La charrue avant les boeufs. Cette image résume bien l'imbroglio dans lequel le CHUM s'enfonce. Encore une fois.

Michèle Ouimet LA PRESSE

Je vous résume l'histoire en plusieurs paragraphes, car il n'y a rien de simple dans ce dossier qui traîne dans le décor depuis 14 ans.

 

À l'automne 2006, l'Office de consultation publique (OCP) a étudié le projet du CHUM. Un gros truc: séances d'information, ateliers, audition de mémoires, témoignages de 27 experts, rapport de 52 pages.

Le projet étudié par l'OCP comprenait 700 lits et 30 salles d'opération. Le vieil hôpital Saint-Luc était rénové et non rasé.

L'OCP a pris six mois pour consulter et écrire son rapport qui a ensuite été acheminé à la Ville de Montréal.

Le dossier a atterri au comité exécutif. Les élus ont soupesé chaque recommandation. Ils ont finalement pondu un règlement qui a été adopté par le conseil municipal le 26 mai 2008. Le processus au grand complet a pris 19 mois.

Le règlement municipal qui donne le feu vert au CHUM est précis. Hauteur maximale des bâtiments: 80 mètres, c'est-à-dire une quinzaine d'étages qui logeront les 700 lits et les 30 salles d'opération. Nombre de places de stationnement: 1150. Démolition de certains édifices. Précis, je vous dis. Et pas question d'y déroger.

Sauf que la donne a changé depuis l'adoption du règlement. Les médecins, horrifiés à l'idée que l'hôpital n'ait que 700 lits et 30 salles d'opération, se sont battus pour bonifier le CHUM. Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a fini par craquer. O. K., leur a-t-il dit, vous aurez 772 lits et 39 salles d'opération.

Autre modification: Saint-Luc ne sera pas rénové, mais démoli. Trop cher de bricoler du vieux pour en faire du neuf. Et le nombre de places de stationnement doublera presque, passant de 1150 à 2050. Sans oublier l'église Saint-Sauveur. Le CHUM veut revoir ses conditions de conservation.

Conclusion: il faut repasser le CHUM dans la grande machine de la consultation, sinon la Ville dérogera à sa charte, ce qui est illégal. La loi, c'est la loi.

Il faut tout reprendre depuis le début, en commençant par l'arrondissement de Ville-Marie, car c'est sur son territoire que l'hôpital sera construit. Du jamais vu.

Le projet bonifié du CHUM doit être examiné par le comité consultatif en urbanisme, le comité d'architecture et d'urbanisme et le conseil du patrimoine. Tout ce beau monde va formuler des recommandations qui seront étudiées par le conseil d'arrondissement, conseil qui adoptera une résolution, résolution qui sera acheminée au comité exécutif de la Ville, comité exécutif qui... jusqu'à ce qu'un nouveau règlement soit adopté par le conseil municipal.

C'est ce règlement qui va servir de base aux nouvelles consultations de l'OCP. Mémoires, experts, séances d'information, rapport, comité exécutif, conseil municipal... Bref, le mythe de Sisyphe, l'éternel recommencement.

Le pire, c'est que tout cela était hautement prévisible. Pourquoi ne pas avoir prévu 772 lits et 39 salles d'opération dès 2006? Pourquoi ne pas avoir demandé 2050 places de stationnement? Pourquoi se rendre compte, une heure plus tard dans les Maritimes, qu'il faut raser Saint-Luc et non le retaper parce que ça risque de coûter une fortune?

Les règlements d'urbanisme de la Ville de Montréal sont compliqués. Le CHUM est compliqué. Faites l'équation: compliqué multiplié par compliqué = compliqué au carré = délais " délais " délais = perte de crédibilité.

Le CHUM n'en finit plus d'agoniser sur des plans faits et refaits. Tout est long. Comme si le CHUM vivait dans un microcosme temporel où le temps tourne au ralenti. À ce rythme-là, l'hôpital ne sortira pas de terre avant plusieurs années.

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J'ai rencontré le maire Gérald Tremblay hier matin. Il est optimiste. Ça frise l'euphorie. Il croit que le processus - consultation, nouveau règlement et tout le bataclan - pourra être bouclé en quelques mois. Peut-être n'a-t-il pas entendu parler du microcosme temporel qui entoure le CHUM.

De toute façon, la consultation sera bidon, car le maire est d'accord avec les changements proposés: oui au 85 mètres qui permettra de loger les 772 lits et 39 salles d'opération, oui pour la démolition de Saint-Luc, oui pour la sauvegarde de l'église Saint-Sauveur.

Seul hic: le stationnement. Le maire émet de sérieuses réserves: 2050 places, c'est trop.

Si le maire a déjà donné son accord, pourquoi se taper une consultation-fleuve? Parce que la loi l'y oblige.

Pendant ce temps, le gouvernement s'apprête à lancer l'appel de propositions qui lui permettra de choisir un consortium pour construire l'hôpital. Les consortiums se basent sur un document de 2000 pages - le programme fonctionnel et technique (PFT) - pour préparer leur soumission.

Le problème, c'est que le PFT prévoit déjà 772 lits, 39 salles d'opération et 2050 places de stationnement. Je pose donc de nouveau la question: pourquoi se lancer dans une vaste consultation si les dés sont pipés?

C'est une insulte pour l'OCP et une insulte pour les contribuables qui paieront pour cette mascarade.

courriel Pour joindre notre chroniqueuse: michele.ouimet@lapresse.ca