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Encore une histoire de patrimoine bafoué

L'enseigne lumineuse géante qui ornait depuis des décennies... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

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L'enseigne lumineuse géante qui ornait depuis des décennies le magasin Archambault au coin des rues Berri et Sainte-Catherine a été retirée hier matin.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Mario Girard
La Presse

Encore une fois, le patrimoine montréalais a eu le couteau sous la gorge. Encore une fois, on a tenté de l'éliminer en catimini. Encore une fois, il a été sauvé in extremis. L'épopée qu'a connue hier l'enseigne mythique du magasin Archambault est à la fois belle et révoltante. Récit d'une journée qui a pris les allures d'un vieux néon clignotant.

Il était environ 8h30, hier matin, quand des citoyens qui ont l'habitude de passer près du magasin Archambault, angle Sainte-Catherine et Berri, ont vu une grue et des ouvriers s'affairant à retirer l'enseigne lumineuse géante qui ornait depuis des décennies le magasin fondé par Edmond Archambault à la fin du XIXe siècle.

D'où émanait cette décision? Chez Renaud-Bray/Archambault, on a expliqué que la demande venait des propriétaires de l'édifice, c'est-à-dire de Québecor. «Nous ne sommes plus les locataires de la partie située au rez-de-chaussée qui donne sur le coin, a dit Émilie Laguerre, porte-parole de l'important réseau de librairies. On nous a demandé de retirer notre enseigne.» Le magasin peut toutefois conserver d'autres enseignes de moindre importance.

Comme l'équipe des produits numériques de Québecor (dont QUB radio) occupe maintenant la partie libérée au cours des derniers mois par Archambault, on a jugé que l'enseigne verticale haute de 13 mètres n'avait plus sa place. On peut conclure qu'une nouvelle enseigne annonçant QUB radio ou d'autres produits numériques de Québecor va bientôt faire son apparition.

Alors que certains médias s'enflammaient au sujet de cette enseigne qui a été restaurée il y a quelques années (on a remplacé les néons par un système à DEL), la mairesse de Montréal et de l'arrondissement de Ville-Marie, Valérie Plante, a rapidement pris les choses en mains.

Lors d'une mêlée de presse, tenue vers 13 h, elle a annoncé que la Ville de Montréal allait sauver ce symbole commercial. Qui plus est, la mairesse a déclaré qu'elle était en pourparlers afin de trouver une autre vie à l'enseigne en la déménageant dans un autre magasin Archambault.

J'ai joint l'équipe d'Instal-Pro, l'entreprise de Drummondville qui a reçu le mandat de retirer l'enseigne. On m'a confirmé qu'elle ne serait pas immédiatement détruite. «On va attendre quelques jours», a déclaré Gerry Ruest, superviseur de la firme.

Il faut saluer le geste de Valérie Plante. Dans ce genre de situation, il est souvent minuit moins une. Bravo à la mairesse d'avoir promptement mis la main sur les aiguilles.

Chez Québecor, rien à dire sinon qu'on a appliqué l'adage disant qu'en affaires, il n'y a pas de sentiment. Le bâtiment lui appartient. Et comme l'entreprise a cédé Archambault à Renaud-Bray en 2015, on n'a pas vu l'intérêt de conserver une enseigne, même dotée d'une valeur patrimoniale.

En fin de journée hier, Québecor a publié sur Twitter un message dans lequel on se disait « surpris » et « déçu » de constater que Renaud-Bray avait « procédé à la désinstallation complète de son enseigne Archambault au coin des rues Sainte-Catherine et Berri et qu'elle ne sera pas relocalisée sur la façade Sainte-Catherine ». Dans ce message, on précise que Québecor « a demandé que l'enseigne Archambault soit déplacée de quelques mètres pour qu'elle se trouve à la nouvelle entrée de l'édifice qui abrite maintenant le magasin, et ainsi éviter la confusion des clients ». Ce n'est toutefois qu'au moment de la désinstallation que Québecor a appris que la demande de relocalisation de l'enseigne déposée par Renaud-Bray avait été refusée par la Ville de Montréal ». On affirme également que l'enseigne d'Archambault est un « élément distinctif de notre paysage montréalais ». Québecor entend « collaborer avec la Ville de Montréal et Renaud-Bray pour assurer sa conservation ».

En revanche, je ne comprends pas comment Renaud-Bray/Archambault a pu se plier à une telle demande sans songer aux conséquences. Après tout le tapage suscité par le sort de l'enseigne Farine Five Roses en 2006 et celui de la pinte de lait géante Guaranteed Pure Milk, rue Lucien-L'Allier (restaurée grâce à l'aide d'Héritage Montréal), c'était écrit dans le ciel en néon rouge écarlate qu'il allait y avoir un tollé autour de l'enseigne d'Archambault.

J'aimerais préciser que l'histoire de l'enseigne Farine Five Roses est en tous points similaire à celle d'Archambault. Dans le cas de Five Roses, les deux entreprises américaines (celle qui est propriétaire de l'édifice et celle qui est détentrice de la marque) se sont entendues pour le bien-être du patrimoine montréalais.

Mais dans le cas de l'enseigne d'Archambault, les deux entreprises typiquement québécoises n'ont pas su créer une alliance et ont laissé une enseigne historique prendre le bord d'une «cour à scrap». C'est tout de même renversant!

Il existe à Montréal des gens qui sont des conseillers extraordinaires en matière de sauvegarde du patrimoine, je pense à l'équipe d'Héritage Montréal et à celle de la nouvelle équipe du Réseau Patrimoines de l'Université du Québec. Il y a également à Montréal un organisme qui collectionne et conserve les enseignes témoins de notre histoire. Grâce aux Enseignistes de Montréal, plusieurs enseignes mythiques de la métropole peuvent croire en l'éternité.

Le professeur de l'Université Concordia Matt Soar consacre beaucoup d'énergie à sauver des enseignes et à leur éviter la destruction. Celles du restaurant Ben's, du magasin Warshaw et de la Taverne Monkland sont maintenant entreposées dans un lieu sûr. D'autres sont exposées aux murs du campus Loyola.

Cette histoire malheureuse survient au moment où le patrimoine québécois vit de mauvais jours. En quelques jours, différentes sphères de notre patrimoine ont vécu de terribles affronts. À Chambly, une maison ancestrale liée à l'histoire des Patriotes n'a pas pu échapper au pic des démolisseurs. Et tout cela devant la consternation des citoyens. La ville a néanmoins annoncé hier qu'une réplique de la maison serait construite selon les plans de l'époque, mais avec des matériaux modernes.

La sauvegarde d'une enseigne commerciale, ce n'est pas grand-chose. «Une enseigne, ce n'est pas une basilique, m'a dit Dinu Bumbaru, d'Héritage Montréal. Mais une ville n'est pas faite uniquement de basiliques.»

Il était minuit moins une pour l'enseigne d'Archambault. Mais ceux qui ont à coeur la protection du patrimoine ont prouvé qu'il ne faut jamais baisser les bras.




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