Bizarre de voir Frank Zampino sortir de chez lui au petit matin, avec des lunettes fumées et un capuchon sur la tête, menotté et encadré par deux policiers qui venaient de l'arrêter.

Michèle Ouimet LA PRESSE

> En graphique: le parcours de l'influence

Chronologie de l'affaire Catania-Zampino



Un homme jadis si puissant, menotté comme un vulgaire criminel.

J'ai connu Frank Zampino alors qu'il était au sommet de sa gloire et qu'il régnait sur la Ville de Montréal. Président du comité exécutif, homme de confiance du maire, il en menait large, très large. Un homme brillant. Gérald Tremblay ne tarissait pas d'éloges. Il a été son collaborateur le plus proche pendant sept ans et demi.

Hier, Zampino a été arrêté et accusé de fraude, de complot et d'abus de confiance. Selon l'accusation, il aurait été au coeur d'un système de corruption. «C'est lui qui dirigeait le stratagème», a précisé la Sûreté du Québec (SQ) en point de presse, hier.

Frank Zampino aurait fourni des informations privilégiées à la compagnie Catania qui a pu, ainsi, décrocher un contrat de plus de 300 millions pour le projet Faubourg Contrecoeur. En échange, Zampino aurait reçu de l'argent et des cadeaux. Un pot-de-vin, quoi.

Il n'était pas seul dans ce système. Toujours selon la SQ, il aurait «travaillé» avec Bernard Trépanier, directeur du financement d'Union Montréal, parti du maire Tremblay, et Martial Fillion, directeur de la SHDM, la société municipale d'habitation qui gère le parc immobilier de la Ville et qui possédait les terrains du Faubourg Contrecoeur.

Hier, Trépanier a été arrêté, ainsi que Martial Fillion et Paolo Catania.

Zampino, Trépanier, Fillion, sa garde rapprochée accusée de fraude, de complot et d'abus de confiance. Ses plus proches collaborateurs qui auraient conspiré pour se mettre de l'argent plein les poches. Et Gérald Tremblay n'aurait rien su? Rien vu?

La même question revient toujours, lancinante: le maire était-il au courant? Il jure que non. N'a-t-il jamais douté de l'intégrité de Frank Zampino au cours des sept longues années où ils ont travaillé en étroite collaboration?

Question encore plus troublante: le maire pouvait-il ne pas savoir? Car on parle d'un système dirigé par des gens qui détenaient des postes-clés non seulement à l'hôtel de ville, mais aussi dans le parti politique du maire, Union Montréal. Du moins, selon l'accusation. Et le maire ignorait tout?

Bernard Trépanier était le directeur du financement d'Union Montréal. C'est lui qui veillait sur la caisse du parti. Selon la Sûreté du Québec, il aurait accepté de l'argent de Catania. L'a-t-il mis dans ses poches ou dans les coffres du parti? Est-ce que la caisse d'Union Montréal aurait été alimentée par de l'argent sale? La SQ est restée prudente: «L'argent a été donné à Trépanier. C'était pour un parti politique.»

En octobre 2009, Benoit Labonté, ex-bras droit de Louise Harel, a vidé son sac lors d'une entrevue-fleuve à Radio-Canada. Il venait d'être éclaboussé par un scandale et il a décidé qu'il ne coulerait pas seul. «Bernard Trépanier est au coeur d'un système, avait-il expliqué. Ce serait lui qui exige 3% de la valeur des contrats [accordés à des entrepreneurs] pour les remettre au parti du maire Tremblay ou à des individus.»

On le surnommait monsieur 3%.

Et Gérald Tremblay ignorait tout cela?

Hier, le maire s'est défendu. «On a mis en place tous les moyens nécessaires pour contrer la collusion, la corruption et les conflits d'intérêts», a-t-il dit.

Tous les moyens? C'est un peu fort, mais on ne peut nier que le maire a donné un coup de barre depuis sa réélection en 2009. Il avait promis que son troisième mandat serait celui du ménage, il a effectivement commencé à passer le balai.

Cette semaine, le vérificateur, Jacques Bergeron, a déposé un rapport où l'administration Tremblay n'a pas été trop écorchée. Il a constaté que le cercle restreint des 21 firmes qui raflait pratiquement tous les contrats avait du plomb dans l'aile depuis un an: la valeur des contrats que ces sociétés ont obtenus en 2011 a chuté de moitié.

N'empêche, est-ce que les arrestations spectaculaires d'hier mineront la crédibilité du maire qui jongle avec l'idée de solliciter un quatrième mandat? Surtout que la SQ a confirmé, hier, qu'elle enquête toujours sur les compteurs d'eau, un scandale qui avait ébranlé la Ville. Une autre menace qui plane au-dessus de la tête de Gérald Tremblay.