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Le parachuté

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Photo: Ivanoh Demers, La Presse

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Une journée avec...

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Une journée avec...

Nos chroniqueurs ont suivi des candidats pendant une journée: tournée électorale, souper, coucher et petit-déjeûner. Cette approche originale a donné lieu à des moments d'une rare intimité. Au menu: politique, couette et café corsé! »

Yves-François Blanchet a décidé à la dernière minute de se présenter pour le Parti québécois dans Drummond.
«Il y a un mois, j'étais un entrepreneur en musique qui pensait faire le saut en politique. Aujourd'hui, je suis candidat. Ça va tellement vite! Tu vois ta photo sur des pancartes et tu te dis: Hé! me semble que j'en ai manqué un bout!»

Yves-François Blanchet... (Perfoto, Ghyslain Bergeron) - image 1.0

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Yves-François Blanchet

Perfoto, Ghyslain Bergeron

Il a délégué la gestion de sa compagnie de disques, il a prévenu le chanteur Éric Lapointe qu'il ne pouvait plus être son agent et il a loué, en catastrophe, un appartement à Drummondville.

Un deux et demi presque vide, situé dans un bloc beige au coeur d'un quartier beige. Dans l'appartement, un lit, une table, un fauteuil, une berceuse et un ordinateur. Pas de rideaux, pas de tapis. Le style pas-le-temps-de-m'en-occuper.

La vie d'Yves-François Blanchet est compliquée. Il a quatre enfants de deux femmes différentes, un bungalow à Saint-Bruno près de celui de son ex, une compagnie et une blonde à Montréal. Une blonde qui a une fille de 5 ans.

S'il est élu, il aura, en plus, un appartement à Québec et un bureau à Drummondville. Écartelé entre quatre villes.

Yves-François Blanchet parle au téléphone en conduisant. Il mêle boulot-famille. Il appelle une station de radio à propos d'une entrevue et il discute avec son ex pour régler des détails au sujet des enfants. Les courriels entrent à la pelle dans son iPhone.

Il a abandonné son jogging et il avale des boissons énergisantes pour tenir le coup. La vie à 100 km/h.

******

Yves-François Blanchet est né près de Drummondville. À 20 ans, il est parti à Montréal. Aujourd'hui, il a 43 ans. Ses adversaires l'accusent d'être un parachuté. Cette histoire l'obsède.

Il fait tout pour cacher son péché originel de déraciné. Il a deux cellulaires: un 514 - le Montréal honni - et un 819, qu'il s'est procuré dès qu'il a décidé de faire le saut en politique.

«Tu ne te promènes pas avec un numéro 514 quand on t'accuse d'être un parachuté», explique-t-il.

Il n'ose pas dire qu'il fait de la méditation. Et si les braves gens de Drummondville s'en offusquaient? «Je ne suis pas sûr que ça passerait ici. Ça peut avoir l'air un peu bizarre.»

Dès qu'il a une occasion, il ressort ses origines de «gars d'ici». Il court: poignées de main, visite d'un organisme communautaire, entrevues.

À 16h30, retour dans son appartement minimaliste. À 17h30, il a un cocktail. Ses adversaires adéquiste et libéral seront présents. Pas question d'arriver en retard.

Pendant qu'il ajuste sa cravate, son téléphone sonne. C'est la chef de cabinet de Pauline Marois. «La conférence téléphonique commence bientôt, lui dit-elle, je te mets en attente.»

Une conférence? Il l'ignorait. Personne n'a pris la peine de l'avertir.

Il attend 15 minutes. Finalement, la conférence commence. Au bout du fil: Pauline Marois, sa chef de cabinet et les candidats Louise Beaudoin, Pierre Curzi et Maka Kotto. Le lendemain, le Parti québécois présente sa plateforme culturelle. Mme Marois a besoin de l'expertise de Blanchet, qui a été président de l'ADISQ de 2003 à 2006.

La conférence dure 45 minutes. C'est à peine si Yves-François Blanchet réussit à glisser un mot. Il est furieux. «J'ai failli raccrocher et dire: O.K., bye! on se reparle le 9 décembre», lâche-t-il.

Il galope jusqu'au cocktail. Il arrive une heure en retard, lui, le gars de Montréal. Ses adversaires devisent tranquillement avec les notables, un verre à la main.

Le candidat libéral, Jacques Sigouin, est impitoyable. «Ah! Blanchet, le candidat qui attire les journalistes de Montréal et qui était contre la venue de Paul McCartney à Québec! Le parachuté! Moi, je connais bien le comté. Pas lui.»

Le candidat adéquiste, Sébastien Schneeberger, est plus discret. Il préfère parler de lui. «Je suis une personne très appréciée au niveau de ma personne», dit-il.

Mais il s'empresse d'ajouter qu'il vit à Drummondville depuis l'âge de 14 ans. En 2007, porté par la vague adéquiste, il a arraché Drummond, un château fort péquiste. Lui, un gars de Drummondville. Ou presque.

******

22h. Yves-François Blanchet rentre à Saint-Bruno. Il connaît le chemin par coeur. Il conduit vite et parle beaucoup.

Il découvre l'univers politique, avec ses exigences et ses tyrannies. Il tient à conserver une certaine liberté.

«Tu changes de vie, c'est un choc culturel, confie-t-il. La seule chose qui me ramène les pieds sur terre, c'est ma blonde et mes enfants.»

Il arrive à Saint-Bruno vers 23h. La ville dort, les enfants aussi. Il étreint sa blonde puis s'engouffre dans son bureau. Des trucs urgents à régler.

J'ai le temps d'examiner sa bibliothèque. Les albums du caricaturiste Chapleau côtoient les oeuvres de Machiavel.

La soirée s'étire autour d'un verre de vin.

Le lendemain, toute la famille se lève à 6h15. Yves-François Blanchet doit être à Montréal à 8h30 pour le lancement du programme culturel du PQ.

«O.K., les enfants, on s'habille!» lance-t-il.

Les trois mousses, âgés de 7 à 11 ans, mettent leur manteau, leur tuque et leurs mitaines. Ils sont prêts en deux minutes. Ils attendent leur père. Le plus vieux joue au hockey dans la cuisine pour tuer le temps.

«Papa, c'est pas le plus vite!» soupire la plus jeune.

Yves-François Blanchet dépose les enfants chez leur mère, puis file sur l'autoroute au milieu des bouchons de circulation. Il parle peu, concentré sur le point de presse avec ses collègues, des grandes gueules.

Pas question de jouer du coude ou de s'étirer le cou pour passer au Téléjournal à côté de Pauline Marois. Il veut être élu le 8 décembre. Il ne doit surtout pas passer pour la vedette de Montréal.

 

Circonscription : Drummond

Candidats

Yves-François Blanchet, PQ

Sébastien Schneeberger, ADQ

Jacques Sigouin, PLQ

Résultats en 2007:

Sébastien Schneeberger, ADQ: 15 349 votes (38,5%)

Normand Jutras, PQ: 12 960 votes (32,5%)

Lyne Boisvert, PLQ: 9530 votes (23,9%)

Source: Directeur général des élections du Québec

Nos chroniqueurs ont suivi des candidats pendant 24 heures : tournée électorale, souper, coucher et petit-déjeuner. Cette approche originale a donné lieu à des moments d'une rare intimité. Au menu: politique, couette et café corsé!




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