ville.

François Legault a raffiné son idée. La semaine dernière, il a proposé non seulement de diminuer le nombre d'élus, mais aussi de fusionner des arrondissements. Sa nouvelle équation: 60 élus et 12 arrondissements, plutôt que 103 et 19.

Dans la nouvelle mouture caquiste, il y aurait un minimum de cinq conseillers par arrondissement. Un minimum pour éviter qu'un arrondissement tombe sous la coupe de deux ou trois élus.

Denis Coderre, lui, a proposé de diminuer le nombre d'élus, mais sans donner de détails. Il s'est contenté de copier les idées de son adversaire Louise Harel, chef de l'opposition à l'hôtel de ville, sans lui en donner le mérite. Ça manque de classe.

On ne peut pas réduire les problèmes de Montréal à son bordel de structures. Les années où la Ville a pataugé dans la corruption ont eu un impact négatif plus grand que la structurite aiguë.

La commission Charbonneau est en train de nettoyer les écuries d'Augias de la Ville, et Gérald Tremblay, l'homme qui ne voulait pas savoir, a démissionné. Il reste à faire le ménage dans les structures. On pourra, alors, voir le bout du tunnel.

Voici une liste des structures, histoire de bien comprendre à quel point Montréal est englué dans un mille-feuilles.

L'île est divisée en 15 villes défusionnées et une ville centre. Ce sont les plus riches, comme Westmount, qui ont quitté le bateau des fusions. Pas question de rester avec les gueux de Montréal. Mais c'est une autre histoire. La ville centre, elle, est divisée en 19 arrondissements. Chaque arrondissement et chaque ville défusionnée a un maire, des élus et un conseil. La ville centre aussi a un conseil, des élus et un maire.

Un conseil d'agglomération chapeaute tout ce beau monde. Il gère les services communs, comme la police et les pompiers. À cet assemblage hétéroclite s'ajoute la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui regroupe 82 municipalités, dont Montréal, Laval et Longueuil, 7 conférences régionales des élus et 14 MRC.

Comment voulez-vous vous y retrouver?

Revenons à Montréal. Chaque arrondissement est gouverné par au moins cinq élus. Le budget de Rosemont-La Petite-Patrie, par exemple, s'élève à 60 millions; sa population, à 132 000 habitants.

Si le nombre d'élus tombe à 60, chaque arrondissement n'aura plus que 3 conseillers. On ne peut pas laisser 3 élus gérer un budget de 60 millions et représenter 132 000 personnes, surtout s'il n'y a pas d'opposition. Les arrondissements, faut-il le rappeler, détiennent beaucoup de pouvoirs, dont celui d'imposer des taxes.

C'est pour cette raison que le gouvernement a imposé un seuil de 5 élus par arrondissement et qu'il y a 103 élus à Montréal.

C'est aussi ce qui explique pourquoi François Legault propose de diminuer le nombre d'arrondissements de 19 à 12.

Douze? Trop peu. Le gouvernement n'a pas taillé les arrondissements les yeux fermés. Il a tenu compte de leurs racines historiques. Les arrondissements recoupent, en gros, les anciens quartiers de Montréal et les anciennes villes de banlieue, comme Saint-Laurent. Le découpage respecte les identités de chacun.

La mairesse d'Outremont a menacé de défusionner si son arrondissement est amalgamé à celui du Plateau, comme le prévoit François Legault. Sa réaction a été viscérale.

Si on rebrasse les structures de Montréal, il faut aussi revoir la dynamique, repenser les arrondissements et diminuer leurs pouvoirs, en commençant par enlever le titre de maire pour le remplacer par celui de président. Maire? Quelle aberration.

Le problème de Montréal ne réside pas dans le nombre d'élus ou d'arrondissements. L'affaire est complexe et elle ne peut pas se résoudre par une simple soustraction.

Il faudrait de nouveau fusionner l'île - oui, oui, refusionner les Westmount de ce monde -, ce qui permettrait de mettre la hache dans le conseil d'agglomération. Mais qui a envie de se lancer de nouveau dans un déchirant débat de structures, alors que Montréal peine à se relever des scandales?

En attendant que quelqu'un ose faire le ménage, arrêtons de baver de jalousie quand on parle des 44 élus de Toronto.